Synthèse d’un quai

Entre la chaleur de deux bras immenses, bercé d’illusions, rien ne semble plus lointain que la morsure du froid sur le quai d’une gare de campagne. Le vent se lève, et a perte de vue le soleil souffle ses rayons dorées sur des forets de bois sombre. Elle m’embrasse, coulant doucement jusqu’a ma nuque, son souffle chaud contre ma peau, mon oreille entre ses deux lèvres rouges, elle me mord et rit: “La SNCF elle chauffe plus ses gares maint’nant! connard va!”, rugit un vieil homme courbe devant la porte automatique. Ses longs bras qui narguent la terre, ses énormes mains faites d’écorces et de racines. “C’est donc lui l’esprit de la foret” pensais-je. Le train numero 94524 en provenance de Bourg en Bresse a destination d’Arbois va entrer en gare voie A. Rien ne semble plus étranger que la voix claire et assurée de cette fasciste digitale. Mon regard se perds le long des rails, je lui souffle deux mots et dans un instant d’infini me noie dans ses yeux.
Son visage tout contre le mien, ses levres entrouvertes, ses yeux clos pour ne pas trahir un mensonge. Sa voix raisonne le long de mon dos, mes mains, ma bouche, puis disparait comme un parfum de brume dans la froidure languissante.
Eloignez vous de la bordure du quai s’il vous plait.

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