#1 : Rentrée des classes

Ça y est, c’est la rentrée! Ma rentrée.
Les lycéens ont déjà repris depuis lundi.
Me voilà à l’aube d’une nouvelle année. Une année de découverte un peu spéciale. Une année de l’autre côté de la barrière. Me voilà prof.
À chaud, je ne vous cache pas que je m’interroge. Pourquoi fais-je ça? Suis-je prêt à faire cours devant toute une classe? Mais mince pourquoi est-ce que je fais ça? Vais-je tenir l’année?
Ça se bouscule…
Initialement, je souhaite mener un projet de réforme de l’éducation.
Et oui, drôle de chemin me direz-vous. En échangeant avec les quelques professionnels du milieu m’étant proches, j’ai cru comprendre qu’il y avait du bon d’essayer avant de pouvoir en parler. Question de crédit. Question de constat et question d’idées aussi! Nous aurons l’occasion d’y revenir.
Je vais être enseignant de SI ou Sciences de l’Ingénieur pour des 1èreS et des 2ndes. Et dans SI, comme vous l’aurez remarqué, il y a I. Ingénieur. C’est ce que je suis! Estampillé Arts et Métiers. On ne se refait pas. En bon scientifique, pour résoudre un problème, si problème il y a, il est d’ordinaire de le constater. De le tester. De le caractériser. Pour en trouver les sources ou solutions éventuelles. C’est un peu l’idée là. Celle qui m’a poussée à dire oui vendredi dernier quand on m’a proposé le poste à 3 jours “de la rentrée”. Ma volonté première n’est donc pas tant l’enseignement, mais plutôt son système, ses méthodes, ses objectifs… Peut-être est-ce pour cela que je doute. Pourquoi me lancer un tel défi? Notamment quand tous mes camarades, mes proches s’en vont “tranquillement” travailler dans l’industrie ou dans le conseil. Pas nécessairement plus facile, mais au moins plus rassurant. Il est 5h11. Mon train arrive. Et visiblement, je n’ai pas fini de réfléchir.
Parachutage!
C’est le mot. Averti vendredi après midi par un mail du rectorat. Coup de fil en suivant au lycée. Rendez-vous lundi pour rencontrer (déjà!) ceux qui seront mes collègues. La boule au ventre. Visite des locaux. Un petit café. Et hop, je repars avec un emploi du temps en poche. Et la boule au ventre. Qui ne m’a pas quitté. J’ai reçu les supports de cours déjà existants hier et avant-hier. La préparation a été courte. Comme ma nuit en fait. Suis-je réellement capable de faire un premier cours dans ces conditions sur des sujets vus en école il y a 3 ou 4 ans? Je m’attendais à une période d’essai. À une vérification des mes compétences. Un bilan sur ma manière d’enseigner, mon approche pédagogique. Un cours de démonstration au moins! Bref, je dois arrêter de penser à tout ça. Sinon je ne vais pas pouvoir sortir du train. Oui, je pense toujours à abandonner. Je dois me faire une raison. C’est ce que tout le monde attend de moi. Le cours de démonstration je l’ai eu. Il y a quelques années. À quoi ressemble t’on quand on est en 1ère?
Il est 5h30. Je dois arrêter de réfléchir. Je dois relire mes cours.

7h30. Mon train entre en gare. Terminus. Direction le lycée!
Un peu de musique pour me mettre du baume au cœur. Les grilles… Petit pincement, après avoir fait 3 ans de classes préparatoires, je ne pensais pas revenir ici… Arrête de réfléchir. Passe chercher les clés, demande un accès à Pronote (pour avoir la liste des élèves notamment), trouve la salle… Il est déjà l’heure. Et les élèves sont devant. Mon collègue arrive. Très détendu. Ses cheveux grisonnants et sa petite routine le trahissent. On sent l’habitude. Nous échangeons tandis que je l’observe. Il me rassure.
8h. Enfin prêts, les élèves entrent.
Ce matin, c’est Travaux Pratiques (TP)! 4 heures. Par demi-classe (18 élèves tout de même), ils sont l’occasion de découvrir des systèmes et d’appréhender leur fonctionnement du point de vue mécanique, électronique, informatique… L’avantage de la SI c’est qu’on peut y aborder de nombreux thèmes. La preuve: l’introduction traite d’écologie et d’écoconception.
Une première main levée: un élève pose une question.
“Monsieur, c’est pas plutôt en SVT qu’on est censé faire ça?”
Certains camarades acquiescent. Et oui car en 1èreS, on choisit soit de prendre l’option Sciences de la Vie et de la Terre (ou SVT) (comme 90% des lycéens je pense), soit Science de l’Ingénieur (ou SI) (peu d’établissements le permettent). Tout sauf anecdotique cette remarque. Elle souligne à quel point il est important d’arrêter de cloisonner les matières. Nous y reviendrons. Toutefois, la question tombe à pic et la réponse fuse: comment un ingénieur pourrait-il se permettre d’ignorer son environnement?
La matinée suit son cours. Les élèves se montrent plutôt intéressés et même s’il faut demander quelques fois le silence, l’activité progresse. La bouche au début sèche, ma langue se délie au fur et à mesure. Le temps passe et la sonnerie retentit.
12h. Pour une mise en bouche, ça a été. La vraie première, c’est cet après-midi. 2 heures de cours en classe entière. La pause déjeuner me permet de répéter.
13h. Le cours commence. Cette fois, c’est une autre paire de manches! L’introduction générale est l’occasion de me présenter. Mon parcours, mon projet de création de startup dans le rugby, mes envies de révolution du système éducatif… Tout y passe. Jusqu’ici tout va bien. Je sens même qu’ils sont intrigués. L’introduction sur la situation écologique actuelle et le rôle de l’ingénieur les intéresse. Le premier cours sur les matériaux semble les distraire. À moins que ce ne soit l’approche du weekend… Le résultat est le même. Le brouhaha s’intensifie. Ma patience, au contraire, diminue. J’essaye de faire participer les bavards, de casser le rythme en m’interrompant. Rien n’y fait durablement. C’est à ce moment-là que me reviennent les conseils de mes collègues: “au début, il faut te faire respecter Adrien”. Las, je leur annonce qu’un jeu commence. Le premier que je surprends à parler ira s’aérer 10 minutes dehors. Forcément, ça ne manque pas. Une première élève prend la porte. Enfin un peu de silence… La leçon, qui se veut pourtant interactive avec des images et des vidéos, avance. Mais le vacarme reprend. 30 minutes plus tard, un deuxième élève connaît le même sort que sa camarade (revenue depuis). La sonnerie les libère. C’est le weekend. Ma première journée est terminée et croyez-moi, je m’en souviendrai.
Bon, avec un peu de recul, je regrette d’avoir exclu temporairement deux élèves. J’aurais peut-être dû trouver d’autres moyens de regagner le calme. Me suis-je fait d’avantage “respecter”? Je n’en suis pas convaincu. Mais je vais avoir l’occasion de progresser. Car demain, une nouvelle semaine commence.

Merci d’avoir lu le récit de cette première journée! Donnez moi des retours sur ce que j’ai écrit s’il vous plaît! Je compte continuer d’écrire, au moins pour moi, tout en espérant que ça vous plaise. Les récits comme celui-ci seront ponctués d’analyses à propos des choses qui, à mon sens, marchent et ne marchent pas. En terme de pédagogie mais aussi pour l’Éducation Nationale. Quant aux idées qui me travaillent concernant l’éducation de demain… J’espère vous les présenter un jour! Mais ça, c’est une autre histoire.
