Lettre à ma timidité

Alexia Marques
Jun 11 · 2 min read

Chère timidité, si je t’écris aujourd’hui c’est pour te dire à quel point tu prends trop de place dans ma vie, et ô combien j’aimerais que tu t’en ailles.

Voilà 24 ans que tu partages ma vie, au début nous étions si mignons, tout le monde nous trouvait attachants et jeunes. “Ne vous attachez pas trop, vous verrez, ça passera !” disaient-ils, nous donnant l’impression qu’on finirait par se séparer comme tout le monde. Mais voilà, presque 25 ans, et tu es toujours là.

Parfois je me demande s’il y a encore quelque chose qui me plaît chez toi. Peut-être ton côté mystérieux ? Ta fragilité ? Ton innocence ? Qu’est-ce que tu trouves de si intéressant chez moi pour être encore là au bout de toutes ces années ? Tu ne ferais pas partie de ces hommes qu’on appelle des pervers narcissiques tout de même, si ? Non, c’est stupide tu as raison.

Notre rencontre remonte à si longtemps que je ne sais même plus comment et pourquoi tu es entré dans ma vie. Est-ce que c’était un jour où j’étais triste ? Est-ce que tu m’as pris sous ton aile ? Je sais que tout le monde dit que tu fais partie de moi et qu’on a le même caractère, mais tu as fini par me bouffer. Parfois tu prends trop de place et j’ai l’impression d’étouffer. Tu ne te rends même pas compte que tu m’as empêché, et que tu m’empêches toujours, de faire des milliers de choses.

J’aurais pu rencontrer tellement de personnes si tu n’avais pas été là, j’aurais sans doute eu une autre vie. Tu sais, à force d’entendre les gens parler de nous, j’ai fini par croire qu’on ne pouvait pas se séparer et je me suis contentée de cette relation bien qu’elle soit toxique. Mais j’ai tellement de regrets, je ne compte plus les vérités que j’aurais dû dire, les comptes que j’aurais dû régler, les conversations que j’aurais dû entamer, les personnes que j’aurais dû approcher et celles que j’aurais dû chasser. Mais non, tu étais toujours là pour prendre le dessus et me dire quoi faire, c’est à dire pas grand-chose.

Tu sais, c’est pesant, presque handicapant parfois. J’ai bientôt 25 ans, et j’aimerais bien une fois dans ma vie pouvoir prendre des décisions par moi-même, sans avoir peur de toi, sans passer pour la nana froide qui ne parle pas. J’aimerais qu’on me voit comme une femme forte, qui n’a peur de rien, peur de personne et qui ose. J’en ai ras le bol de me dire «j’aurais dû», je veux enfin pouvoir dire «J’ai réussi !».

Alors cette année, pour mes 25 ans je n’ai qu’un seul et unique souhait, que tu t’en ailles. Nos chemins doivent se séparer, et le plus beau des cadeaux serait ma liberté. Tu penses pouvoir faire ça pour moi ?

Alexia Marques

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Project Manager and UX/UI Designer Based In France