Un appareil qui dépend à 100% du cloud ne devrait être disponible qu’en location

En 2014, Google rachetait la petite box domotique Revolv pour l’intégrer aux développements de sa filiale Nest afin de compléter, entre autres, ses thermostats connectés. Deux ans plus tard, Nest annonçait la fin du fonctionnement total des box Revolv : celles-ci devenaient ainsi de jolis presse-papiers. Aujourd’hui, c’est à la box Pluzzy de Toshiba de subir le même sort. Quel est le problème avec ces produits connectés qui deviennent du jour au lendemain des briques inutilisables ?

La facilité du 100% cloud

Dans le monde de la maison intelligente et des objets connectés en particulier, une voie toute tracée a été empruntée ces dernières années, celle du 100% cloud. Plutôt que de créer des box et d’autres objets parfaitement autonomes, disposant à cet effet des composants et de la puissance nécessaires, les fabricants ont fait le choix de déplacer dans le cloud la quasi-totalité de l’intelligence de ces produits.

D’un côté, cela permet de créer des objets moins puissants, avec des composants plus basiques donc moins chers, puisque c’est le cloud qui fait tout le boulot. Le consommateur est gagnant ! D’un autre côté, le produit est totalement dépendant du cloud. Et lorsque la connexion avec le cloud est coupée, quelle qu’en soit la raison (changement de gamme, politique de l’entreprise ou cessation d’activité de celle-ci), le produit se retrouve déconnecté et donc inutilisable…

A l’heure du choix, le consommateur averti doit décider s’il se dirige vers un produit 100% connecté dépendant d’une connexion Internet ou bien vers un produit parfaitement fonctionnel localement. D’un point de vue logique, c’est toujours vers la seconde solution que l’on devrait se tourner. Pourtant, la solution locale est bien souvent plus technique, moins simple d’accès, voire très compliquée d’utilisation pour un utilisateur lambda. Une solution cloud est plug-and-play, une solution locale ne l’est pas.

Qui décide de l’obsolescence de mes produits ?

La question du coût n’est pas négligeable non plus. Une box 100% connectée sera toujours moins chère qu’un équivalent non relié au cloud. Mais ce n’est pas parce que c’est moins cher que ça doit être jeté et remplacé régulièrement !

Même si sa durée de vie est bien plus longue, il est vrai qu’un produit non dépendant du cloud deviendra lui aussi obsolète avec le temps. Mais c’est ici à l’utilisateur de décider quand il souhaite faire évoluer ses équipements. Alors que dans le cas du produit 100% cloud, c’est le fabricant qui décide un beau jour que le produit que vous avez chez vous ne sert plus à rien, alors qu’il fonctionnait encore parfaitement la veille.

Les consommateurs intéressés par les objets connectés et la smart home ne sont pas forcément informés de cette spécificité, et ce ne sont évidemment pas les fabricants qui vont les en informer. Par contre, lorsque leur produit ne sert plus à rien, on peut être certain que l’on ne les y reprendra plus, ce qui a une nouvelle fois pour résultat de compliquer l’adoption de la maison intelligente par le grand public.

La solution locative et évolutive

Puisqu’il y a dans cette équation une question de coût, pour quelle raison les fabricants de ces produits ne choisiraient pas la solution de la location ? Prenons deux exemples bien connus qui touchent à peu près la totalité de la population : les box Internet et les box TV/satellite. Voilà deux produits 100% connectés dont vous n’êtes jamais propriétaire. Cela présente deux avantages :

  • en cas de panne, le produit vous est échangé => garantie de qualité de service
  • en cas d’évolution, le produit vous est remplacé gracieusement par son remplaçant plus récent => garantie d’évolutivité

Pour cela, vous payez tous les mois un abonnement couvrant la location du produit et les services associés que vous avez retenu. C’est la façon dont procède aux Etats-Unis AT&T avec Digital Life et Comcast avec Xfinity Home, des solutions cloud qui couvrent domotique et sécurité. Comcast a déjà su séduire plus d’un million d’abonnés.

C’est un exemple que devraient suivre tous les fabricants de box domotique et autres objets connectés : si votre produit dépend intégralement du cloud alors vous ne devriez pas le vendre mais uniquement le louer à vos clients.

Vous assurez ainsi que votre client ne se retrouvera jamais avec un produit qu’il vous a acheté et que vous décidez de rendre inopérant contre son gré. Vous le faites bénéficier des évolutions pour qu’il ait toujours un produit à jour. Vous générez des revenus récurrents grâce à l’offre locative. Au final, vous renforcez la confiance avec les consommateurs en participant au développement de la maison intelligente qui ne sera plus vue par les utilisateurs comme un piège (à fric) dans lequel ils auraient pu tomber.

NB: concernant la box Pluzzy de Toshiba, celle-ci a été reprise par Ijenko qui en était la société conceptrice. Ijenko étant malheureusement aujourd’hui en cessation d’activité, la box Pluzzy ne sera plus pleinement fonctionnelle d’ici quelques semaines.


Cet article a été publié initialement sur www.multiroom.fr