Hier, j’ai reçu une claque. Elle venait de personne d’autre que celle qui nous la colle d’habitude. Du haut de mes vingt-neuf piges, je clame partout et à qui veut l’entendre ma «sénégalité». Sans pourtant n’avoir jamais rien fait pour le Sénégal. Ma mère m’a donné une belle leçon. Je m’en vais vous dire le pourquoi de cette claque.

Du bureau organisation méthode B.O.M de la présidence de la République sous Senghor à l’Office Nationale de Formation Professionnelle sous les ères Diouf, WADE et SALL , elle a passé sa vie au service de l’administration de son pays. Secrétaire de direction, j’imagine le nombre de dossiers chauds qui sont passés entre ses mains, le nombre de secrets qu’elle devait taire. En sus, elle a joué et continu de jouer son rôle de femme, mère, sœur, fille, tante, pleinement sans que cela ne déteigne négativement sur sa carrière. Il y a là les deux niveaux de réussite, une réussite sociale et une réussite professionnelle.

De nos jours, nous voulons les deux, ce qui est plutôt naturel et possible. Mais que faisons-nous pour cela ? Nous vivons une époque où tout va très vite. Une époque où la spéculation a fini de créer une concurrence à tous les niveaux. Bref, une époque où nous donnons plus de valeur à l’illusion qu’au réel. Mais la vérité finit toujours par rétablir l’ordre des choses.

Nous sommes nombreux à avoir une vision claire de ce que nous voulons faire de notre vie, mais très peu à oser sortir de notre zone de confort, très peut à persévérer patiemment.

Comparativement, je n’ai pas fais un dixième de ce que ma mère a fait, même si les époques sont différentes. Toutefois cette aptitude à travailler de manière organisé, constante et sur une longue durée sont devenues choses rares de nos jours. Je ne suis pas dénué d’ambitions, mais je n’en ai pas de démesuré. Ce qui me permet de me jauger comme un juste milieu et de pouvoir comparer les deux générations. Peut être que nous cherchons à faire les choses telles que notre environnement nous le permet, mais certaines qualités, certaines aptitudes, certains comportements restent et demeurent des classiques. Peu importe l’époque, elles garantissent plus de chances de réussir.

Dans notre course effrénée vers l’argent, qui est l’indicateur de réussite le plus partagé de notre époque, l’absence de beaucoup de valeurs rendent le résultat frêle.

Ma mère, comme tant d’autres qui ont consacré leur vie active à leur nation n’ont probablement pas d’argent. Mais auront réussi à jouer leur partition sans post sur les réseaux sociaux, sans selfies dans leur bureau. Ce qui n’est pas mauvais en soit, sauf s’il prend le dessus sur le travail effectif.

Je suis sorti de la salle honoré d’être le fils de ma mère, content de voir que nous accrocherons dans notre salon ce diplôme et cette médaille que je voyais dans beaucoup de salons, mais aussi et surtout avec la joue chaude qui me rappèlera que de par son travail, sa discipline, sa ponctualité, sa rigueur et sa fidélité, la fille de Djibril Mbaaye et de Thioro Codou Ngom a été élevée au grade d’officier de l’Ordre national du lion.

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