Étudiant dans le coma à Tolbiac : itinéraire d’une très grave fake news

Emballement sur les réseaux sociaux vendredi dernier et durant toute une partie du weekend autour d’un supposé étudiant tombé dans le coma à la suite d’une chute lors de l’évacuation de Tolbiac par les CRS. L’individu aurait tenté de fuir par les toits et alors qu’il s’apprêtait à sauter vers un autre bâtiment, un policier lui aurait tenu la cheville, précipitant sa chute quelques mètres plus bas.

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Et encore plus dingue, nulle trace de sang à l’endroit même où on aurait dû en trouver… parce qu’évidemment, la police voulant camoufler son méfait aurait supprimé les preuves ! Du bon gros roman que malheureusement beaucoup ont relayé, dont des médias a priori sérieux comme Marianne, sans même chercher à savoir si cela avait le début d’une quelconque vérité.

Parce que la riposte à cette fake news a été rapide et a émané de beaucoup d’acteurs, comme la préfecture de police de Paris, la première concernée, des journalistes qui eux ont pris le temps d’appeler les hôpitaux, un syndicat hospitalier pourtant peu proche du pouvoir, la mairie de Paris et finalement l’institution hospitalière parisienne elle-même.

Et puis le temps aidant, la reconstitution de la propagation de cette fake news a été rendu possible, avec l’identification de ceux qui l’ont initié et des « communautés » qui, parfois de bonne foi d’ailleurs, l’ont relayé.

UNEF, FI et médias militants complices

Tout part donc du média militant d’extrême gauche , Reporterre, et d’un de ses journalistes stagiaires, qui écrit un article censé rendre compte de l’évacuation de Tolbiac par les CRS, en donnant la parole à des témoins l’ayant vécu. L’article, toujours en ligne, intitulé « trois témoins racontent comment un occupant de Tolbiac a été blessé à la tête », offre un bon exemple de manipulation rhétorique en reprenant à chaque fois les démentis des différentes autorités mais en y opposant des témoignages d’individus dont les noms ne sont même pas les vrais et qui sont surtout des militants politiques, pas des acteurs neutres.

On apprend donc qu’il n’y a pas de blessé mais que c’est justement parce qu’il y a un blessé qu’on nous dit qu’il n’y pas de blessé, qu’il n’y a pas de traces de sang mais que c’est justement parce qu’il y en a qu’on nous dit qu’il n’y en pas. Etc. etc. Vous voyez le délire : c’est Matrix chez les zadistes de Tolbiac ! Le même journaliste qui se félicitait sur son compte Twitter d’avoir sorti son « premier scoop » en parlant du prétendu coma d’un étudiant. Chacun appréciera sa grande classe…

Le pire fut la reprise par d’autres acteurs, qu’on aurait aimé plus rigoureux comme l’UNEF, via sa présidente à Paris I, Jaspal De Oliveira Gill. Toute la journée, cette dernière a été la seule et unique source de Marianne pour relayer cette fake news. Gêné par les démentis fermes et clairs des autorités, le magazine a bien tenté de faire marche arrière mais le mal était fait si j’ose dire puisque sa force de frappe sur les réseaux sociaux avait permis de diffuser massivement la rumeur.

Et ce fut alors l’émergence d’un nouveau protagoniste en la personne de Leïla, jeune étudiante, qui venait nous dire face caméra que oui oui il y avait bien un blessé grave, qu’elle l’avait vu de ses propres yeux. La même Leïla, qu’on découvrira ensuite militante de la France Insoumise, qui quelques heures auparavant dans un autre média expliquait qu’elle n’était pas présente lors de l’évacuation… Bref, beaucoup de mensonge et peu de déontologie de la part de certains alors qu’il n’aurait fallu que quelques coups de fils pour recouper les informations, le b.a.-ba du métier.

Un jusqu’au boutisme anti-démocratique

Tous les jours, les opposants au gouvernement utilisent des fake news, prétendant par exemple que la SNCF va être privatisée, que Macron voudrait casser le code du travail et les services publics, que la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants entrainerait la fin des redoublements et des compensations de note.

Ce sont des fake news inhérentes à chaque mobilisation, elles sont graves bien sûr, mais elles sont habituelles, elles répondent aux fantasmes de l’ultra gauche sur les pouvoirs successifs dont l’obsession première serait bien sûr de vendre la France aux actionnaires et de rendre plus pauvres les braves gens. Vous voyez la grosseur des ficelles et vous y êtes habitués depuis le temps qu’on vous les sort. Ce sont les mêmes depuis des décennies, nous avons appris à vivre avec, leur potentiel de nuisance est ainsi relativement limité.

Mais là, en mentant sur la santé d’un étudiant, en voulant agir sur l’émotion immédiate et la rage que peut susciter une telle information chez celui qui la reçoit, les bloqueurs de Tolbiac se sont comportés de manière totalement scandaleuse. Parce qu’avec cette fake news, ils ont voulu manipuler les étudiants autour de leur mouvement de blocage des facs qui se casse la figure jour après jour. Perdant pied, se sentant isolée dans son combat, la « Commune libre de Tolbiac » a usé du pire travers propagandiste pour tenter de faire basculer l’opinion. Cela aurait peut-être pu marcher si les autorités et des citoyens attentifs n’avaient pas combattu ce mensonge.

C’est en tout cas assurément un bon signal parce que cela ne s’arrêtera pas : les différentes mobilisations contre le gouvernement depuis le début du quinquennat sont marquées par leur inefficacité. Quelle est donc la conséquence ? L’exaspération et la radicalisation de ceux qui les portent. Et comment l’expriment-ils ? Par la violence, symbolique ou réelle (les mannequins à l’effigie de Macron brûlés ou les armes de guerre contre les gendarmes) et par la diffusion de fake news dont cet exemple de l’étudiant blessé nous montre qu’elles évoluent vers la pire saloperie. A nous de ne pas nous laisser embarquer par ces méthodes franchement anachroniques à l’heure des réseaux sociaux où tout est recoupé en quelques minutes et surtout particulièrement anti-démocratiques.