Laurent Wauquiez : l’indécent silence

L’avez-vous remarqué ? Alors que les sujets d’actualité se font très nombreux et sont d’importance, nous n’avons nulle signe de vie de Laurent Wauquiez. Il a disparu de nos écrans, des colonnes de nos journaux, il n’a rien à dire, à penser, à défendre alors même qu’il se montrait omniprésent il y a encore peu.

La SNCF ? Rien à dire. La Syrie ? Rien à dire. Les facs ? Rien à dire. Notre-Dame-des-Landes ? Rien à dire. Je peux continuer longtemps mais je vous épargne la liste complète.

Alors quand même, j’abuse un peu, il s’est exprimé hier pour la première fois depuis longtemps dans les colonnes du Journal du Dimanche, pour une interview sans envie, en mode pilotage automatique, où il s’est contenté de reprendre ses punchlines de mauvais rappeur contre le président de la République, forcément « déconnecté », « illusionniste » ou que sais-je.

Voilà tout ce qu’a à nous dire le chef du premier parti d’opposition, voilà tout ce qu’un candidat déjà déclaré à la présidentielle a à offrir aux Français comme analyse politique et propositions alternatives. C’est pauvre, très pauvre.

L’embarras idéologique

La faiblesse des critiques est pour le moins affligeante et même indécente pour les électeurs de droite et les Français qui attendent d’un parti de gouvernement d’avoir un minimum de crédibilité. Le projet de Fillon, que je ne partageais pas, avait le mérité de la cohérence. Il était injuste socialement, dur à bien des égards, mais honnête intellectuellement et fidèle idéologiquement.

Avec Wauquiez on est dans la critique à la petite semaine : « Macron il est méchant sur les 80 km/h », « Macron il est méchant avec les retraités », « Macron il est gentil avec les migrants », « Macron il est gentil avec les djihadistes ». Mais enfin, où est-on ? De quoi parle-t-on ? Sommes-nous dans une compétition pour prendre la tête d’un BDE ou évoquons-nous le destin de notre pays, l’avenir de la France ? Cela mérite bien davantage que cette pathétique litanie de critiques indigentes, populistes et démagogiques.

La réalité vous la connaissez : sur de nombreux sujets, Laurent Wauquiez est très embarrassé par sa proximité idéologique avec Emmanuel Macron. C’est logique : la République En Marche a fait le choix de dépasser les clivages politiques en prenant le meilleur de la droite et de la gauche, c’est-à-dire, entre autres, la défense de l’égalité réelle pour la partie de gauche, la défense assumée et ambitieuse des entreprises pour la partie de droite. Que Wauquiez peut-il reprocher à la baisse de l’impôt sur les sociétés, l’augmentation des salaires de tous les travailleurs du privé, la réforme du code du travail responsabilisant patrons et employés, l’investissement résolu dans l’apprentissage ou encore l’annonce du 0 charge pour la participation dans les entreprises de moins de 250 salariés ? Rien.

Alors j’entends déjà parmi vous les esprits les plus taquins : non, Emmanuel Macron ne fait pas une politique de droite. Les différences énormes avec les LR par exemple sur la lutte contre le terrorisme ou la politique migratoire le prouvent et j’aurais par ailleurs pu faire le même article sur Olivier Faure du PS, prouvant par là qu’on est bien dans un dépassement raisonnable des clivages.

Le dilemme FN

Mais je reviens à Wauquiez parce qu’à son embarras idéologique, s’ajoute l’embarras stratégique. Il sait que pour retrouver un peu d’air, il doit chasser les électeurs frontistes mais, en faisant cela, il précipite la partie centriste de son électorat dans les bras du président de la République. Alors il se trouve face à un dilemme impossible à dépasser et choisit la pire des stratégies : ne rien dire, ne rien faire. Un peu de « muscles » sur l’immigration et le terrorisme pour se démarquer et flatter les bas instincts de certains Français, beaucoup de démagogie pour fédérer des mécontentements, mais c’est tout.

Or sur les sujets majeurs comme l’école, l’économie ou la géopolitique, il peine à marquer sa divergence avec le président de la République, si ce n’est pour discuter du sexe des anges. Au final, on observe un positionnement totalement incompréhensible, voulant parfois se la jouer plus à gauche que les insoumis, plus à droite que le FN. Bref, une ligne totalement impossible à tenir.

Pendant ce temps, le FN continue sa purge des éléments « de gauche » (les partisans de Philippot) et se recentre sur ses fondamentaux : la xénophobie, le rejet de l’Europe, le protectionnisme. On pense ce qu’on veut du Front National, je fais partie de ceux qui le combattent bien évidemment, mais à la différence de Wauquiez, il se montre fidèle à ses valeurs et ses idées, il n’essaye pas d’adapter sa ligne et son discours selon les publics. Marine Le Pen défend son ami Poutine sur la question syrienne, elle combat le projet de loi asile immigration du gouvernement en refusant strictement toutes les dispositions visant à améliorer le droit d’asile, elle fustige l’europhilie du président en appelant à se replier sur les frontières nationales, comme si appliquer la politique de l’autruche face à la mondialisation qui est là, bien réelle, pouvait nous protéger des effets pervers qu’elle engendre.

Wauquiez, parce qu’il est tout sauf idiot, sait que ce projet frontiste nous mènerait droit à la ruine. Mais il sait aussi que Macron l’asphyxie sur la partie libérale de son programme. Alors que va-t-il faire à l’avenir ? Regardons le passé, la réponse est peut-être dans ce qu’a vécu le PS en 2007. Au nom d’un anti-sarkozysme primaire, le parti de gauche avait refusé toute clarification idéologique en son sein, tout travail sérieux, et s’était retrouvé totalement vide intellectuellement lors de la victoire de François Hollande 5 ans plus tard. Nous avons vu ensuite ce qu’il en a été. Et hélas, il est vraisemblable que la seule ligne qui puisse apporter un quelconque crédit à Wauquiez soit celle qu’il applique aujourd’hui, l’anti-macronisme primaire. Mais à quel prix ? Cela ne peut, comme pour le PS, que conduire à la disparition de la droite française et au renforcement de l’extrême droite.

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