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Entrepreneur 101 (#1): le bon état d’esprit

Voici le premier article d’une série visant à partager de façon exhaustive, transparente et parfois sarcastique les étapes de mon parcours entrepreneurial. Cette série s’adresse surtout aux curieux, “wanna-be”, ex collègues croisé(e)s chez Microsoft et Google ou étudiant(e)s que je côtoie régulièrement à l’EDHEC et Sciences Po et qui hésitent encore à sauter le pas. En création de ma troisième boîte (SouthBrews, avec Kevin) j’espère que cette retrospective pourra être utile.

N’importe qui peut le faire

Brisons un tabou : on ne naît pas entrepreneur. On naît parfois dans une famille avec des prédispositions entrepreneuriales (créateurs ou gestionnaires d’entreprises, de profession libérale, artistes…) ce qui peut éventuellement nous faire activer le muscle de l’indépendance plus tôt. Mais en aucun cas on ne peut s’interdire de devenir une personne entreprenante. Que ce soit pour transcender sa carrière, vivre à fond (ou même vivre de) sa passion ou créer sa propre boîte. Il s’agit avant tout d’un tempérament, d’une envie et d‘une capacité à rester motivé(e). Pour ma part, cette source de motivation réside dans les témoignages d’entrepreneurs qui, sans langue de bois, répondent concrètement à toutes les questions que je leur pose. De même, je tâche de toujours répondre de la même façon lorsque l’on me sollicite. Cette série d’article est donc un condensé de tout cela qui je l’espère pourra lever quelques freins.

Disclaimer: sont donnés ici des témoignages réels ou des avis personnels plutôt que des conseils à suivre. C’est la route qui compte avant tout, et vous seul(e) la choisissez!

La passion pour le risque

C’est la première réaction que les gens ont, c’est aussi la première question que l’on me pose:

Mais c’est risqué, non ?

Évidemment oui, c’est risqué! Même extrêmement risqué si l’on ne considère qu’un seul environnement de référence. Puisque je raconte ici mon expérience, prenons celui des gens qui m’entouraient lorsque j’ai décidé de quitter mon CDI chez Google à Paris pour créer une première boîte dont l’idée ne m’était que vaguement apparue lors d’un weekend à Arcachon.

Cet environnement de référence, c’est celui d’un jeune diplômé d’école de commerce, vivant à Paris, travaillant dans l’une des plus grosses entreprises technologiques au monde. Une situation plutôt confortable. Un job intense certes, des heures de travail importantes oui, mais une situation confortable. D’autant qu’on connait la qualité incomparable de l’environnement de travail du quotidien lorsque l’on est employé d’une telle boîte. Si l’on considère que de quitter son poste presque sur un coup de tête, en début de carrière, pour commencer à travailler sur une entreprise dont l’idée était tout juste creusée, ça paraissait un peu risqué:

Arcachon — Juin 2015

Extrait de la conversation au cours de laquelle je pitchais à un futur associé de la boîte, de retour en train un dimanche soir de début d’été, l’idée de ma première startup et que j’ai pris la décision, 3 jours plus tard, de poser ma démission pour me lancer! Vous pensez que c’était un choix mesuré ou que c’était risqué?

Comprenez bien que ceci n’est pas un conseil, mais un témoignage. Ces éléments visent à démystifier un discours entrepreneurial qui tend parfois à tort à démontrer que rien n’était risqué, que tout était planifié et que finalement comme prévu, tout s’est bien passé.

Un risque (très) relatif

D’ailleurs pourquoi cette passion pour le risque? Le risque de quoi finalement? J’imagine que chacun possède sa propre notion de celui-ci, je vous donne donc la mienne.

Contexte

Je travaille alors depuis 2 ans à peine chez Google, j’ai un bon salaire et je suis prêt à tout quitter en démissionnant pour monter ma boîte. Bon. Je respire entrepreneuriat depuis toujours, j’avais quelques trucs à me prouver avant de lancer un projet plus gros mais c’est toujours ce que j’ai voulu faire. Ah. Un mal pour un bien donc?

Scénario 1

Je donne tout pendant environ 18 mois (mes économies) pour que ça marche mais ça échoue et j’arrête. Je considère que si j’ai suffisamment travaillé j’aurais appris énormément, aurais fait grandir mon réseau, n’aurais pas de regrets d’avoir hésité à le faire et avec un peu de chance, retrouverais mon job. En cachette je suis même plus optimiste que ça et pense que j’aurai même un meilleur job. J’explique d’ailleurs à certains que je compte bien avoir un jump de salaire si je reviens dans le salariat, car à ce moment-là j’ai bien compris que le marché fonctionnait ainsi. En résumé, voici comment je considère la décision que je prends : au pire je fais ce que j’ai voulu faire, n’ai aucun regret, progresse et peut-être même vais m’enrichir à moyen terme plus vite que prévu. Ça parait risqué? C’est finalement une question d’état d’esprit et de contexte non?

Scénario 2

Ça n’échoue pas! Et quelles que soient les conditions, je continue à être entrepreneur et à développer l’entreprise. Si ça n’échoue pas, c’est bon signe et ça me suffit comme scénario.

Google — Septembre 2015

Scénario 3: celui qui est vraiment arrivé

Départ de Google le premier octobre 2015, première levée de fond en août 2016 pour payer les premiers employés. On a décidé (les fondateurs) de ne pas se rémunérer à ce moment-là pour des raisons propres à la boîte, mais on aurait pu le faire. En résumé en moins d’un an je pouvais récupérer un salaire après avoir créé une boîte qui se développait.

Beaucoup d’étapes ont été franchies entre ces deux dates mais la seule chose à retenir est que dans cette situation précise: j’avais choisi de ne pas être obnubilé par cette peur du risque et de foncer bille en tête dans mon aventure.

Ne pas se comparer aux autres

Questionnement

Dès que l’on devient entrepreneur, on passe dans un autre système de référence. On entre dans une situation à risque élevé d’isolement. On perd quelque part son statut social. On n’entre plus dans certaines cases. On ne déjeune pas ou plus au restaurant (puis beaucoup plus ensuite). On adore les pâtes (mais tout le monde adore les pâtes non?). On culpabilise parfois de s’autoriser une sortie. On culpabilise également de s’interdire de faire quelque chose. En somme, on sort de son système de référence pour en rejoindre un autre, dont il faut comprendre les codes et les usages. L’un des biais les plus terribles est de se comparer aux autres, notamment sur le rapport temps passé/argent gagné.

Solution

Pourtant la réalité est simple: commencer à entreprendre s’est s’appauvrir sur le court terme pour s’enrichir plus sur le long terme. C’est simple à comprendre mais difficile à appréhender sur la durée. C’est difficile à garder en tête, car dans une petite période de doute, de creux d’activité, de perte de motivation ou de moral, on a tout de suite tendance à se souvenir de collègues ou amis qui eux progressent et font croître chaque année leur salaire. Dans ce cas (et il s’agit-là d’un conseil) : ne vous comparez jamais aux autres. Ni vous, ni votre boîte.

Vous êtes dans un système de référence fondamentalement différent et rien n’est comparable. Un investissement de temps sur vous-même et sur votre création de boîte vous fera à coup sûr perdre en “niveau” de vie sur le court terme mais se révélera être lui aussi, incomparablement supérieur à celui d’une évolution “classique” de carrière sur le long terme. Rassuré(e) ?

L’esprit frondeur

On y est! Le risque est désormais une notion tout à fait relative dont la perception que vous en avez évolue selon votre humeur mais plus selon l’avis des autres. Vous voila un peu libéré(e) et c’est déjà une jolie victoire. Vous pouvez désormais vous laisser aller et exprimer votre tempérament profond d’entreprenant(e), votre esprit frondeur.

C’est l’une des caractéristiques principales de l’état d’esprit entrepreneur. En anglais, on stimule les employés des startups en écrivant “break things” sur les murs. Je dirais juste qu’il faut parfaitement assumer le fait que le status quo ne fait désormais plus partie de votre nouveau système de référence. C’est une notion qui devient obsolète ou du moins totalement questionnable.

Concrètement, dans un environnement en perpétuel mouvement, comment tolérer que quelque chose reste figé dans le temps? Il ne s’agit évidement pas de tout remettre en question en permanence (ce qui risquerait de nous empêcher d’avancer) mais bien d’évoluer dans un état d’esprit ouvert au changement, au mouvement, à l’innovation drastique.

La confiance en soi

Elle est parfois inée, parfois pas du tout. Mais elle se travaille et l’aventure entrepreneuriale vous aidera à la développer. La question n’est pas de la cultiver à tout prix pour favoriser son propre égo (suivez le conseil de Justin Kan ci-dessous pour vous libérer des méfaits d’un trop plein d’égo), mais il est important de mentionner cette notion ici à mon sens.

La confiance en soi permet de tracer une ligne droite vers votre but et d’aller vers l’excellence, en clair elle permet :

  • d’emmener une équipe avec soi
  • de débloquer un rendez-vous
  • de ferrer un client
  • de sceller un deal
  • de se faire payer
  • d’avoir moins peur
  • de ne pas avoir peur
  • de ne plus avoir peur
  • de devenir un peu fou (et tous les entrepreneurs sont un peu fous!)

Merci d’avoir lu jusqu’ici !

Alex

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“Comment se libérer des clichés”