Noir c’est noir contre Black Star

Sans manque de respect à l’artiste singulier qu’a été Johnny Halliday, l’ampleur des hommages du weekend m’a interpellé.

Ce n’est pas manquer de respect aux fans, être condescendant, que de dire que la musique de Johnny m’a peu touchée. Je suis né en 1975, et les années yéyés étaient loin, Johnny entrait alors dans des décennies plus complexes pour sa notoriété, commençant un chemin sous l’ombre d’un aigle noir, en moto Harley Davidson tirée par des huskies, loin des revendications flower power, et du rock premier, et loin de mes goûts musicaux.

Car la musique, n’en déplaise aux ayatollahs de l’hommage et aux nationalistes de la chanson, c’est une question de goût. Dans ma vie, David Bowie m’a apporté beaucoup plus, que Johnny ne m’a jamais donné.

Certains commentateurs en sont venus à comparer l’hommage du peuple à Victor Hugo et celui à Johnny Hallyday! Mais, comparons donc ce qui est comparable: la disparition et les obsèques de deux chanteurs populaires, Johnny Hallyday et David Bowie.

Pour son départ, David Bowie avait préparé un album testament, Black Star et organisé un black out médiatique sur sa maladie. Johnny a été de tout temps sous les feux des medias people, partageant son intimité et ses combats, dont son dernier, ce qui assura sa proximité si particulière avec son public. Le fan connait tout de la vie de Johnny, si peu de celle de David.

Ni la Grande Bretagne, ni Londres n’ont jugé utiles d’organiser des hommages publics à David Bowie, les fans se regroupant naturellement devant les lieux de vie de leur idole, partout dans le monde.

Car voilà, David Bowie, était un chanteur planétaire, Johnny, une histoire française. De tels hommages grandiloquents à une figure — certes légendaire — de l’amusement populaire sont le syndrome d’un petit pays, ancien Empire colonial en mal de réconfort.

Toujours en mal de popularité, le politique a toujours vu dans la figure de Johnny, « héros » populaire, le medium le plus sûr pour communier avec les foules. Ce dernier hommage, mêlant famille, amis et élus était donc dans la droite ligne de ce que fut la vie du chanteur. Et quelle aubaine, pour le « président des riches » de pouvoir « faire corps » avec la France d’en bas et se rapprocher symboliquement de la France périphérique, dans un discours qui n’engage à rien et qui met en scène la communion émotionnelle du monarque républicain avec son peuple.

En ces temps de communion patriotique autour de la dépouille du barde, les plus sceptiques, les « non-souchiens » et les non-fans, sont vus d’un oeil suspicieux: ils sont taxés de cynisme et de manque de respect. Leur voix, comme celle des pacifistes en temps de guerre, porte peu.

Car Johnny a été l’ami du peuple et honte à celui qui ne respecte pas sa mémoire.

Johnny a été un doudou culturel pour nombre de français: il a toujours été là pour les baby-boomers et leurs enfants. Il le sera encore. Il est le symbole du rêve américain de la France, de la réussite, et une certaine idée du rock n’ roll.

David Bowie, lui, ouvrait nos vies sur l’universel.

Rock n’ roll will never die.