Les Chroniques d’un Breton aux Etats-Unis : De Charybde en Scylla pour finir en apothéose. Miami et Key West

Bah ouais. Ça c’est organisé à l’arrache. Je reçois un message à 2h du matin pour me dire que l’on part pour Miami à 7h40 du matin. Ok. J’y vais, je me motive à me réveiller la tête dans le cul. Je retrouve Kévin à l’arrêt de bus. Lui aussi a l’air d’avoir une nuit assez brève. Mais on tient le coup. On arrive au bout d’une heure à se retrouver tous les 5 dans la voiture( moi, Kévin, Fred, Marc et Pierre-Antoine). Je m’endors dans le coffre en me préparant mentalement pour les 4 h de route qui nous restent. De temps en temps, je me réveille et lis un bouquin sur les natifs-américains pendant que les autres écoutent du Booba. Mais enfin, nous voilà à Miami! Des buildings à foison, du soleil, du bling-bling à tous les coins de rue.. le cliché quoi! Coup de bol, on arrive à retrouver Kamel et Brice à une terrasse.

Vas-y, bois ta bière, ce ne sera pas la dernière…

On se pose, on boit une bière, on bouffe un petit-déj’ ( 90 ballles la note à 5 quand même!) Comment ça fait trop plaisir de voir mes anciens potos! Sous le soleil de Floride qui nous illumine de sa splendeur éternelle, nous nous contentons juste de de parler et de regarder le bleu du ciel…Quelle jouissance! Après cet entremets, direction la plage. Et que de beauté et de chaleur sur cette étendue sablée ou règne la langueur et l’oisiveté…

Miami Beach

On se pose, je me baigne en kiffant à mort! Ma Doué, je suis en vacances à Miami! Quel bonheur…

La fine équipe

Mais que cela fait du bien de se libérer de toutes les péripéties professionnelles qui nous sont imposées quotidiennement! Juste se reposer et contempler l’azur sous les cumulonimbus en se rinçant l’oeil sur la peau hâlée de ces mesdames allongées. Je bouillonne intérieurement… Il va être temps de prendre l’apéro! Pendant que les autres bronzent, j’accompagne Brice à son appartement. Et là quel tohu-bohu… A 10 dans un appartement d’à peine 30 mètres carrés, c’est rock’n’roll! Ces collocataires sont italiens, du Monténégro, du Mexique… Quel bordel! Par contre il profite d’une magnifique terrasse…

Belle vue

On va vite fait se poser en terrasse boire une canette en admirant les magnifiques arrières-trains qui passent devant nous…Puis on va jouer au billard. En plus c’est happy-hour! En conséquence, je commande 4 cognacs, histoire de bien commencer l’après-midi. On tape des boules, on rigole bien. Kévin et les gars nous rejoignent ensuite. Continuons à boire! Terrasse, cognac, red bull, clope et même chicha nous tiennent compagnie tout au long de cet après-midi. Que Nevenoe bénisse l’apéro et l’amitié!

Bon, c’est bien beau tout ça, mais qu’est-ce qu’on va faire ce soir? Après moult meetings, nous décidons de faire un…apéritif. Chez Brice, sur sa terrasse. Une expédition à Walgreens s’impose. En avant de Guinguamp! Nous déambulons dans les rues qui s’obscurcissent lentement sous les buildings Art déco. De la mayo, du pain, du jambon et de la bière, voilà notre repas! Et, ma foi, c’est bien consistant. Au bout de 2 sandwiches, je suis plein à craquer.

Apparemment, ce soir, nous allons au Bodega, une boîte chic de Miami. On boit donc un bon pack avant d’y aller. Puis, c’est parti. Nous sommes à la 9 ème de Collins, la voiture est à la 9ème d’Aston road et la boîte à 10 rues du parking. Il va y avoir de la route! Motivation est le maître-mot. Je réalise d’ailleurs que nous n’avons toujours pas réservé d’hôtel pour ce soir. Il semble que nous allons dormir dans la caisse. Vu que ça n’a l’air de déranger personne, ça me convient aussi.

Dans la queue

Après s’être arrêté vite fait se changer au parking et marché prestement, nous voilà enfin au Bodega. 1h de queue nous attend! Et l’entrée est gratuite… Brice m’affirme également que l’on a droit à 1 shooter de tequila gratos avant d’y pénétrer. Effectivement, on nous offre un pt’tit verre pour étancher le gosier avant d’attendre devant la porte. Sympa. Mais qu’est-ce que c’est que cette discothèque?

Qu’y a -t-il derrière cette porte?

Enfin, nous rentrons à l’intérieur! Je m’attendais à tout mais pas à ça. Dans un cadre 19ème siècle avec quelques fauteuils rouge sang, des tableaux et un son électro. On se marche dessus. La jeunesse dorée de Miami est là, avec leurs vêtements à plusieurs centaines d’euros. Qu’importe je fonce au bar et commande 3 Jack. 46 dollars. Ok, exceptionnellement je ne vais boire qu’une fois ici. Nous dansons et buvons (lentement afin de les apprécier) nos verres. Pierre Antoine va se coucher, suivi par Fred. Nous restons encore un peu puis partons, sauf Brice qui a croisé un pote à lui. Mac donald nous tiendra lieu de dîner. Kamel nous appelle pour aller boire un verre ( il vient de sortir du taf). Je suis le seul à accepter, je le retrouve boire une bière sur des marches sales. Il est 4h du matin et les gens continuent à circuler, il y a encore des lumières, des bars sont toujours ouverts… Nous décidons de marcher un peu. On croise des prostituées et des transsexuels. On retrouve Brice. Nous mangeons une pizza. Puis fumons. Il est 5h30 du matin, il va être temps que j’aille dormir. Etant complètement arraché, Kamel m’appelle un taxi qui me dépose à la 9ème d’Aston road. Je cherche la voiture pendant bien 10 minutes, mais elle est fermée. Je tapote à la fenêtre et active ainsi l’alarme qui réveille tout le monde. Fred m’ouvre la porte avec difficulté, je murmure un merci inaudible et m’effondre sur un siège. Mes dernières pensées seront pour les étoiles.

Ocean’s Drive

“ Tut-tut! Tut-tut!Tut-…”. Paf! Le réveil vient de sonner. Tout le monde ou presque ouvre les yeux. La moitié de mes membres sont ankylosés. Aujourd’hui, Kevin, Pierre-Antoine et Marc vont faire les Everglades. Je ne les accompagne pas car je l’ai déjà fait. Je vais donc suivre Fred dans sa recherche d’appartement. Les autres nous déposent en pleine rue. En pleine gueule de bois à marcher dans les rues de Miami avec sa valise qui pèse 2 gigatonnes sous un soleil brûlant, ça laisse des marques, c’est moi qui vous le dis. Au bout d’une heure, Fred reporte ça à plus tard, laisse sa valise je ne sais plus ou et décide de glander sur la plage. Il ne reste plus que moi. Je me lance à l’aventure, seul.

Et quel plaisir de vagabonder seul dans les rues au gré de mes envies… Le soleil est là, Ocean’s Drive s’étend, immense devant moi avec ses palmiers, son sable chaud et ses immeubles bizarres. D’ ailleurs, il y a un musée qui parle de ça. J’y vais. 5 dollars l’entrée, ça reste très raisonnable. J’y découvre ainsi l’histoire de l’architecture de Miami, passant d’un style Méditerranéen au fameux “Art déco”, utilisé par des artistes durant les années 30, donnant aux bâtiments un style vintage -futuriste (quel oxymore!)bien à eux.

Le New York Hotel, détruit dans les années 1980.
Encore des mannequins flippants…

Au bout d’un moment, je repars dans la rue. Motivé, je décide d’aller jusqu’à la 1ère rue.

Paraît que Booba habite au 36ème

En plein jour, je découvre également le train de vie de la ville : du bling bling, une culture du corps conséquente ( à part des vieux, j’ai rarement vu des jeunes qui n’étaient pas musclés), de la drogue ( très grosse plaque tournante ) et du pognon. Cité de déchéance et d’oisiveté sous un soleil brûlant… Ça me rend un peu triste… Je repense avec envie aux petites ruelles de Nantes, à son île des Machines, au quartier Bouffay…Petit moment de nostalgie sous des tours d’acier.

Mais la vie continue! Je retrouve Kamel à un bar. Pause café, puis nous décidons d’aller manger. Vu que commence à en avoir ras-le cul de bouffer de la junkfood, je décide d’aller dans un petit resto avec une terrasse. Je commande un bon poisson à la sauce créole, et pour fêter nos retrouvailles 912, je paye le Riesling d’Allemagne ( qui se révélera, un peu trop sucré ). Itadekimasu!

Bon appétit!

Le vin commence à me cogner sur la tête avec cette chaleur…Brice et Fred nous rejoignent. Le repas fini, Kevin, Marc et Pierre-Antoine nous retrouvent également. Petite réunion sur un roof-top.

Kamel et Brice ramènent le reste des bières d’hier et également de quoi fumer. Briefing et débriefing sont au coeur des conversations. Ne resteront que Marc, Fred et moi. Pierre Antoine et Kévin retournent aux Commons. Bah voila. Kamel repart bosser. Avant toute chose, il nous faut un hôtel pour ce soir. Fred et Marc recherchent activement pendant 10 bonnes minutes sur leurs smartphones jusqu’à ce que Brice en trouve un du 1er coup! Bizarre, mais bon, on est preneurs. Le hic, c’est qu’il est à la 27ème. Nous sommes à la 9ème. Je me dis qu’on marchera un peu et puis voilà. Vu qu’il nous reste 2 bonnes heures, nous décidons d’aller vers le port.

Un magnifique paysage se profile devant nous. Au loin,une vaste rangée d’immeubles encercle une baie aux reflets multicolores. Il n’y a que nous et le roulement relaxant des vagues. Le vent bruisse à peine, nous octroyant juste la fraîcheur désirée. Nous parlons de tout de rien : rien ne paraît morose devant un firmament aux doigts roses.

Voyant qu’il est 19h00, Marc et moi nous mettons en route pour notre hôtel. 3 quarts d’heure plus tard, en sueur et usés par la route avec nos bagages, nous arrivons. Ça à l’air bien. Sauf que c’est pas le bon! Fred nous appelle. Même délire pour lui, sauf qu’en plus Brice a commandé à la mauvaise date… Idem pour nous. Nous fonçons avec un Uber à l’hôtel en question qui est plein évidemment. Impossible de se faire rembourser. 54 balles dans le cul pour ma gueule. On est samedi soir, tout est booké partout. La soirée commence bien!

Un peu dépités, nous décidons de trouver un endroit ou il y a des prises. Parce que en plus de tout ça, les batteries des portables sont à moins de 10%. Réunion dans un Subway ou nous attendons Brice pour obtenir des explications pendant qu’un transsexuel nous regarde. Les 2 vidéos suivantes vous montreront la galère dans laquelle nous étions.

Fatigués, nous décidons de lancer l’opération clodo: acheter une serviette au Wallgreens et dormir sur un roof-top, dans un débarras de machines à laver.Je me serais bien passé de l’expérience, mais dans la vie, des fois, on n’a pas le choix! Au moins, on a une prise.

Notre chambre

Réveillé par le froid, le dos en compote et le cou explosé, je me lève. Il est 7h du matin. Nous partons prestement du building et partons boire un café. Il est temps de se barrer de cette ville. Sauf que…Marc a oublié son chargeur dans “ notre chambre”. Ma Doué, mais c’est quoi cette poisse qui nous colle au cul depuis 1 jour? Parce que évidemment, quand tu refermes la porte du roof-top, impossible de la rouvrir! J’essaye tout ce qui possible pour ouvrir cette foutue porte : je fonce dedans, je mets ma CB dans l’embrasure pour activer je ne sais quel mécanisme, je désassemble même mon porte clés pour essayer de créer un rossignol! Peine perdue. Brice et Kamel ne répondent pas. On commence à en avoir gros sur la patate. On commande un Uber qui nous conduit à l’aéroport, car malgré tout cela, il nous faut aller à Key West! On patauge encore quelques moments d’incertitude et de rage au car-rental, mais finalement, je déniche une voiture à 88 euros la journée et en avant!

Il faut 3h30 pour aller de Key West à Miami. Autant les premières 60 minutes sont ennuyeuses, autant le reste du trajet vaut vraiment le coup d’oeil. Une seule route qui traverse l’archipel des Keys avec des ponts parfois immenses qui surplombent la mer des Caraïbes. Fascinant… On fait une petite pause pour le chauffeur, et enfin nous arrivons sur l’île de Key West.

Un décor de carte postale, un petit vent bien frais, des petites maisons ou la famille Castro n’aurait pas rechigné à y vivre, quelle sensation de liberté! On déniche un hôtel (enfin!) qui se révèle être un dortoir, mais osef! On a enfin un lit. Il y a même des hamacs! Ni une, ni deux, nous nous lançons à l’aventure. Location de vélos? On prend! De clochard pédestre, je me transforme en champion du Tour de France.

“Le point le plus au Sud des Etats-Unis…”

Nous allons au Southernmost point, le point le plus au Sud des Etats-Unis. La bitte, si c’en est une, est entourée de touristes attendant de pouvoir prendre une photo. On n’a pas le temps pour ces conneries! Nous contemplons l’horizon et le bleu turquoise de la mer et partons ailleurs. Direction la maison d’Hemmingway! A travers les petites routes, nous dépassons même les autos. Un quart d’heure plus tard, nous y voici.

La baraque pèse…

13 dollars l’entrée et nous pénétrons dans l’antre de l’écrivain. Beacoup trop de choses à dire donc je vais résumer : il a eu 53 chats en tout. Il les aimait tellement qu’il a même un cimetière pour eux!

Tous les descendants sont la également…

Les chats des générations suivantes sont toujours dans la maison en train de glander d’ailleurs. Ils se promènent parmi les touristes d’un air nonchalant…

Autre chose à voir là-bas : la piscine d’eau salée. La, encore une sacrée histoire. Hemmingway voulait à l’origine la creuser lui-même à la dynamite. La mairie ayant refusé, il aura payé la bagatelle de 20 000 dollars ( alors que la maison en aura coûté 8000). Il aurait même montré un penny à sa femme en lui disant “ Tiens, c’est le dernier, je le mets avec la piscine”. La pièce est toujours là, dans le ciment.

Le fameux penny

L’écrivain était quand même un sacré loustic. Un soir, complètement bourré, il a ramené un urinoir du bar à sa femme. N’ayant pas trop apprécié le cadeau, elle le transformera en abreuvoir pour les fameux chats.

L’emploi du temps d’Hemmingway était très simple : de 6h à midi, il allait pêcher. Un petit repas, une petite sieste, puis il allait prendre l’apéro avec ses potes jusque tard le soir, ou il écrivait alors à des heures tardives. Dommage qu’il n’ait pas été de notre génération, j’aurais bien trinqué avec ce grand homme. Yec’hmat Ernest!

Nous sortons de là des images plein les yeux. Bon, maintenant on fait quoi? Bof, on n’en sait rien, alors on va pédaler. Au fil des ruelles remplies de bars, de restaurants et de magasins de cigares, nous arrivons à un genre de port.

Beaucoup de musées également. Il y en même un sur les trésors trouvés au large de l’île. Sauf qu’on n’a plus beaucoup de tunes! On se contente de garer les bécanes et d’aller à la célébration du coucher du soleil. Sur une vaste place, différents artistes montrent leurs compétences, entre jonglage de torches enflammées, avalage d’épées,musique cubaine…On dirait une fête foraine! Pour fêter ça je m’autorise un petit Mojito. Je contemple le large et me dis intérieurement: “putain, je suis bien là!”.

C’est un peu mieux qu’au pavillon Français

Le coucher de soleil est à 18h20. Il faut qu’on rende les vélos à 18h30. Bah on pédalera vite! Nous attendons, ainsi que tout le monde. Lentement, mais sûrement, Hélios descend, plongeant l’environnement dans un décor fantastique. Entre les bateaux, les mouettes et l’horizon, je me sens bien petit devant ce miracle de la nature. Tout le monde applaudit le crépuscule. Mais nous, on fonce! Les vélos Ma Doué! En deux tours de temps, j’enlève l’antivol et passe la seconde. Vrouuuuuuuuuum! Nous pédalons en zigzaguant entre les véhicules. Les scooters nous voient filer à vitesse Grand V. A 2 minutes près, nous rendons les vélos. Pfiou! Mission accomplie. Retour à la chambre ou nous nous douchons et profitons du fameux hamac. Un peu claqués par les jours précédents, nous ne ferons que boire quelques verres en dégustant une délicieuse pizza grillée au feu de bois. Nous observons les badauds, écoutons de la musique et profitons. Retour tranquille à l’hôtel. Marc me paye un cigare que je fumerais devant un vieux Batman et en écrivant quelques notes sur ces 4 jours forts en émotion.

“ Nous sommes partis sans idées avec juste nos sacs

Pour galérer à Miami sans doux sommeil.

Finir à Key West sur un coucher de soleil

Quelle aventure, quelle odyssée, quel Back to Back!”

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