2014

Bilan et enseignements d’une année riche en émotions

Alors que l’année 2014 est achevée depuis presque un mois, et que je n’ai pas blogué depuis des lustres, je me décide enfin à en dresser un bilan et à le partager avec vous.

Une année “rollercoaster”

En tant qu’amateur de sensations fortes, on peut dire que j’ai été servi !

Mon temps aura été partagé presque intégralement entre ma startup, mon association d’organisation de hackathons, mon groupe de rock, et un long voyage avec ma chérie. Et chacune de ces occupations aura atteint son lot de pics d’excitation, et de frustrations. Au lieu de prendre sur moi et d’espérer que tout se passe mieux en 2015, j’ai décidé de prendre du recul sur les raisons de ces pics, et d’en tirer les enseignements nécessaires pour m’assurer les meilleures chances de réussite et de bonheur pour cette nouvelle année qui commence. Après tout, c’est en faisant des erreurs qu’on apprend.

Je rédige donc cet article pour moi-même, mais serai ravi si les enseignements que je vais partager ici vous sont utiles.

Une année de défis chez Whyd

L’année 2014 aura commencé sur les chapeaux de roue. Peu de temps après notre première levée de fonds, Damien a rejoint notre équipe, nous permettant enfin de développer l’application iPhone si longtemps attendue par nos music lovers. Je me suis alors proposé de structurer le projet et d’en conduire l’équipe (4 personnes, dont 2 travaillant depuis San Francisco), en acceptant un objectif ambitieux: livrer une version utilisable au bout de deux mois. Même si on a au final un peu dérapé sur le délai prévu, travailler sur ce projet était un vrai régal ! La seule partie pénible pour moi aura été d’accepter quelques changements de décisions sur la conception du produit, causant du retard sur le planning, et donc sur la date de livraison que je comptais tant tenir. Mais les tensions ont vite été dissipées grâce à l’aide d’un ami qui m’a recommandé d’appliquer une technique de communication non-violente. Au final, l’app a été très bien notée sur l’app store, gage de qualité de notre travail d’équipe.

Ensuite, Whyd est passé à la TV, dans un reportage sur les réseaux sociaux couvrant notamment Facebook et Pinterest. Avouons-le, je redoutais un peu ce que l’émission “Enquête d’actualité” allait bien pouvoir dire sur nous. Au final, le message a été très positif, ce qui a soigné notre image auprès du grand public. Et j’étais très fier de voir notre projet et notre équipe aussi bien mis en valeur.

A défaut d’avoir réclamé une augmentation de salaire pour récompenser mes efforts, j’ai demandé l’autorisation d’ouvrir le code source du composant de lecture streaming utilisé sur Whyd: PlayemJS. Cette volonté était chère à mon coeur car la version initiale de ce code était tirée d’un de mes projets personnels: Play’em. J’aurais aimé pouvoir faire de même avec le reste du code de la plateforme, mais je sais que j’en demande trop ! ;-)

L’envol de Man Is Not A Bird

Excusez le jeu de mots, mais MINAB aura été le plus accompli de mes projets musicaux. En Février 2014, nous avons partagé la scène avec le groupe qui nous a le plus influencé: les irlandais de And So I Watch You From Afar. En Mars, nous avons tourné notre premier clip (une première pour moi): the Sounds of Spring. En Mai, nous avons lancé une levée de fonds collaborative qui aura été couronnée de succès, grâce à notre famille, nos amis, et les fans que nous avons convaincu progressivement lors de nos concerts. Ce qui nous a permis de financer l’enregistrement de notre premier album “Survived The Great Flood”, au mois de Juin.

Mais l’enchantement prendra fin à la rentrée, le groupe ayant décidé de me remplacer par un batteur plus disponible. Bien que leur volonté de passer à la vitesse supérieure soit louable, c’est la manière dont la séparation a été opérée qui m’a profondément blessé. Notamment le fait qu’ils aient continué à communiquer sur Facebook comme si de rien n’était, sans avoir annoncé notre séparation. Je vous laisse imaginer ce que j’ai pu ressentir en voyant mes amis “aimer” ces nouvelles, ignorant qu’elles ne me concernaient désormais plus. Et la réaction de mes proches qui avaient contribué à notre levée de fond pour soutenir mon projet musical. Le groupe n’ayant pas respecté ma volonté d’annoncer publiquement notre séparation sous une semaine, j’ai été contraint de l’annoncer moi-même, et ils ont du en assumer les conséquences (bad buzz).

Malgré cette triste fin, je n’oublierai jamais tout ce qu’on a accompli ensemble: le bonheur d’avoir joué si souvent sur scène, d’avoir sorti un clip, d’avoir été si bien accompagné par nos proches et amis musiciens; et surtout, d’avoir pour la première fois de ma vie enregistré un véritable album qui va sortir sous peu.

La consolidation Fhacktory

Après avoir co-organisé AngelHack Paris en 2013, puis notre premier hackathon indépendant sous le nom de “Fhacktory” l’automne suivant à Lyon, nous avons validé trois défis: monter une association, réunir les fonds pour organiser trois éditions en 2014, dont la dernière prévue à Paris, à une semaine de la précédente.

La première édition de 2014 aura été un soulagement pour moi en terme d’effort, car l’équipe Lyonnaise (menée par Thomas) s’est chargé du plus gros de l’organisation. Grâce à l’accueil de nos amis de La Cordée Liberté, une communication sans faille, et la renommée de l’édition précédente, on a vendu 64 places en huit jours et cette édition a été des plus réussies. On s’est notamment beaucoup amusé à préparer ensemble un quizz d’ouverture pour chauffer les participants avant les 24 heures de code. Je ris en repensant à ce moment de solitude mémorable de l’édition suivante: Thomas et moi sur scène, ayant tous les deux oublié le nom des équipes gagnantes au moment de la remise des prix ! #fail

Enfin, la dernière édition, dont j’ai assuré une bonne partie de l’effort de préparation, en attendant que Thomas ne vienne s’installer à Paris, est un sans faute. Nous avons été accueillis généreusement par l’école ISART Digital, notre procédure de notation est arrivée à maturité, et les participants sont repartis ravis. A mon grand regret, nous n’avons pas été en mesure de publier d’article comme nous le faisions traditionnellement pour féliciter les gagnants et remercier les nombreux volontaires… Mais heureusement, Toon avait couvert richement l’évènement en direct sur Twitter et Facebook ! En tout cas, cet évènement a pour moi dignement bouclé la boucle depuis Angelhack: j’aurai organisé mon premier et mon dernier hackathon à Paris.

Qu’est-ce que j’en retire ? Le plaisir d’avoir co-organisé de si beaux évènement avec des potes motivés, d’avoir été inspiré par tant de jeunes hackers aussi talentueux, et d’avoir joué mon rôle de père fouettard lors de chaque hackathon ! :-) Ce que je souhaite ? Ne plus investir de temps dans l’organisation d’évènements, mais plutôt aider les prochains volontaires à prendre la suite, pour perpétuer notre valeur fondatrice: 0% bullshit !

Par ailleurs

Cette suite d’aventures a été ponctuée par la réalisation d’un vieux rêve: découvrir l’Amérique Latine, sac sur le dos. Camille et moi avons profité de l’occasion du mariage de son cousin vivant à Santiago du Chili, pour organiser ce voyage. Organiser est en fait un bien grand mot car nous avons tenu à respecter trois règles pour notre voyage jusqu’à Lima:

  1. Ne se déplacer que par les routes, entre Chili, Bolivie et Pérou;
  2. Budget modeste: donc toutes les nuits en auberge de jeunesse;
  3. Ne rien réserver avant de partir (sauf pour Machu Picchu, pas le choix).

Je m’étais aussi fixé comme règle de ne pas utiliser Internet pendant le voyage. Même si j’ai énormément réduit ma consommation habituelle, je dois avouer que je n’y suis pas complètement parvenu au final ! ;-)

Pour le reste, ce voyage a été une réussite et un plaisir inoubliable. Je n’ai jamais été aussi dépaysé, époustouflé par la beauté des paysages qu’on y a découvert, et apaisé par cette longue rupture avec nos habitudes: boulot, stress, et autres obligations occidentales. Même si nous n’avons pas vécu dans les conditions les plus extrêmes, j’ai pris conscience qu’avoir systématiquement de l’eau chaude en ouvrant un robinet, de l’eau potable en ouvrant l’autre, et du courant dans chaque prise électrique, est un luxe que nous avons toujours considéré comme acquis, alors que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Et malgré le niveau inégal de confort dont nous avons bénéficié pendant ce voyage, nous étions heureux d’y être, ensemble.

Cette rupture avec mes obligations habituelles était aussi un moment privilégié pour prendre du recul sur mes choix de vie, mes valeurs, mes réalisations, et mes envies futures. Notamment, la vision de rester quelques jours ou quelques mois dans un village étranger où l’on se sent bien, sans être obligé de rentrer, sans dates limite, puis de changer d’endroit quand l’envie nous prend. J’ai réalisé que j’avais la chance d’exercer un metier qui permet de travailler de presque n’importe où, au rythme que je souhaite. Ça m’a donné envie de voyager plus, m’a fait réfléchir aux moyens de concilier voyage et travail, et m’a donné l’énergie nécéssaire pour prendre mes prochaines décisions de vie en ce sens.

Et maintenant ?

Les fruits de mes reflexions déboucheront peut-être sur d’autres articles. En attendant, je tiens à lister ici quelques enseignements que j’ai tirés de ce tour de manège “2014", en vue de cette nouvelle année fraichement entamée:

  1. Rien ne sert de vouloir faire changer une personne. Chacun — y compris soi-même—est libre de suivre ses aspirations propres. Plus on est clairs et transparents sur nos aspirations, plus on a de chances de vivre de beaux échanges avec les autres. Si la relation entre deux personnes est difficile, et que la communication non violente ne désamorce pas les différends, rien ne les oblige à continuer d’essayer de s’accepter. Il y a suffisamment de monde sur Terre pour choisir avec qui on souhaite vraiment échanger.
  2. Par extension, il ne faut jamais rien attendre de qui que ce soit. Il vaut mieux s’investir dans des projets et faire confiance à ses collaborateurs, que de s’en méfier et en faire le moins possible. Les motivations personnelles de s’investir dans un projet, et le plaisir ressenti par l’execution de ce projet, doivent transcender l’attente de l’investissement des autres. Si l’on suit cette règle, il n’y a plus aucune raison d’être déçu par les autres, et donc plus de raison de s’en méfier. Sinon, c’est que peut-être le signe qu’on s’est trompé de projet.
  3. Encore par extension: être connu, respecté et apprécié par d’autres personnes n’est pas une fin en soi. Ce statut est le résultat d’un investissement désintéressé dans un projet dont seule l’execution relève d’une envie personnelle et inconditionnelle. Or, le plaisir personnel de réaliser son projet transcende le besoin d’être apprécié des autres. #cqfd
  4. Personne n’est parfait. Une fois que l’on connait ses défauts, qu’on les accepte, et qu’on les assume face aux autres, tout le monde se sent mieux. La personne sera respectée pour sa sincérité et sa confiance en elle, et les autres seront rassurées de savoir qu’elles ne sont pas les seules à avoir des défauts, et qu’elles ne sont pas dupées.
  5. Par extension: ne jamais hésiter à poser une question (même “bête”) ou à demander service à une personne. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, tout le monde aime le sentiment d’avoir été utile. De plus, une personne aidée se sent souvent plus redevable que l’effort demandé par cette aide. Si ce n’est pas le cas, référez-vous au point 2.
  6. Par ailleurs, mieux vaut ne rien dire et écouter l’autre, que parler pour rompre le silence ou se donner en spectacle. Tout le monde apprécie d’être écouté, votre silence et votre attention ont donc beaucoup de valeur.
  7. Ne jamais se forcer à faire quelque chose que l’on a pas envie de faire. C’est très bien de vouloir se dépasser et sortir de sa zone de confort, mais seulement si c’est pour une raison importante pour soi. Sinon, cela ne n’en vaut pas la peine.
  8. Enfin, pour conclure: accepter qu’il est impossible de tout contrôler. La prévoyance est une qualité mais ne doit jamais nous empêcher de lâcher prise, vivre et apprécier l’instant présent, avec ses qualités et ses défauts.

En espérant que cet article vous aura inspiré, je vous remercie pour votre attention. Je remercie aussi toutes les personnes ont participé à ces tranches de vies, celles qui m’ont soutenu dans mes projets, celles qui ont répondu à mes questions irritantes, supporté mes frustrations sans jamais m’en vouloir, et celles qui m’ont aidé (volontairement ou pas) à m’assagir — tout en m’encourageant à rester insolent ! :-)

Amicalement,

Adrien

“Vous allez finir par vous aimer les uns les autres, bordel de merde?!”
S. Stallone, dans “Jesus II, le retour”