Vue rare de Sao Paulo où Alexandre Allard travaille sur le projet Matarazzo

Au Brésil, l’hôpital Matarazzo passe des ruines à la gamme deluxe

Alexandre Allard dirige la construction d’un hôtel super-luxe à Sao Paulo.

Alexandre Allard fait une pause à l’entrée du vieil hôpital Matarazzo, énorme complexe abandonné d’immeubles de style italien jaune à Sao Paulo, où l’entrepreneur français d’hôtels de luxe donne vie à son tout nouveau projet.

C’est là qu’un jour il a senti une énergie étrange bloquer la porte. Il pense aujourd’hui que c’était le fantôme du fondateur de l’hôpital, le comte Francesco Matarazzo, industriel italien de Sao Paulo, qui le « testait » pour voir s’il était digne du projet. « Je n’ai jamais eu peur », nous confit M. Allard sur son expérience du paranormal, qui a eu lieu à côté du buste de Matarazzo, migrant devenu selon certains, l’homme le plus riche du Brésil à sa mort en 1937.

Alexandre Allard est mieux connu pour la restauration du Royal Monceau à Paris. Mais la restauration et la conversion du complexe de l’hôpital Matarazzo, ouvert entre 1904 et 1993, et la construction d’un hôtel super-luxe sur l’immense site avec sa jungle sont probablement un des projets les plus exigeants qu’il a connu jusqu’ici.

M. Allard, également connu pour posséder le discret et luxueux hôtel de Pourtalès à Paris (où Kim Kardashian a fait l’année dernière la une après un vol à main armée), et ses associés investissent 1,5 milliard R$ dans le projet de Sao Paulo appelé la Cidade Matarazzo.

Le site de 3 hectares comprendra une tour principale avec 150 chambres d’hôtel et 122 appartements conçus par l’architecte Jean Nouvelle, vainqueur du prix Pritzker en coopération avec le designer Philippe Starck. Un appartement de 100 m² se vendra pour 1,2 million de dollars.

Le projet est géré par Rosewood Hotels & Resorts, chaîne hôtelière internationale appartenant au promoteur basé à Hong Kong, Chow Tai Fook Enterprises. CTF a également investi dans le projet Matarazzo.

Le complexe d’hôpital classé, série de longues galeries construites autour d’une cour et de piazzas verdoyantes, se composera d’un centre de convention luxueux, de studios de production cinématographique et musicale, d’appartements à la vente et de restaurants.

« Ici, l’idée est de créer quelque chose dont le monde entier ne cessera de parler. » précise M. Allard.

Il reçoit ses invités dans un espace témoin de ce que sera l’hôtel. Son lounge stylé donne sur un jardin tropical luxuriant par des portes vitrées sur deux étages. Presque tout, du piano à la cage d’escalier en spiral de marbre, en passant par les panneaux de bois, ont été fabriqués au Brésil.

C’était l’un des principaux objectifs du projet, rajoute-t-il, concevoir un complexe doté de niveaux d’excellence de classe mondiale, tout en étant presque entièrement brésilien. Pour trouver le marbre correspondant au projet, ses équipes se sont rendues dans 780 carrières. « Nous allons être fidèles au Brésil. Ça ne sera pas un faux village espagnol que l’on peut voir à Miami ».

Alexandre Allard est également propriétaire de l’Hôtel de Pourtalès à Paris.

La tour de l’hôtel sera revêtue de panneaux de bois et jonchée de plantes, y compris des arbres dans les étages supérieurs. Véritablement splendide, il sera un repère architectural dans une ville, qui malgré sa taille et son importance, manque cruellement de symboles reconnaissables à l’étranger. Alors que Rio de Janeiro arbore la statue du Christ Rédempteur ou ses montagnes en pain de sucre, Sao Paulo est mieux connu pour ses barres d’immeubles résidentiels en béton.

« Ici, les opportunités [de créer des repères architecturaux] sont nombreuses. C’est la ville la plus importante de l’hémisphère sud. », ajoute M. Allard.

« Ce sera un repère architectural dans une ville qui malgré sa taille et son importance manque cruellement de symboles reconnaissables à l’étranger ».

Selon lui, l’avenir du Brésil repose plus sur les industries créatives que sur la consommation puisqu’une nouvelle classe moyenne émerge derrière l’ancienne élite des ultra-riches. Et dans ce contexte, l’économie passe peu à peu des ressources et de la fabrication aux services. La Cidade Matarazzo servira les Brésiliens et les femmes et hommes d’affaires de ces secteurs, insiste-t-il.

Alors que le marché des hôtels de luxe de Sao Paulo représente actuellement 35 000 clients, M. Allard espère que ce projet permettra d’atteindre un niveau de 120 000 puisque de nombreux clients viendront à Sao Paulo pour découvrir la Cidade Matarazzo.

Les travaux doivent officiellement commencer au deuxième trimestre de 2017, pour s’achever en 2019. Mais en traversant les salles de la maternité laissées à l’abandon, où près d’un demi-million de petits Brésiliens ont vu le jour, Alexandre Allard admet que le projet n’a pas été de tout repos.

Image générée par ordinateur des murs recouverts de plantes aux étages supérieurs de ce que sera l’hôtel du complexe

Il a posé les pieds au Brésil pour la première fois en 2007 et n’a réussi à acheter le site qu’en 2011 pour 200 millions R$. Puis il a dû gagner de nombreux procès pour voir son plan approuvé.

Dans le même temps, le Brésil avait glissé dans la plus grande récession depuis un siècle. Cela a eu des conséquences sur le marché de l’immobilier avec une quasi-stagnation des prix en termes nominaux l’année dernière à Sao Paulo, alors qu’ils avaient augmenté de 27 % en 2011, selon l’institut de recherche Fipe.

En outre, alors qu’il vante l’emplacement de l’hôtel, proche de l’Avenue Paulista, principale artère de Sao Paulo, la propriété est du côté le plus piteux. Le quartier des jardins avec ses bars, restaurants, boutiques de mode et les hôtels les plus luxueux de la ville sont de l’autre côté de la rue.

« Un jour, il sentit une énergie étrange bloquer la porte. Il pense aujourd’hui que c’était le fantôme du fondateur de l’hôpital, le comte Francesco Matarazzo »

Mais rien de tout cela n’ébranle la confiance d’Alexandre Allard dans son projet ou le Brésil, un pays qu’il a découvert jeune en rencontrant deux de ses plus talentueux musiciens Chico Buarque et Caetano Veloso, à un festival corse en 1980. Le projet est par-dessus tout, une tentative d’exploiter l’esprit créatif, de ce que M. Allard décrit comme le seul pays occidental à avoir été colonisé par l’Afrique.

« La créativité brésilienne est ce qui va sauver le Brésil », précise-t-il.