Ce que j’ai découvert après +150 visites de fermes en France.

“ 9 Français sur 10 (89%) consomment bio, au moins occasionnellement, alors qu’ils n’étaient encore que 54% en 2003. ” — agriculture.gouv.fr “.

Chez AgroLeague aucun de nous n’est convaincu que l’avenir de l’agriculture serait dans ce que nous entendons aujourd’hui par «bio».

Il y a un an et demi/ deux ans, nous avons commencé à parcourir les routes afin de mieux comprendre quels étaient les vrais enjeux des fermes en France, au-delà de ce qui peut se dire sur BFMTV.

J’ai décidé d’écrire cet article afin de partager les quelques leçons que j’ai tirées de notre aventure !

Les coopératives

“ Cela fait 25 ans que nous n’avons pas innové dans la technique. Je sais que le monde change mais ça marche toujours bien pour nous. “

Cette phrase je l’ai entendue à plusieurs reprises de la part de technico-commerciaux dans des coopératives et à chaque fois que je l’entends je me demande si eux et moi vivons dans le même monde. Comment est-il possible de ne pas voir que le changement est urgent ? Que leur model économique ne tient plus ?

Si l’innovation sociale ne revient pas au cœur même du modèle coopératif cher à Jaurès ou Godin, si les administrateurs ne sont pas formés, alors, l’on pourra faire le même constat chaque année… que « ce système a failli » — Mickaël Poillion dans l’Humanité en Février 2014.

Nous en sommes convaincus chez AgroLeague : de nombreux agriculteurs sont justement handicapés par un environnement toxique qui freine la rentabilité des fermes françaises, l’innovation agronomique et l’épanouissement de celui qui cultive. 
J’utilise souvent cette phrase pour résumer avec ironie ce qu’on pense sur le sujet :

“ Je suis technicien, j’accompagne l’agriculteur sur les traitements, ITK, fertilisation, choix de variétés, mécanisation et sur la gestion globale de la ferme; mais attention ! Je n’influence pas du tout l’agriculteur dans ses choix. “

Trop d’agriculteurs dépendent de leurs techniciens, pieds et poings liés avec souvent l’impossibilité de changer de système et de retrouver une ferme viable.

Gérer une ferme n’est pas facile et les risques sont souvent difficile à porter.
Imaginez-vous que sur vos épaules reposent le poids de l’affaire familiale qui dure depuis plusieurs décennies, de génération en génération. 
C’est humain que de vouloir déléguer parfois son risque à son technicien en qui on a confiance et qui peut servir de bouc émissaire en cas de problème mais c’est pourtant toxique pour l’entreprise et surtout pas durable pour deux raisons :

1) Le technicien n’est pas en permanence sur la ferme et il n’est plus possible d’appliquer des recettes. Il faut être agronomes et entrepreneurs en charge des cultures / de l’élevage. 
Ce sont les agriculteurs qui connaissent leur terroir mieux que personne; avec un bon état d’esprit et des clés agronomiques, ils sont les meilleurs pour pouvoir prendre les meilleures décisions stratégiques sur la ferme.

2) Le fait de déléguer complètement son risque à un tiers — qui ne travaille pas sur la ferme — ne permet pas de se poser les bonnes questions et de prendre les meilleures décisions. On “externalise” une verticale stratégique de son entreprise à un tiers et ce n’est jamais positif.

“ J’ai besoin de mon technicien, je ne peux pas être bon partout. “

Oui : il n’est pas possible d’être un expert sur tous les sujets. Mais chaque sujet doit être au moins compris pour prendre les meilleures décisions.

“ Être autonome et indépendant dans mes choix : c’est vraiment le plus important pour moi aujourd’hui. ”

La société

À cet environnement toxique s’ajoute le regard de la société. Ce poids est souvent conséquence de l’ignorance du consommateur et de la distance qui s’est créée entre les citadins et le monde rural; conséquence aussi de l’incompréhension du voisin, au moindre traitement.

Depuis que nous avons commencé AgroLeague, nous avons plusieurs convictions :

C’est une nouvelle époque qui commence et le changement est imminent.
Continuer à se reposer uniquement sur les débouchés et techniques traditionnels est impossible à cause d’une réalité économique et agronomique : il faut remettre le sol au centre du système de production, allonger sa rotation et diversifier ses cultures pour construire un système plus résilient.

“ La modernisation de l’agriculture s’est majoritairement basée sur la spécialisation des territoires autour d’un nombre restreint de productions. Pour les cultures, l’intensification des pratiques agricoles a conduit à la simplification des assolements et au raccourcissement des rotations. Pourtant, en plus des bénéfices agronomiques induits, la diversification des espèces cultivées constitue une sorte d’assurance récolte naturelle. ”

Tout métier doit permettre de s’épanouir, agriculteur aussi et c’est trop peu le cas aujourd’hui. 
Pour s’épanouir au travail, il faut apprendre à faire confiance à l’intelligence comme le dit la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury dans cet article de l’Express :

“ L’individu doit gagner en autonomie pour mieux trouver sa place. ”

L’agriculture rentable avec l’agronomie au coeur est une ambition personnelle, un chemin qui mène à l’épanouissement de celui qui cultive et à la valorisation du métier d’agriculteur. 
J’ai pu constater que cela passe effectivement par l’agronomie mais aussi par l’état d’esprit, l’entrepreneuriat, et l’ouverture vers de nouvelles pratiques telles que l’Agriculture de Conservation de Sols.

“ J’ai besoin de continuer à apprendre encore et toujours pour progresser dans mon métier et sentir que j’évolue. ”

Sur le terrain, il y a clairement une différence entre un agriculteur dans une démarche de changement et un autre dans une démarche classique qui suit les instructions de son technicien.

Résumer l’agriculture à une affaire de technique est une erreur.
Le changement de techniques s’apprend et ce n’est pas le plus important. Ce qui fait vraiment la différence entre ceux qui réussiront et les autres, c’est l‘ouverture d’esprit. Les organismes se focalisent uniquement sur la technique (et encore!) et pas sur la démarche entrepreneuriale.

“ Un agriculteur est quelqu’un qui choisit sa vie, qui choisit un système et qui reste ouvert à tout sur le monde. “

Le regard de l’entourage est parfois un frein.
Faire évoluer ses pratiques et innover sur sa ferme passent aussi par convaincre ses associés ou ses parents. Le regard des autres peut être un frein qu’il faut lever afin d’innover à moindre risque. Courage et détermination sont les maîtres-mots. 
Je pense à de nombreux agriculteurs que nous avons rencontrés qui sont aujourd’hui membres de la league et qui innovent mais anticipent déjà les remarques de leurs voisins.

“ Je vais faire un essai en semis direct cette année sur le maïs, mais la parcelle est à côté de celle d’un voisin. J’ai peur de passer pour un con. “

Plus sérieusement, ce jugement est un poids et il est difficile de s’en détacher. D’autant plus sur des petits territoires où souvent, responsables de coopératives et élus de chambres d’agriculture se connaissent quand ce ne sont pas les mêmes.

Remettre en question les acquis.
La formation agricole doit gagner en esprit entrepreneurial, pour apporter aux futurs agriculteurs plus d’ouverture et moins de cadres prédéfinis. Nous sommes en 2018 et ce n’est un secret pour personne : la façon dont on fait du commerce a évolué. Le développement des réseaux sociaux devrait permettre aux agriculteurs de vendre demain mieux et plus, en vente direct.

“ J’ai monté un groupe Facebook avec mes clients. C’est désormais plus facile de les fidéliser. “

D’un point de vue technique, les problèmes d’érosion, de fertilité des sols, des prix de vente de plus en plus bas sont la cause d’une nécessité de s’orienter vers des pratiques qui permettent une diminution radicale des charges. 
Nous sommes super contents d’avoir entendu que certains membres de la league ont aujourd’hui réduit de 50% leur charges de mécanisation et ont complètement supprimé les insecticides.

“ Je sais que ce que je fais va dans le sens de la société dans laquelle on évolue et j’en suis extrêmement fier “

Les échanges entre pairs sont essentiels.
Le savoir naît de l’action et des risques pris. Des échanges réguliers entre pairs ambitieux sont la clé vers la réussite. À chaque rencontre de la league que nous organisons je ressens cette énergie qui est créée et ça fait beaucoup de bien à chacun de nous.

Depuis un an et demi, comprendre comment recréer un environnement sain autour des fermes européennes pour remettre agronomie et rentabilité au coeur a été au centre de nos préoccupations.

Par environnement sain, je veux dire propice à l’émancipation des agriculteurs : je pèse mes mots.

Fort de ces constats, comment agissons-nous ?
AgroLeague est un mouvement, une démarche ambitieuse mais pragmatique. Nous avons une exigence de moyen et surtout de résultat : tout faire pour aider chaque jour les membres à remettre agronomie et rentabilité au cœur pour des entreprises durables.

Ne manquez aucun événement AgroLeague — http://bit.ly/evenementagroleague

De meilleurs sols, de meilleures marges, tout en évitant 80% des erreurs. Rejoignez-nous http://bit.ly/siteagroleague

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PS : Merci Kyle pour le gros coup de main dans l’écriture de cet article ;)