Les chroniques d’un Breton sur les routes de France : Paris est une fête

Il est 1h00 du matin. Je viens de terminer ma bière et ma clope. Je suis seul dans le salon qui fait office de chambre. A travers la fenêtre, je peux distinguer quelques bâtiments aux lueurs blafardes qui combattent timidement l’obscurité. Les regardant attentivement, j’en viens à me poser cette question : Qu’est ce que je fous à Paris?

Oui vraiment, qu’est ce que je branlais dans la capitale? Je savais très bien au fond de moi que je ne suis pas un fan des grandes villes. Ou étaient les petits villages, les vieilles routes de campagne? Ou étaient les prés et les forêts que j’affectionnais? Mais reprenons depuis le début.

Fraîchement débarqué il y a 2 mois, je me suis très vite intégré dans ma nouvelle colocation. L’appart est proche de la Défense. Vu qu’il me fallait impérativement un job, j’ai direct cherché un taf sur l’hôtellerie-restauration. 2 jours plus tard, j’étais embauché comme serveur dans une brasserie près de porte Maillot.

Le ballon des ternes, mon dernier emploi en restauration…

Et finalement, ça a fait du bien de se remettre au boulot. Bonne ambiance dans l’équipe, repas du perso pas trop dégueulasse…Fini l’oisiveté dont j’usais abondamment! Afin de ne pas y ressombrer, je dédicaçai mes coupures à la créativité.

Le Test 1

Ayant déniché un vieux carton près d’une usine ainsi que quelques crayons bic, je me décidai à créer quelque chose. Mais par ou commencer? Au pifomètre de mes recherches Google, je jetais mon dévolu sur un sonneur de biniou dont l’artiste m’a échappé. J’y rajoutais un rocher, un mur en briques. Puis je m’inspirai de Corto Maltesse pour le second personnage. Vinrent un lac et le mont Fuji pour harmoniser les ambiances. Les joueurs de League of Legends discerneront la chevelure écarlate de Katarina dans le visage en arrière-plan.

Le Test 3

Pour le suivant, j’ai juste dessiné Jimi Hendrix et Chuck Berry. Tableau auquel j’ai cru bon d’ajouter un peu de verdure. Et un scaphandrier dans l’espace. Parce que j’aime les scaphandriers.

Comme chaque fois que je me retrouve dans un lieu différent, je me suis mis à explorer. Et qu’y ai-je découvert? Eh bien une fort belle ville ma Doué!

J’ai marché dans les boulevards Haussmaniens, contemplant leur architecture majestueuse et sereine. Au travers de l’eau, aux quais de Seine et de ses canaux brillèrent d’une lueur certaine mes yeux émerveillés par tant de beauté naturelle. Il faisait bon dans ces rues, dans ces parcs, dans ces squares… L’automne s’installait doucement, les troquets résonnaient de rires et de joies sous les terrasses ensoleillées, Notre-Dame elle-même semblait retrouver jeunesse sous le ciel bleu azur!

Passé le crépuscule, Paris change de visage.Il fait sombre, il fait froid, les sans-abris revêtent ostensiblement leurs manteaux de misère sur les trottoirs glacés . Mais dans les lumières vacillantes des bars, je découvrai, retrouvai, rencontrai mille et une personnes qui s’attachèrent mon affection. Avec eux, je buvais l’espoir et fumais du rêve pour repousser les questions sur l’avenir et la vie.

“Science sans conscience n’est que ruine de l’âme…” nous dit Rabelais. Etant également en rade de bouquins, je me fis envoyer des livres par mon père et mon oncle dont le très surprenant “ Comment se faire des amis”. J’étais donc si solitaire que ça? Il finira en livre dédié au petit coin, j’imagine.

Mais quel plaisir que de se replonger dans la lecture! Quel bonheur de laisser épancher son l’imagination sur ces blancs feuillets ornés de noires inscriptions. Si je ne pouvais voyager physiquement, c’est mentalement que j’irai vadrouiller, au confins de Bretagne ou dans le Moyen-âge avec force rois, reines ou gens du petit peuple pour me raconter leurs destins simples, grandioses…

Je m’imposai également des visites culturelles. Aussi visitai-je l’exposition Magritte au Georges Pompidou en bonne compagnie. La peinture surréaliste, c’est vraiment un truc de perché! Que de fous rires à travers ces toiles loufoques aux titres complètement chtarbés! Mais quelle beauté cependant, quel réalisme dans cette peinture mystérieuse, intrigante…J’adore! Dans sa fameuse pipe, il ne devait pas avoir mis que du tabac…

Versailles fut ma seconde visite Et la galerie des Glaces mon gars, c’est pas un truc de pédé. Les dorures, les sculptures se reflètent à merveille sur les les lustres splendides. Un océan de lumière quadrillé par les fenêtres majestueuses, antichambres du seigneur Soleil, s’éparpille harmonieusement dans l’atmosphère vermeille devant les statues triomphantes remplies de joie… Je fus planté là, pendant des minutes qui parurent une éternité. Le génie humain peut décidément aller très loin…J’aurai bien payé ma tournée à toute l’équipe du chantier!

Et puis un jour, je me décidai à quitter la restauration. Finito. L’heure était venue de me trouver. Bon pour l’instant, je suis assistant logistique. Mais quel bonheur de ne travailler que 24h par semaine! Je commence même à aimer mon taf, à trier la farine de coco, du sel fin de l’Himalaya, de la gomme de guar et autres composants diététiques alimentaires.

Cependant, Paris n’est pas que rose d’amour sous un ciel d’automne. Sous les marronniers tricentenaires des jardins des Tuileries, on contemple le beau ciel bleu, et d’un coup on se retrouve dans le métro ou ça se presse, ça n’a pas de temps, ou chaque seconde compte. Métro, boulot, dodo, opium du peuple qui laisse à leur sort les âmes esseulées qui hantent les stations froides. Peines de cœur ou peines de vie, vécues parfois par chacun de nous avec une piété désarmante. Paris est triste. A quoi bon continuer si c’est pour revivre les mêmes tourments chaque jour de chaque semaine de chaque mois, de chaque année, pour les décennies, les siècles et les éons à venir?

A moi-même, ces pensées s’immiscèrent en moi, par 3 jours froids d’octobre. Tout n’était que confusion, rage et tristesse. Puis j’ai parlé avec des bons copains. En passant machinalement mon siège à une aïeule, elle m’a remercié avec un sourire à faire fondre l’Antarctique. J’ai échangé avec la famille. J’ai fait rire des gens. J’ai surkiffé le poulet-purée que ma patronne m’a offert au resto.

Je suis rentré chez moi. J’ai fait le ménage. Puis, je me suis assis, avec mon whisky et ma clope. J’ai chanté la vie avec mes bonnes vieilles musiques bretonnes. Et là, j’ai souri.

Oui, vraiment, Paris est une fête.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.