La conscience et le chaos

« La bonté en parole amène la confiance. La bonté en pensée amène la profondeur. La bonté en donnant amène l’amour. »
Lao-Tseu

L’humanité et la générosité ne se quantifient pas en actes, mais dans le développement cohérent et sincère d’une nature forte et ample au cours d’une vie entière.

« La vraie générosité est celle que personne ne peut comprendre. Dès que la bonté rentre dans le domaine de l’admirable, elle n’est plus de la bonté. »
Amélie Nothomb

La générosité n’est pas un acte de rédemption divine ou sociale, même si c’est en ce sens que l’humanité l’a travestit. Elle n’est pas non plus un caractère nécessaire à notre survie individuelle, comme beaucoup l’auront éprouvé depuis leur premier jour d’école. Elle est une plaie pour les plus faibles, une aubaine pour les égoïstes.

La générosité véritable n’est pas ostentatoire, elle n’est pas essentiellement monétaire ou matérielle, elle ne nait pas à des dates convenues, ou d’un contrat social, mais de la reconnaissance d’un besoin; un besoin chez l’autre, qui ne s’exprime pas exclusivement sous la forme d’une demande rationnelle. Les besoins les plus essentiels sont psychologiques, sociaux, ils ne sont pas de ces demandes matérielles que l’on nous apprend à manager comme de savants comptables.

« Je ne connais pas d’autres marques de supériorité que la bonté. »
Ludwig van Beethoven

Et au delà même du besoin, le partage de notre force, de nos atouts, de notre surplus, est la forme la plus pure de générosité. Partager ce qui nous donne un avantage. Parfois les gens connaissent ce genre de générosité, mais il la garde confinée dans leur cercle familial le plus proche. Car ils ont peur, ils vivent dans un monde limité où leurs acquis sont autant de batailles épuisantes contre un monde cruel. Il ne font que réagir, survivre aux conditions corrosives du temps.

Mais les rationalisations conformistes ne rachèteront jamais la grandeur des égoïstes.

Pour être un homme bon, il faut d’abord être un homme fort.

Un homme fort créer sa propre valeur, le temps est son allié, l’existence est riche, multiple, infini, sa forme est simple et souple. Ses responsabilités sont des choix. Tout en lui est surplus, les conditions nécessaires de son existence sont un corps et sa volonté. Alors seulement peut-il donner sans crainte, car il façonne la vie, il agit contre le monde et le monde réagit contre lui. Des copeaux d’or et d’argent, les diamants les plus rares se détachent de son écorce éphémère à chaque coup de vent, à chaque rencontre.

« Développe en toi l’indépendance à tout moment, avec bienveillance, simplicité et modestie. »
Marc-Aurèle

La force intérieure est le paradigme individuel nécessaire à la vie véritable. La générosité, elle, est un paradigme collectif souhaitable, et peut-être optimal dans le cadre d’une évolution privé de sélection naturelle.

« La bonté civilise l’intelligence. »
Malcolm de Chazal

Dans le vaste mouvement de l’histoire, l’évolution dans la reconnaissance de l’existence de l’autre nous a permis de dépasser nos limites collectives. Il n’existe pas de démocratie viable sans Droits de l’Homme, il n’existe pas de Droits de l’Homme sans la reconnaissance de notre dépendance au bien-être de l’autre.

Le courant de l’histoire s’accélère exponentiellement alors que le débit de données s’accroit sur tous les axes de communication.

Sans paradigme, ou plutôt, dans l’état actuel d’un paradigme morcelé et privé de direction dominante, l’entropie finira par régir l’ensemble des décisions politiques. La générosité en ce sens est un paradigme utopique, capable de guider, c’est à dire de limiter, et d’étendre le champ de nos possibles. L’homme a besoin de croire en un absolu, autant que cela soit : le bonheur de chacun est entre nos mains.

« La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice. »
Baruch Spinoza

Notre interdépendance peut prendre un nombre infini de formes, espérons que nous en serons un jour le démiurge, dans un effort conscient et collectif.