Grèce : la leçon de Tsipras aux populistes Français, Mélenchon et Le Pen

Enfin. Après 8 ans d’une sévère et terrible austérité pour nos voisins grecs (la vraie austérité, pas celle que la France serait supposée subir), le pays reprend en main son destin avec la fin du plan de soutien de l’Union européenne et du FMI. Les difficultés ne sont pour autant pas terminées mais cette première étape, nécessaire, est désormais derrière eux.

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Emmanuel Macron lui-même se félicitait de cette situation par le biais d’un tweet publié hier sur son compte : « La fin aujourd’hui du plan de soutien signe pour le peuple grec la sortie de la crise qu’il a affrontée avec un courage et une dignité qui forcent le respect. La France demeure à ses côtés pour que nous construisions ensemble, avec nos partenaires, l’avenir de l’Union européenne ».

Si l’heure était hier aux sourires de satisfaction quant à ce début de sortie de crise de la Grèce, rappelons-nous que l’histoire aurait pu être tout autre. Que Tsipras ou un autre dirigeant auraient pu faire le choix de l’irresponsabilité et celui de ne pas rembourser la dette, que lui ou un autre auraient pu ne pas faire les réformes qui s’imposaient, que lui ou un autre auraient pu quitter l’Europe ou l’entraîner au contraire dans une crise multiple aux conséquences dévastatrices.

Tout ne fut pas fluide, simple, il y a eu de nombreuses crises et une tension réelle entre pays membres de l’Union européenne. Mais la meilleure solution — si l’on ose dire cela, les grecs ont terriblement souffert — fut celle que la Grèce choisit d’adopter : une solution de responsabilité qui n’isolait pas le pays ou le conduisait à vivre avec une situation insoluble.

Il n’y avait pas d’autre solution

Le cas de la Grèce est intéressant car il est finalement assez peu commun à un pays développé. Je ne sais pas combien de fois le FMI est intervenu en Europe pour aider un pays membre de l’UE, mais cela doit se compter depuis 50 ans sur les doigts d’une seule main, s’il ne s’agit tout simplement pas d’une première.

Et ce cas est donc intéressant car il permet de confronter les discours de bonnes intentions ou ceux appelant à renverser la table avec la réalité des choses. L’Argentine avait choisi de ne pas rembourser sa dette auprès de ses créanciers, les conséquences économiques et donc sociales furent pour elle terribles. Et au bout du bout, elle avait finalement dû rembourser en partie sa dette. Que de temps perdu pour les argentins eux-mêmes, que de drames sociaux !

La Grèce n’opta pas pour cette solution radicale de ne pas rembourser sa dette et accepta donc en grande partie les conditions imposées par ses créanciers. Ces conditions étaient dures car elles signifiaient pour ce pays un changement majeur de culture (avec un plan de privatisations très important par exemple) et de sacrifices (baisse des salaires notamment et suppression de nombreux acquis sociaux).

Mais ces efforts du peuple grec ont porté leurs fruits. Le pays retrouve depuis hier sa souveraineté économique même s’il y a pour autant encore énormément à faire, pour les grecs eux-mêmes frappés par une pauvreté record et une perte de leur pouvoir d’achat, pour le pays avec une situation économique encore précaire et un chômage qui, bien qu’ayant diminué, tourne encore autour de 20%.

Tsipras, l’homme de la situation

Impopulaire aujourd’hui dans son propre pays et considéré comme un traitre par toute une partie de la gauche française après avoir été son héros, Alexis Tsipras était indéniablement l’homme de la situation. Le choix de l’Europe qui fut le sien et la solution de compromis qu’il accepta avec ses créanciers (en gros oui aux réformes mais en ne faisant pas porter l’essentiel des efforts sur les grecs les plus modestes) fut celui d’un homme d’État.

Et la réponse qu’il apporta il y a quelques semaines à Mélenchon démontra bien la différence entre celui qui fait face aux difficultés de son peuple et celui qui depuis 40 ans refuse de le faire en se complaisant dans l’opposition incantatoire. Le leader de la France Insoumise accusait le grec de « répondre toujours plus servilement aux diktats libéraux de la Commission européenne », Tsipras lui rétorqua violemment : « nous sommes plus à gauche que Mélenchon. Nous, nous sommes à gauche en pratique et pas seulement en paroles. »

Ainsi, au-delà de la Grèce, de l’Europe et de ses dirigeants, il y a bien une morale politique à tirer de cette situation. Celle par exemple qui tend à démontrer que ceux qui vous disent à longueur de journée ou de tweets que la dette d’un État n’est que virtuelle, qu’il peut très bien être possible d’envoyer balader les banquiers ou les institutions qui veulent vous venir en aide sont soit des incroyables amateurs, soit des dangereux menteurs.

Aucun pays dans le monde n’a la capacité de s’affranchir de ses responsabilités. Cela n’empêche pas le fait de poser de bonnes questions voire même de s’offusquer quant aux conditions qui ont conduit la Grèce au bord du gouffre (le rôle plus que trouble par exemple de Goldman Sachs qui a aidé le pays à maquiller ses comptes publics pour satisfaire aux critères d’entrée dans l’euro). Mais ces questions légitimes et nécessaires ne sauraient conduire à l’utopie insoumise ou la folie d’extrême droite de l’isolement digne de la politique de l’autruche.

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