Troisième chapitre : Partie de campagne


7 Novembre 2013- Mai Chau.

Le paysage des arrêts de bus change de ceux de Bretagne…

Levés à 07hoo de l’auberge, nous nous voyons contraints de prendre le taxi pour aller à la gare routière, qui est un sacré foutoir. Pas d’indications en anglais, personne ne le parle d’ailleurs. Au guichet, aidés du Routard, nous tentons tant bien que mal de montrer notre destination. La guichetière a l’air de comprendre, mais pas nous. Dien Bien Phu n’est pas marqué sur nos billets. Qu’est ce que ça veut dire, bordel ? Finalement, voyant notre désarroi, un mec arrive, nous regarde, regarde nos billets, interroge la femme. En anglais approximatif, il nous explique que nous sommes obligés de passer par la ville de Son La pour prendre ensuite un autre bus qui passera alors par Dien Bien Phu. Aaaaaah ! Il nous dirige de suite vers une sorte de minibus tout terrain. C’est apparemment le nôtre. Après 1 demi-heure d’attente, nous démarrons. Serrés comme des sardines dans les sièges minuscules au beau milieu d’une dizaine de Vietnamiens qui nous regardent en souriant, l’ambiance est sympa.

Le bus magique

Au bout de 2 heures de route, le bus fait une halte au bord de la route. C’est l’heure de la popote. Nous mangeons le pho, la soupe traditionnelle, composée de nouilles, d’épices et de viandes diverses. C’est bien consistant, je suis aussi plein qu’une Allemande après le passage des Russes ( merci Gaspard Proust ). Durant les 2 heures qui suivent, on constate que le paysage change. Des villes que nous avons traversé ne subsistent plus que quelques hameaux dispersés dans une campagne verdoyante. En consultant le routard, nous lisons que nous ne sommes pas loin d’un village nommé Mai Chau, réputé pour sa beauté. Pourquoi ne pas nous y arrêter ? De toutes façons on commence à en avoir ras le cul du bus. C’est bien marrant 5 minutes, mais là ça fait 4 heures, nom de Dieu ! Nous indiquons notre changement à ce qui semble être le « manager » du bus. Il dit aux passagers ou s’asseoir, s’assure du paiement des places, papote parfois avec le chauffeur pour vérifier les horaires…C’est cool.

-Mai Chau ! , nous déclame-t-il d’un coup à un arrêt du bus.

-Tam Biet ! Répondont nous en choeur.

Les autres Vietnamiens nous sourient en entendant leur langue et nous font quelques au revoir timides. Le bus part dans un nuage de fumée, nous laissant seuls à côté d’une station-service et … de nulle part. Tout autour de nous, de belles montagnes ou le gris des roches s’harmonise superbement avec le vert de la végétation. 2–3 mecs cessent leurs activités et nous observent. Un peu intimidés, nous nous dirigeons vers eux et leur montrons le nom de Mai Chau. L’un d’eux comprend et nous appelle un taxi. Nous montons. 5 km plus tard apparaît devant nous quelque chose qui mérite la peine d’être vue.

C’est juste magnifique. Imaginez une immense vallée emplie de rizières, de forêts aux arbres jeunes et robustes, elle-même entourées de splendides montagnes encadrant joyeusement le soleil. L’air y est bon, vivifiant et non pollué comme celui de Hanoi. Très peu de scooters sur les chemins qui y mènent, juste quelques vaches broutant paisiblement autour des maisons quasiment toutes construites en bambous. Tout respire la tranquillité. Le taxi nous dépose dans ce qui semble être une maison d’hôtes. Faite sur pilotis, elle dispose d’un étage ou tout le monde dort dans la même pièce Environ 10 euro à 2 pour se loger, dîner et petit déjeuner inclus. C’est parfait. On y rencontre d’autres touristes étrangers venus, eux, en groupes. Délaissant poliment l’invitation à boire une bière de l’une d’entre eux ( on picolera ce soir), nous nous mettons en exploration. Suivant les sentiers de campagne, nous nous perdons dans cet endroit insolite, arpentant les rizières, saluant les paysans portant le fameux chapeau conique, évitant leurs bêtes avec adresse tout en continuant de s’émerveiller de ce lieu…magique.

Si je connaissais le con qui marche sur le pont…

Après une bonne heure de marche, nous rentrons à la maison d’hôtes. Et apparemment on peut y louer des vélos ! Eh bah en avant. Bon ça se voit que les engins n’ont pas fait le tour de France. On a même dû les réparer, faisant l’admiration de la famille qui nous héberge. Le tour que nous faisons est très plaisant, sillonnant les rues du petit village ou la tradition reste ancrée dans la vie quotidienne. A notre retour, on se voit proposer une partie de badminton par une jeune Vietnamienne au visage avenant et se prénommant du doux nom de Maï. Et attention ! Le perdant se voit dans l’obligation de payer sa tournée au(x) vainqueur(s). L’enjeu est de taille, et nous ne chômons pas. Échangeant en même temps coups de raquettes et différences linguistiques franco-vietnamiennes, nous parvenons finalement à gagner. La bière fait du bien. Retour à la maison d’hôtes en sueur, nous prenons une douche hâtivement.

Pourquoi j’ai toujours le vélo le plus pourri…?

Le dîner arrive enfin, que nous partageons avec un couple d’Australiens et une Anglaise. Moment très convivial ou nous parlons de tout et de rien tout en nous gavant de nems, de tofu, de riz et de viandes. On se cale bien la panse ma foi ! A la fin, un spectacle nous est proposé. Danses et musiques traditionnelles nous émeuvent par leur charme et leur élégance simple. Elles se concluent par une ronde autour d’une jarre à laquelle nous participons. Plantés dans le récipient, une bonne dizaine de roseaux y sont plantés. Au signal donné, tout le monde se précipite (nous y compris) sur ces pailles naturelles pour savourer (trop vite ! ) cet étrange hydromel. On nous expliquera plus tard que c’était du vin de riz

Un concept très intéressant!

Une heure plus tard, après avoir applaudi joyeusement les danseurs et musiciens, nous nous retrouvons seuls en train de finir nos bières avec l’Anglaise et un Vietnamien, que nous supposons être le chef du village. Ce dernier amène la jarre à notre table et nous invite à en consommer. Toujours finir ses verres, c’est un principe de vie auquel j’adhère ! Nous nous gorgeons donc de ce délicieux breuvage très sucré. Il doit bien y avoir 3 litres dedans, mais crédieu, nous sommes 4 ! Ah pardon 3, le Vietnamien se barre, prétextant un sommeil. Fiers d’avoir couché un dignitaire local, nous le disons à l’Anglaise ( en Anglais évidemment).

-Mais ce n’est pas le chef du village. C’est notre chauffeur de Bus, nous répond-elle.

Ah. Bon pas grave, de toutes façons il a laissé la jarre. Nous la finissons donc à 3. Légèrement éméchés, nous rentrons titubants à l’étage en évitant soigneusement de réveiller nos voisins. Ce sera notre première nuit en moustiquaire à même le sol. Lever à 10h45, petit déjeuner et en avant pour Moc Chau !

7 Novembre 2013 — Moc Chau.

Rejoins l’armée camarade!

L’arrivée à Moc Chau se passe sans encombres ( juste 2h de routes ). Cette petite ville située sur la route de Dien Bien Phu sera encore un checkpoint pour nous. D’ailleurs nous ne sommes pas pressés. A l’arrêt dans le centre-ville, nous voyons un panneau indiqué « Eco-Village », avec un signe indiquant apparemment qu’on peut y loger. Il n’est qu’à 3 km. Heureux de pouvoir se défouler les jambes après ces longues heures de bus, nous nous mettons gaiement en marche. Le chemin que nous suivons est bordée de plusieurs maisons en pierre et en bois que gardent quelques clôtures fatiguées. Sur la devanture des habitations sont posés sur des draps un nombre impressionnant d’épis de maïs. Ceux ci servent bien sûr pour la consommation mais également pour le chauffage. Ça c’est du recyclage ! Tout cela est bien beau, mais ces 3 kms commencent à devenir sacrément longs.Du coup, on marche. Encore. Encore. Mais bordel, il est ou ce village de merde ?!

Enfin après 5 kms (!), nous touchons au but. Mais il n’y a pas d’hôtels. Une soudaine envie de tuer tout le monde me démange le corps. J’interroge J-b :

-Bon bah on fait quoi, maintenant ?

-Ah ton avis ? On va devoir rentrer à Moc Chau !

-Putain…

-Tu l’as dit, j’en ai ras le cul. Mais bon y a pas le choix…

-D’accord, mais avant…

-Oui ?

  • On va boire quelque chose.
La bière d’Hanoi qu’on trouve dans tout le nord du pays

Juste devant nous en effet, se trouvait une sorte de boutique ou j’avais vu des canettes de bière. Avec nos rudiments de Vietnamien et grâce au Routard, j’en achète une, Jb, lui, prend un Coca. Les « clients » nous sourient en voyant nos difficultés linguistiques. De plus, sur le retour nous croisons d’innombrables gamins qui nous croisent en disant « Hello ! » avec une joie non dissimulée. Ah, le charme candide de ces gosses qui exultent de joie à la vue du premier étranger venu restera définitivement mon meilleur souvenir. Oui, loin devant les grandioses monuments centenaires de notre patrimoine, loin devant les soirées déjantées ou l’ivresse et la joie atteignent leur paroxysme, bref à des années lumière de nos meilleurs moments d’euphorie, le sourire d’un enfant reste ce qui m’a le plus approché du bonheur ! Mais passons.

Donc nous revoilà en train de nous taper le retour de 5 kms. Arrivés à proximité de la ville, nous croisons un couple de personnes âgées qui semblent être des touristes (ils portent tous 2 des sacs-bananes). L’homme nous interpelle :

-Hello ! Areuh you gohingue to Moc Chau ?

-Bonjour ! Vous êtes Français ? Lui demandons-nous, reconnaissant l’accent de notre patrie.

-Euh yes ! Enfin oui. Vous aussi ?

Ainsi commença la conversation. C’était la première fois que nous croisions des compatriotes depuis notre arrivée et entendre la langue de Molière nous fit plaisir. Jean-Luc et Michelle étaient un couple à la retraite qui en profitaient pour voyager. De plus, ils nous expliquèrent que, n’aimant guère les circuits organisés, ils préféraient louer des scooters pour ensuite partir à l’aventure dans les environs, à la recherche de vrais « locaux ». Impressionnés par leurs dires, nous les invitâmes à venir dîner avec nous le soir tandis qu’eux nous conseillaient de venir dans leur hôtel car le prix était vraiment avantageux. Nous nous séparâmes en se disant rendez-vous pour manger ce soir.

Nous suivîmes leurs instructions et trouvâmes leur hôtel. Effectivement, à environ 5 euros la nuitée pour 2, ça va ! On en a plus la télé et même du papier toilette ! C’est également notre première confrontation avec l’installation d’une moustiquaire. Quel bordel pour la monter ! Au bout d’un ¼ d’heure, j’en ai marre. Fuck les moustiques, je dormirais sans!

Mais ou étaient les plans?

Nous nous promenons ensuite brièvement dans la ville, observant les stands du marché, les gamins jouant au foot habillés de maillots d’équipes Européennes. Ce qui nous surprend le plus, c’est la présence d’un Applestore dans cette petite ville. Ce ne sera pas le dernier qu’on verra. Tous les jeunes ont l’air de posséder un smartphone, comme chez nous. C’est bien étrange de constater cela quand nous en voyons certains marcher pieds-nus. Autre bonne surprise : on a vu un scooter Heineken.

Apple est vraiment partout!

Vers 18 heures, il est temps d’aller dîner avec nos compatriotes. Moment très sympa ou nous nous voyons même offrir un peu de thé par le gérant. Les Vietnamiens ont vraiment le sens de l’hospitalité. Retour à l’hôtel ou nous rencontrons un Breton cette fois. Nous parlons de nos expériences de nos voyages puis partons nous coucher.

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