Les Freelances Lyonnais : Interview / Témoignage d’Elsa Migot, Motion Designer.

Alexandre Favrot
Dec 9, 2019 · 12 min read
  • Peux-tu te présenter ?

Je suis directrice artistique spécialisée en « Motion Design ». Après 10 ans passés en agence de communication dans le print, je me suis mise à mon compte fin 2017 pour me lancer dans l’animation. Je crée des vidéos où le graphisme prend vie sous la forme d’animations de logos, de textes en mouvement, de personnages animés… Il s’agit de traduire en image le message d’une entreprise pour mettre en avant son produit. Le but est de transmettre ses valeurs tout en faisant passer de l’émotion.
Grâce à mon expérience passée en agence au sein d’une équipe dynamique, j’ai pu acquérir un ensemble solide de compétences. Aujourd’hui, je suis capable d’intervenir sur chaque étape de création dans mes projets : positionnement stratégique, écriture du scénario, réalisation des graphismes, et enfin, animation ! Le fait de pouvoir gérer toutes ces étapes est un réel avantage pour mes clients qui ont affaire à un seul prestataire. Ils bénéficient ainsi d’une approche globale et sur-mesure pour leur projet vidéo.
Mes commandes concernent aussi bien des animations de présentation d’activité, appelées « vidéos explicatives » ou des formats courts pensés pour les réseaux sociaux par exemple.

• Quelle est la structure juridique de ton activité ? Pourquoi l’as-tu choisie ?

Je suis en micro-entreprise. Une bonne option pour démarrer, les obligations administratives et comptables étant relativement simplifiées. J’étudie en parallèle les différentes modalités pour passer en société. Une décision à ne pas prendre à la légère mais qui me paraît indispensable dès lors que l’entreprise se développe.

• Comment trouves-tu tes clients ? Est-ce que cela a évolué depuis tes débuts ?

Je privilégie les vraies rencontres. C’est le moyen qui reste pour moi le plus efficace pour créer du lien et partager ma façon de travailler. Cela permet d’instaurer de la confiance avec mes interlocuteurs qui n’hésiteront pas à me recommander le moment venu, ou dans le meilleur des cas, de travailler directement avec eux !
Je veille également à partager mes réalisations en ligne. Une façon agréable et valorisante de fidéliser ma communauté, mais aussi d’attirer l’attention d’éventuels prospects qui pourraient être intéressés par mon offre.

• Quel est le profil de tes clients ?

Ayant travaillé plusieurs années dans le secteur de la food quand j’étais salariée, j’étais curieuse de découvrir de nouveaux univers quand je me suis lancée et d’élargir ma cible à des domaines très variés.
Je collabore aussi bien avec des indépendants qu’avec des grands groupes. Cette volonté de diversité s’applique également aux secteurs d’activités de mes clients : Tourisme avec « OnlyLyon », Industrie avec le groupe « Michelin » ou encore Formation avec le « Projet Voltaire »… Les missions ne se ressemblent pas et représentent à chaque fois un nouveau défi à relever. Une approche très formatrice à tous les niveaux.

• Quelles sont selon toi les principales qualités pour être freelance ?

La réactivité, l’adaptabilité et l’empathie sont trois aptitudes qui me servent beaucoup. Je demande régulièrement des feedbacks à mon entourage, histoire de prendre du recul sur ces aspects, pas forcément évidents à évaluer.

• Qu’est-ce que tu apprécies le plus en tant que freelance ?

J’aime le fait de pouvoir diversifier mes missions et de me dédier du temps pour me former.
De plus, dans un contexte où le monde du travail est en plein bouleversement, nous pouvons, en tant que freelances, être acteur du changement.
Proposer notre vision des choses, se réunir, déconstruire…Cela contribue à faire bouger les lignes. Les initiatives à Lyon sont nombreuses en ce sens et je m’en réjouis.

• Qu’est-ce que tu aimes le moins en tant que freelance ?

À la différence du salariat, je trouve la question de nos statuts encore plus incertaine. Difficile de faire des choix déterminants pour notre entreprise sans avoir un minimum de certitudes sur nos droits futurs et la manière dont ils évolueront. D’où l’importance de rester à l’écoute de l’actualité mais aussi de faire entendre nos voix pour que les réformes aillent dans le bon sens.

• Pourquoi es-tu devenue freelance ?

Je souhaitais ajouter l’animation à mes compétences depuis un bon moment. C’est un domaine très exigeant qui demande un investissement total pour prétendre le maîtriser.
Me mettre à mon compte pour me spécialiser dans ce secteur m’a semblé être la solution la plus appropriée. De plus, l’univers de l’entrepreneuriat me fascinait. J’ai toujours été en admiration devant des talents capables de lancer leur projet et de pouvoir en vivre. J’ai senti que la période était propice à un changement de carrière et je me suis dit « pourquoi pas moi ?! »

• Parle-nous d’un succès marquant ?

C’est plutôt un échec qui s’est transformé en succès… J’ai travaillé plusieurs semaines pour un projet qui n’a finalement pas abouti, faute de temps. La déception était grande… Mais cet investissement n’a pas été vain, puisque la mission a été reconduite dans son intégralité l’année suivante, et déclinée sous une dizaine de formats dans le cadre d’une campagne réussie.
Une façon de se dire que même si parfois, les choses ne se passent pas comme prévu, ce n’est jamais perdu. Au mieux, le contenu existe et pourra être réutilisé, au pire, nous aurons appris de nouvelles choses, comme dans toute collaboration.

• Donne-moi 2 conseils que doit appliquer selon toi un nouveau freelance ?

Il est primordial de bien connaître son positionnement sur le marché. À la fois du prix et du contenu de son offre. Se renseigner auprès de ses confrères et garder un œil sur son secteur d’activité sont les moyens d’avoir de bons indicateurs.
Je conseillerais également de rester attentif aux nouvelles opportunités. Grâce à la veille ou à son réseau. Les bonnes nouvelles peuvent arriver à tout moment, encore faut-il être à l’écoute pour ne pas passer à côté.

• Donne-moi 2 erreurs qu’un nouveau freelance ne doit pas faire ?

J’essaierais de ne pas me comparer. Autant s’inspirer les uns les autres est bénéfique, que vouloir à tout prix se calquer sur un profil n’apporte pas grand-chose. Nous sommes tous différents, et c’est bien cela qui fait notre force et notre particularité !
Le deuxième conseil serait de ne surtout pas s’isoler. Les occasions sont fréquentes pour se rencontrer et échanger autour de nos problématiques. « Freelance » ne devrait pas rimer avec « solitude ».

• Comment se sont déroulés tes premiers mois de freelance ? qu’as-tu fais pour arriver à un bon rythme de croisière ?

J’ai eu la chance d’être contactée dès le début par une belle agence. Elle m’a fait confiance tout de suite et m’a confié des missions à haute valeur créative de manière récurrente. Les premiers projets m’ont permis de prendre mes marques et d’avoir l’esprit tranquille pour débuter les rencontres networking. Une transition toute en douceur pour passer du salariat au travail d’indépendante.

• Peux-tu me décrire une journée ou une semaine type dans le déroulement d’un projet ?

Trois étapes clés structurent mon workflow en tant que directrice artistique Motion Designer :

-Les rencontres avec mes clients et la prise de brief.
Je n’hésite pas à me déplacer pour discuter de vive voix. On gagne un temps précieux et on remet l’humain au centre du process.
- Les phases liées à la création : rédaction du script, réalisation de l’univers graphique, conception du storyboard… Des moments de « deep working » où la page blanche n’a pas de droit de cité !
- Puis viennent les jours de production sur le logiciel d’animation. Ils se comptent d’ailleurs plus souvent en semaines…60 images par secondes à gérer pour une vidéo moyenne de 2 minutes, je vous laisse imaginer la charge de travail à cette étape du projet !

• Travailles-tu de chez toi, en co-working, en café… ?

Animation oblige, je suis équipée d’une tour et de deux écrans qui « m’assignent à résidence ». Le Motion Design demandant technique et concentration, ça ne me dérange pas de travailler de chez moi. Les sorties professionnelles en sont d’autant plus appréciées et optimisées.

• Quand es-tu la plus productive : le matin, le soir, peu importe ?

Sans surprise, je suis plus productive quand le téléphone ne sonne pas et que les notifications se calment. Il m’arrive donc de commencer assez tôt…Ou de finir plus tard. J’adapte mes rendez-vous de la semaine en fonction de ces plages horaires préalablement définies.

• Comment factures-tu ton travail ?

Mon offre étant presque toujours sur-mesure, je tends de plus en plus à chiffrer la valeur de mes projets.
Un vrai challenge quand la tarification au jour reste la norme dans nos métiers. Pourquoi devrions-nous systématiquement nous baser sur un rapport de temps alors que notre expérience et notre savoir-faire nous permettent de réaliser plus rapidement un travail de meilleure qualité ?
Une problématique majeure sur laquelle je travaille pour avoir le positionnement le plus juste. Je suis persuadée que nous avons tous à y gagner, clients comme prestataires.

• Peux-tu donner un outil qui te facilite la vie ?

J’utilise quotidiennement « Pocket » pour ma veille. Une application qui permet de sauvegarder les pages qui nous intéressent pour les consulter quand bon nous semble.

• Donne-moi un livre / personne qui t’inspire dans ton domaine ou pour l’activité de freelance ?

J’ai commencé ma carrière dans le Motion Design en m’inspirant d’un ponte en la matière : Joey Korenman. C’est le fondateur des fameuses formations en ligne « School of Motion », mais aussi l’auteur de « The Freelance Manifesto ». Un ouvrage de référence qui donne de précieux conseils aux personnes désireuses de se lancer en solo, et pas seulement dans l’animation. Sa vision du rapport aux clients, à l’argent et à la gestion du planning est très inspirante et mérite qu’on y prête attention.

• As-tu des difficultés pour séparer vie pro et vie perso ? Quelles sont tes astuces pour les délimiter ?

Certaines périodes sont plus faciles à gérer que d’autres bien sûr…Mais la plupart du temps, pour faire la part des choses, je me fixe des engagements. Quand une deadline ou un rendez-vous est décidé, qu’il soit d’ordre professionnel ou personnel, je fais tout pour l’honorer. Cela fixe un cadre qui équilibre mes journées et évite le travail à rallonge ou à l’inverse, la procrastination.

• T’arrive-t-il de refuser des projets ? Et si oui pourquoi ?

Oui, cela peut m’arriver pour diverses raisons. Tout d’abord par manque de temps. J’essaie alors de différer la mission lorsque c’est possible.
Ce peut être aussi le cas d’une demande qui s’éloigne trop de mes compétences. Même si je me forme toute l’année, il faut savoir admettre les limites de nos capacités. Une preuve de respect pour le client qui en général, le comprend sans difficulté.
Et enfin, il peut s’agir de la rémunération sur laquelle nous n’avons pas réussi à tomber d’accord. On en revient au positionnement de tarif qui fait partie de notre ADN de freelance et qu’il est important de maîtriser.
La bonne nouvelle ? Chaque cas de figure est une occasion de recommander ses contacts et de faire en sorte que la mission soit entre de bonnes mains. Le client vous en sera reconnaissant, et vos partenaires aussi !

• Quand prends-tu des vacances ? Combien de temps prends-tu chaque année ?

J’ai toujours pris mes congés au mois d’août et je continue ainsi depuis que je suis freelance. En restant dans le même rythme que la majorité de mes clients, je me sens moins déphasée et je rate moins d’opportunités professionnelles.
Les week-ends prolongés dans l’année sont aussi au programme. Ils me permettent de recharger les batteries en énergie et en inspiration ! Cela peut varier selon les périodes mais j’essaie de m’accorder au minimum 4 semaines de off. Il me paraît illusoire de rester productif et créatif sans s’accorder de vrais moments de pauses.

• Quel est le principal enjeu actuel de ton domaine ?

Notre réputation en France en matière d’animation n’est plus à démontrer, et avec les évolutions technologiques, le secteur a encore de beaux jours devant lui. Cependant, nous devons imaginer des passerelles entre les différents corps de métiers liés au Motion Design (vidéastes, monteurs, illustrateurs, sound designers…) dans un modèle économique où le freelancing devient peu à peu la norme. L’enjeu sera de créer une synergie où les spécialistes pourront collaborer tout en gardant leur autonomie.

• Pourrais-tu redevenir salariée ?

On ne sait jamais de quoi demain sera fait… Aujourd’hui, l’entreprenariat m’apporte un épanouissement certain et correspond à une philosophie de vie. Si une entreprise me propose un jour de la rejoindre et que nous avons des valeurs communes, je prendrais le temps d’étudier la question.

• Où te vois-tu dans 10 ans ?

Je suis très satisfaite de mes premières années comme indépendante. Comme on l’entend souvent, et à juste titre, « le plus dur n’est pas de briller mais de durer ». Si dans 10 ans, je continue mon activité avec la même dynamique, j’en serais plus que ravie.
J’espère consolider de beaux partenariats pour être ensemble force de proposition sur des projets ambitieux. Pour poursuivre dans les citations, « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». J’en suis intimement convaincue !

• Peux-tu donner une anecdote amusante de ton parcours de freelance ?

Face à mon enthousiasme et ma curiosité pour ma première commande dans l’univers cinématographique, les réalisatrices m’ont proposé un petit rôle dans leur web série afin de m’immerger encore plus dans la mission ! Au final, un souvenir mémorable de ce tournage et un générique en Motion Design bien inspiré.

• Quel autre conseil veux-tu donner à nos lecteurs freelances ?

En parallèle de mon activité, j’interviens dans ma spécialité lors de conférences mais aussi en donnant des cours en écoles supérieures. L’enseignement est un moyen judicieux de rester en contact avec les nouvelles générations et de théoriser ses connaissances. Une transmission de savoir où l’échange mutuel prime et dont je pourrais maintenant difficilement me passer. Je recommande vivement de tester l’expérience, très enrichissante professionnellement et personnellement.

• Comment as-tu connu le groupe des Freelances Lyonnais ?

On m’a invité à participer à un événement des Freelances Lyonnais via le groupe Facebook dédié. Plusieurs de mes
contacts étaient inscrits et j’avais eu entre-temps de bons échos de ce rendez-vous. C’était l’occasion de tester !

• Que recherchais-tu en intégrant cette communauté ?

Je souhaitais des retours d’expériences et de bons conseils pour débuter plus sereine. Le déroulement de mes premières rencontres avec les Freelances Lyonnais m’a tout de suite plu : — Un premier moment de pitch où le groupe prend le temps d’écouter chaque participant, — Un échange sur une problématique métier comme par exemple « comment automatiser ses tâches ? », — suivi d’un temps de networking plus libre. Toujours dans la bienveillance et la bonne humeur.
De plus, ce réseau représente une communauté active dont les échanges constructifs se poursuivent en ligne. Le groupe Facebook des Freelances Lyonnais est une mine d’informations pour résoudre les tracas du quotidien des indépendants mais aussi pour souder les liens.

• Es-tu satisfaite de ce que t’apporte le groupe des Freelances Lyonnais actuellement ?

Oui ! Le groupe a vraiment trouvé sa place dans l’écosystème lyonnais et a su innover en proposant notamment l’excellent format « Freelances / Agences ». Un rendez-vous où les Freelances échangent avec des membres d’agence en recherche de prestataires lors d’une matinée. Pour ma part, c’est une démarche qui a été prolifique, puisque plusieurs collaborations se sont concrétisées à l’issue de ces rencontres !

• As-tu une suggestion pour améliorer l’apport que le groupe peut avoir pour toi ou les autres membres ?

Pour les personnes volontaires, (RGPD oblige), pourquoi ne pas laisser ses coordonnées de contact suite à un rendez-vous Freelances sur une liste que l’on pourrait consulter ? Ce peut être utile pour rester connectés. Nous sommes de plus en plus nombreux et le temps passe vite pendant les rencontres. Il arrive qu’on ne connaisse pas le nom du freelance dans le même secteur que nous et qui n’avait pas de carte de visite ou encore le nom d’une personne intéressante qui a pris la parole durant la séance.

• As-tu quelque chose d’autre à dire à ceux qui lisent cette interview ?

N’hésitez pas à parler de votre activité ! D’autant plus que pour beaucoup de Freelances, notre métier est avant tout une passion dont on est fiers. Le groupe des Freelances Lyonnais permet justement cet espace de parole en prenant ses marques dans un environnement propice à l’échange et sans jamais être dans le jugement.

Je remercie chaleureusement les organisateurs pour toutes les actions accomplies, et celles à venir. Et au plaisir de découvrir de futurs témoignages !
Retrouvez les travaux d’Elsa sur son site : ELSAMIGOT.COM et sur ses réseaux sociaux : ELSA MIGOT

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store