Pourquoi Emmanuel Macron est un grand président social ?

Petit frisson comme les réseaux sociaux savent en produire de temps en temps à la suite d’une vidéo postée depuis le compte Twitter de Sibeth Ndiaye, la conseillère communication de l’Elysée, où l’on voit Macron expliquer à ses conseillers le sens du discours qu’il souhaite prononcer le lendemain (aujourd’hui donc) au congrès de la Mutualité française.

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Deux phrases ont fait réagir, celle où il explique qu’on met « un pognon de dingue dans les minima sociaux » et celle où il parle de « responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté ». Je vais revenir sur chacune de ces déclarations car prises à chaud comme cela, elles peuvent étonner et même choquer. Elles portent pourtant en elles un changement profond de paradigme quant à la politique sociale à mener dans notre pays et ce changement est à mon sens positif.

Mais hélas, vous connaissez tout aussi bien que moi nos passions bien françaises qui font que nous nous enflammons sur la base d’un seul mot ou d’une citation tronquée et c’est bien ce qu’il s’est passé aujourd’hui. Reconnaissons, il est vrai, que le vocabulaire « oral » du président avait de quoi étonner par son caractère inhabituel et qu’il venait déjà en soi brouiller un discours dont il faut accepter la part de complexité.

Et puis la phrase « on met un pognon de dingue » était trop imprécise pour ne pas être caricaturée ou mal comprise. Ainsi on vit RTL faire un sondage demandant si « comme le président » nous trouvions qu’on « dépensait trop de pognon dans les aides sociales ». Or le président justement n’a jamais exprimé l’idée d’un « trop » mais avant tout celle d’une inefficacité. On dépense toujours plus d’argent public dans les aides sociales (et c’est normal vu la situation de notre pays) mais nous n’avons jamais eu si peu de résultats dans la lutte contre l’exclusion et la pauvreté. C’est donc qu’il faut revoir quelque chose.

Changer de paradigme

Ce qu’il faut changer, Emmanuel Macron l’a résumé tout à l’heure devant les mutualistes en prenant un exemple, celui du RSA : « Nous avons créé un système qui s’est progressivement, pour ce qui est de l’État, déshumanisé, en pensant que la réponse, c’était de l’argent. Nous avons, ces dix dernières années, augmenté le RSA de 80 % mais l’accompagnement a baissé de 40 % ! Aujourd’hui, 50 % de ceux qui sont au RSA y sont toujours après quatre années ».

La vidéo d’hier soir était bien à comprendre dans ce seul sens : oubliez les accusations contre un gouvernement qui voudrait mettre fin à notre protection sociale (c’est stupide de croire cela), oubliez celles qui vous disent également qu’il voudrait supprimer les derniers filets de sécurité que sont par exemple les minima sociaux pour les plus faibles car ils sont bien évidemment maintenus et ont même été augmentés dans une proportion non observée depuis au moins 20 ans lors du vote du dernier budget.

Mais là où nous pêchons, c’est que quand nos citoyens naissent ou deviennent « pauvres » au sens statistique du terme (c’est-à-dire vivant sous le seuil de pauvreté), ils n’ont que très peu de chances ou tout simplement d’opportunités de sortir de cette condition. L’État a assuré depuis des décennies la garantie de pouvoir vivre, manger, se loger (et encore), mais il n’a pas assez travaillé sur la façon dont on redonne aux personnes la capacité de maîtriser leur destin (et c’est dans ce sens-là qu’il faut comprendre la phrase « responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté »).

Leur redonner cette capacité, c’est mettre en place depuis le plus jeune âge jusqu’à l’extrême vieillesse, des dispositifs et des politiques publiques permettant de briser les déterminismes sociaux. C’est réformer l’école comme le fait le gouvernement depuis un an pour que les enfants des territoires les plus défavorisés puissent avoir de meilleures conditions de travail, c’est investir 15 milliards d’euros dans la formation professionnelle et la revoir de fond en comble pour qu’elle soit lisible et efficace, c’est mettre en place le 0 reste à charge pour que les Français ne renoncent plus à des soins faute de moyens.

Attaquer les problèmes à la racine

Mais quel rapport entre le reste à charge 0 sur les prothèses auditives, dentaires et sur les lunettes et le fait de maîtriser son destin ? Ce n’est pas moi qui vais vous répondre sur ce point mais le président de la République. Je vous cite ici un extrait de son discours de ce matin :

« le reste à charge pour les prothèses dentaires est aujourd’hui en moyenne de 43%, ce qui veut dire en moyenne 200€ pour une couronne. Il est de 22% sur l’optique ce qui est en moyenne 65€ pour la correction d’une myopie. Il est de 53% sur les audio-prothèses, c’est-à-dire 1700€ en moyenne pour être équipé. Cela veut dire que nombre de nos concitoyens présentant des pathologies simples doivent renoncer à se soigner. Mais qu’est-ce que ça veut dire très concrètement parce que nous mettons nos mots qui sont parfois un peu techniques ? »

Et ce passage est émouvant par la vérité qu’il contient et qui en dit long sur la souffrance de certains de nos concitoyens : « ça veut dire que la possibilité de sourire, de voir, d’entendre, de manger parfois normalement… nos concitoyens qui à cause du reste à charge n’ont pas accès à ces prothèses, en sont privés. Ça veut dire que derrière ce sont des enfants qui n’arrivent pas à lire à l’école comme il se doit puisqu’en effet, la capacité à être équipé de lunettes est l’une des premières causes du mauvais apprentissage et de l’illettrisme en fin de primaire. Ça veut dire que certains de nos concitoyens qui sont exclus du travail n’arrivent pas à y revenir parce qu’ils n’ont pas les moyens de soigner leurs dents, ou parce qu’ils n’ont pas les moyens de corriger une audition devenue défectueuse. Ça veut dire que nos concitoyens les plus âgés lorsqu’ils commencent à perdre l’audition et qu’ils n’ont pas les moyens de le corriger tomberont plus rapidement dans la grande dépendance. »

Le reste à charge 0, avancée sociale majeure, répond à la seule logique qui compte pour le président : attaquer les problèmes à la racine avant qu’ils ne deviennent insurmontables ou très difficiles à résoudre. Et si l’on parle ici de santé, regardez également tout le sens de la politique d’Emmanuel Macron, quel que soit le sujet. Ce sens, c’est permettre à chacun de réussir ou de vivre dignement sans fixer de contrainte à cela, mais surtout en mettant en place toute une série de dispositifs de « rattrapage », dans la santé, le social, le travail, le logement, l’éducation ou même le sport. Voilà le sens de la politique que mène le président de la République, voilà pourquoi cela en fait un des grands présidents social de notre Ve République.