Vingt et unième chapitre : De la sueur, du sang et des moteurs

22 Décembre- Phnom Penh

Aujourd’hui c’est décidé : après tous les récits fantastiques entendus par nos collègues voyageurs , nous décidons de nous mettre en quête d’engins automobiles à 2 roues pour écumer le pays. Mais la tâche se révèle ardue. Même les réceptionnistes de l’hôtel s’y mettent, nous accompagnant chez leurs connaissances pour chercher la perle rare. Au bout de 2,3 heures d’intenses recherches, nous en dénichons finalement une. Reste à en trouver une deuxième. Apparemment, un ami du vendeur en aurait une seconde. Quelques coups de fil et emballé c’est pesé ! Demain, 2 bécanes nous attendront au matin pour la modique somme de 400 dollars chacune.

Du coup, nous avons toute la journée pour visiter Phnom Penh. En premier lieu, le musée S-21 à la mémoire sinistre.

Ancien lycée converti en prison durant la période des Khmers rouges, le lieu ne manque pas d’intérêt. On y ressent vraiment l’ambiance horrible qui y régnait une quarantaine d’années à peine. Entre les salles de torture, les innombrables visages des prisonniers dont 7 seulement survécurent ( sur près 20 000!), les cellules multiples et étroites, les peintures superbes et terribles de ces moments de terreur, on s’émeut très facilement ici. Le fait de visiter ces anciennes salle de classe, ces couloirs, cette cour de récré qui a du accueillir en son temps des cris de joie pour se transformer en vestibule de l’horreur renforce cette impression.

Le règlement des agents de sécurité, sorte de Kapos Cambodgiens, notamment, fait frémir ( voir à gauche)

A la fin de la visite, j’allume un peu d’encens pour ces pauvres gens pris dans l’engrenage de la révolution en priant pour le salut de leur âme. Foutus Khmers rouges ! Dire que Pol pot a fini ses jours peinard en Thaïlande ! La vie est injuste…

Retour au quartier routard ou nous rencontrons ( c’est rare) une Suisse, Aline, et Roberto un Espagnol. Nous prenons quelques bières, un repas, puis décidons d’aller au Karaoké. Bonne ambiance, il y a même des chants de Noël dans le juke-box ! Merry Christmas et Jingle Bells résonnent dans notre petite pièce. On croirait presque voir un sapin…Associée à l’alcool, notre petite fête s’illumine de guirlandes et d’étoiles que nos corps enivrés savourent en cette belle soirée. Pour ajouter un peu plus à cette confusion mentale, nous fumerons des joints dans la chaleur hivernale que nous octroie ici ce lointain pays d’Asie.

La déco n’a pas été changé depuis longtemps…

23 Décembre- De Phnom Penh à Siem Reap

Lever à 8h00. Et la, surprise ! Juste devant la terasse, 2 bécanes sont stationnées. NOS bécanes. Une noire et une rouge, aux culasses brillantes qui ma foi, auraient eu leur place dans la Joe Bar team ! Le seul hic, c’est que, ni J-B, ni moi n’avons fait de moto. Du coup, nos amis les gérants de l’hôtel s’empressent de satisfaire nos désirs.

Kate et Louison, nos fidèles compagnes

L’apprentissage se fait…en plein Phnom Penh au beau milieu du trafic. What !? Le plus dur n’est pas la prise en main, mais bel et bien l’embrayage : ce bordel je vous jure ! D’un seul pied, on doit embrayer et passer la vitesse, tout en regardant la route. Bien évidemment pas de casques, ca sert à rien !

Au bout d’une heure de « conduite », si on peut appeler ainsi les innombrables calages, dérapages, accélérations en sens inverse…, nous nous sentons prêts à poursuivre notre voyage. Nous achetons des casques et des tendeurs pour accrocher nos sacs sur la selle. En avant !

5 minutes après, premier pépin : un de mes tendeurs se casse. Obligé d’aller en acheter un. Je me gare en catastrophe, met bien 1 quart d’heure pour trouver un vendeur en courant. Je reviens, J-B m’attend patiemment. On repart. Je cale dans un rond point. Je cale à un feu rouge. Je cale dans un bouchon. Je cale…partout. Au bout d’une heure, nous voilà sortis de la ville. Ouf ! A nous les autoroutes ! Enfin, autoroutes au Cambodge signifie routes départementales à moitié asphaltées, remplies de poussières, de graviers, de trous et de bosses. Tous ces obstacles ébranlèrent notre matériel, mais point notre courage. Le premier véritable défi s’impose environ une demi-heure après Phnom Penh : ma chaîne qui pète. Nous trouvons rapidement un de ces garages qui foisonnent le long des routes. Il me fait ça en 2,3 mouvements. Nikel, on est reparti.

2Ème pépin : la roue de J-B qui crève. Cette fois, nous en chions un peu plus : il faudra pousser la bécane sur plusieurs centaines de mètres avant de trouver un mécano. 1 heure de réparation avec le sourire et c’est reparti ! C’es merveilleux ! Nous roulons pratiquement sans anicroches jusqu’au coucher du soleil, moment ou nous devons s’arrêter car… héhé…plus de phares ! Nous dénichons une petite guesthouse pas trop chère : un vieux bungalow nous sert de chambre. Fatigués par cette longue journée ( j’en veux pour preuve mon derrière en sang!), nous nous asseyons mollement pour manger le dîner de ce soir : une soupe bizarre remplie de gras et de mets non identifiés. Nous n’en boirons qu’un peu. Balade dans la « ville » ou nous disons « hello » à quelques étudiants. Retour à notre couche ou nous fumons un joint avant de brûler le Routard du Vietnam dans le champ d’à côté. Fidèle compagnon de plusieurs semaines qui nous aura bien servi malgré le manque évident de motivation des auteurs à la fin du bouquin. Nous nous séparons de lui, émus par ces flammes qui ce débattent sous le ciel étoilé. Puis dodo au milieu des moustiques.

Adieu
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