Appel pour une mobilisation européenne et internationale dans le cadre de la crise vénézuélienne
Joachim Son Forget, Député
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Cher Monsieur le Député,

J’ai voté pour vous et le renouvellement de la classe politique.

Je m’interroge sur votre position sur le Venezuela. D’une part parce qu’il ne me semble pas vous avoir donné le mandat en vous élisant d’intervenir en mon nom de manière partisane sur ce sujet (partisane au sens où vous avez choisi un camp à défendre et un autre à condamner). Je ne vous ai pas entendu vous prononcer publiquement sur le Venezuela pendant votre campagne.

D’autre part parce que ce ne devrait pas être votre priorité avec tout le travail à faire en France et en Suisse et pourtant le sujet occupe une place importante dans vos deux dernières newsletters. J’espère que vous passerez autant de temps à lire ce qui suit.

Enfin parce que j’attendrais d’un député, surtout incarnant les valeurs humanistes d’un nouveau mouvement, qu’il écoute les deux camps lorsqu’il se rend au Conseil des droits de l’homme où des ONG de « l’autre camp » étaient aussi présentes.

Les violences actuelles sont intolérables et doivent cesser. Mais on n’y arrivera qu’en comprenant d’où elles viennent. On ne devrait pas juger les violences sur la base de ce que l’on voit, mais de ce qui nous y a mené.

Enfin parce que cette affaire vénézuélienne ressemble à s’y méprendre à la situation au Chili avant le coup d’État de Pinochet, quand des blocages et des manques avaient été sciemment organisés (avec support du voisin du Nord, cela est avéré aujourd’hui) pour générer une révolte du peuple (car l’affamer est encore le meilleur moyen de déclencher une révolution) légitimant l’intervention des militaires et le renversement du gouvernement démocratiquement élu d’Allende.

Ce n’est pas forcément la même situation, je n’ai pas de preuve personnellement (bien que des ONG en ai présentées : mercenaires colombiens envoyés dans les manifestations pour créer des heurs et perpétrer des meurtres mis sur le dos du gouvernement, marchandises cachées dans des entrepôts pour créer la pénurie…).

Mais c’est suffisamment troublant pour appeler à une certaine prudence.

Je suis un démocrate. Comme tel, je respecte les institutions et la souveraineté des États.

  • Je remarque qu’aucun observateur n’a relevé d’irrégularités dans les élections démocratiques vénézuéliennes. Y compris l’élection de Maduro comme Président du Venezuela.
  • Je remarque que ce processus démocratique a permis à l’opposition vénézuélienne de devenir majoritaire au parlement. Nul n’a alors crié au déni de démocratie ou à la dictature.
  • Je remarque qu’ils ont immédiatement demandé le départ du Président élu. Alors même que les élections présidentielles et législatives n’ont rien à voir et qu’il y a des échéances électorales à respecter (c’est un peu comme si on avait exigé le départ de Mitterrand ou Chirac lors des cohabitations - oui je sais certains l’ont fait, mais enfin pas aussi violemment).
  • Je remarque que n’obtenant pas gain de cause, ils en ont appelé à la rue et crié à la dictature.
  • Je remarque que la situation de pénurie a fort opportunément poussé le peuple dans la rue et « légitimé » leur demande de départ de Maduro.
  • Je remarque que cela a créé une escalade incontrôlable.
  • Je me demande si des politiciens avaient si violemment appelé au renversement du gouvernement en France, ils seraient toujours en liberté ou appelés « prisonniers politiques ».

Au fond, on veut le départ, la peau, de Maduro, comme on a voulu en son temps la peau de Chavez (qui a subi un coup d’état contre lui avant que le peuple ne le soutienne massivement). Ou avant lui Allende. Ils sont détestés et plus rien de rationnel ne vaut. Parce qu’on n’accepte ni leur idéologie, ni leurs partis pris économiques contraires aux nôtres. Que l’émotionnel l’emporte au Venezuela je peux le comprendre. Mais que des représentants étrangers à la tête qui devrait être froide ne fassent pas preuve de pondération et de clairvoyance m’étonne.

Je ne suis ni gauchiste, ni communiste, seulement démocrate et humaniste et je sais reconnaître les inégalités crasses que nos valeurs humanistes réprouvent. Nous les avons refusées chez nous. Nous avons érigé un système plus juste. Mais c’est un défi quotidien que de le maintenir. Alors si on accepte les inégalités et les attaques contre le système qui tente de les réduire là-bas, combien de temps faudra-t-il pour qu’on les tolère ici ?

On peut être pour ou contre le gouvernement actuel, son idéologie, sa politique économique. Mais souvenons-nous de la situation du peuple vénézuélien avant que Chavez n’arrive au pouvoir. Souvenons-nous du rattrapage qu’il y avait à opérer. Personnellement, je suis plutôt pour un élargissement de l’accès à la santé et à l’éducation. J’ai visité ce pays 3 semaines et mes enfants ont eux-mêmes bénéficié de soins gratuits. Je suis plutôt pour les efforts entrepris pour répartir les richesses plus équitablement. Je ne me souviens pas de tels égards en faveur du peuple de la part de l’actuelle opposition lorsqu’elle était au pouvoir avant Chavez; pourtant elle clame aujourd’hui agir en son nom. Étonnant. Comme on l’a si souvent vu en Amérique du Sud malheureusement, les pauvres ont été rarement bien traités par leurs gouvernants peu enclin à les sortir de l’indigence. Alors tout n’est pas parfait loin de là, mais j’apprécie au moins à sa juste valeur l’effort du Venezuela de Chavez et Maduro pour tenter d’aider démocratiquement leur peuple, quitte à ce que cela froisse ceux qui se sentent dépossédés des richesses qu’ils ne partageaient pas jusque-là.

Vous parlez de dictature au Venezuela? J’observe pour ma part un processus démocratique et des échéances électorales qui existent bel et bien mais qui sont rejetées par l’opposition parlementaire et j’observe ce qui ressemble à une manipulation du peuple, peut-être même avec soutien de l’étranger comme au Chili il y a plus de 40 ans, et non pas une dictature (pas encore en tout cas).

Quand on excite les foules, on se prépare à des débordements. Cela arrive même chez nous. Mais qui faut-il blâmer ? Le pompier ou celui qui met le feu aux poudres et qui instrumentalise la révolte ?

On doit apprécier à sa juste valeur et respecter la souveraineté des États et leur processus démocratique. Car sinon, on renie nos propres valeurs ici.

La seule intervention légitime de l’extérieur, notamment de la diplomatie parlementaire française, consisterait en une juste analyse de la situation et de ce qui nous y a conduit, non partisane, et à proposer ses services de médiation dans un processus démocratique normal. Pas à renforcer les clivages. J’attends mieux d’En Marche! qui veut incarner des valeurs humanistes et renouveler la vieille politique politicienne, démagogique et partisane.

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