Les questions que se posent les aspirants journalistes

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Ce métier est-il “bouché”? Que dois-je publier sur les réseaux sociaux? Dois-je savoir coder? Quel salaire puis-je espérer pour mon premier poste? Voici quelques unes des questions que les étudiants se posent le plus souvent sur leur futur métier, en plus des questions pratiques sur leur candidature à l’Ecole de journalisme de Sciences Po, où je travaille. Tentatives de réponses avec l’aide de leurs futurs employeurs.

NB : ce post est une mise à jour complétée et amendée d’un article publié en 2013 sur Slate.fr.

On dit qu’il n’y a pas de débouchés dans le métier de journaliste. C’est vrai?

Non. Il y a des postes à pourvoir mais en nombre restreint. En 2016, en France, 35.238 cartes de presse ont été attribuées, dont 1.513 premières demandes. Sachant qu’il y a des journalistes qui exercent leur profession sans pour autant avoir la carte de presse professionnelle, ce chiffre n’est qu’une indication. Au sortir de l’Ecole de journalisme de Sciences Po, 96% de nos diplômés travaillent comme journalistes, selon un sondage réalisé auprès des promotions 2005 à 2015, un chiffre qui devrait rassurer les élèves qui aspirent à en faire leur métier.

Je suis encore étudiant et aimerais devenir journaliste. Quelle formation faire pour y parvenir?

L’idéal est d’entrer dans une école de journalisme reconnue par la profession des journalistes. En France, il y en a 14, dont l’Ecole de journalisme de Sciences Po, accessible à partir de BAC+3.

Qu’est-ce que cela change que la formation soit dite “reconnue”?

Cela signifie que le contenu de la formation est professionnalisante et correspond au référentiel homologué par la Commission paritaire nationale de l’emploi des journalistes.

En outre, des rédactions comme France TV, TF1, Canal+, iTélé, Radio France, Europe 1, RTL, RMC, l’AFP n’ouvrent certains postes de journalistes qu’aux élèves issus de formations reconnues. Autre avantage d’une formation reconnue : les étudiants obtiennent la carte de presse plus rapidement que les élèves de formations non reconnues, avec, de ce fait, un salaire un peu plus élevé dès leur entrée dans la vie active.

Comment mettre toutes les chances de mon côté pour être admis à l’Ecole de journalisme de Sciences Po?

D’abord il faut remplir un dossier de candidature, disponible ici, en n’oubliant aucune des pièces demandées, et surtout pas les relevés de notes dès la première année après le BAC jusqu’au semestre d’études le plus récent. C’est essentiel car, sans cela, votre candidature peut être déclarée incomplète et donc non recevable. Toujours dans ce dossier, il vous faut démontrer, en peu de mots, votre appétit pour le métier de journaliste et pour l’actualité. Chaque dossier étant lu, relu et discuté avec une très grande attention à Sciences Po, soyez concis dans l’écriture et sincère dans vos propos.

Lire la foire aux questions publiée sur le site de l’Ecole de journalisme de Sciences Po

Si je n’ai pas encore eu la chance de faire de stages en rédaction, mon dossier est-il recevable?

Bien sûr. Beaucoup de candidats, étant boursiers, doivent travailler l’été pour financer leurs études et n’ont donc pas la possibilité d’effectuer des stages en rédaction. Ce n’est pas grave du moment que vous montrez, dans votre dossier, dans votre lettre de motivation, et à l’oral si vous êtes admissible, que vous avez déjà mis la main à la pâte.

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Comment? En observant, à votre mesure, ce qu’il se passe autour de vous et en le racontant via un extrait signifiant publié en ligne sur, par exemple, une manifestation, une exposition, un meeting, etc. En effet, nul besoin d’attendre d’avoir une caméra sophistiquée en mains pour commencer à filmer. Un smartphone est un outil de choix pour enregistrer des séquences en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et les publier en ligne. Il y a par exemple l’application Wishh, disponible pour iPhone et Android, créée par l’un de nos enseignants, Frédéric Roullier, un réseau social adapté au journalisme de terrain, qui sera une bonne façon de valoriser votre expérience en vue des oraux. Vous pouvez aussi créer des Facebook directs, des Moments sur Twitter, des stories sur Snapchat, sur Instagram, comme si vous alimentiez une publication professionnelle.

Que publier sur les réseaux sociaux quand on est étudiant?

Cela peut paraître évident mais, si vous voulez devenir journaliste, il faut déjà avoir ouvert des comptes à votre nom sur la plupart des plates-formes et… vous en servir. Mais attention à ne pas avoir deux comptes sur Twitter, l’un personnel et l’autre professionnel, à moins de vouloir devenir schizophrène. Un seul compte Twitter est nécessaire, sur lequel on respecte la règle suivante : même jeune, même débutant, un journaliste est journaliste 7 jours sur 7, quel que soit l’endroit d’où il parle.

Et cela commence dès la vie estudiantine. Grégoire Lemarchand, rédacteur en chef adjoint à la cellule réseaux sociaux de l’AFP, a vu passer beaucoup de jeunes journalistes qui, à cause d’insultes lancées il y a des années sur Twitter, ont hypothéqué leur avenir. “Ce n’est pas que vous avez 19 ans et que vous êtes aujourd’hui suivi par 12 personnes qu’il ne faut pas penser à la suite, aux futurs reportages que vous aurez à faire, et aux collègues” avec qui vous serez amené à être travailler et qui peuvent pâtir d’écarts retrouvés dans votre timeline lorsqu’ils sont sur le terrain.

En clair, il faut respecter dès à présent sur vos publications sur les réseaux sociaux les règles et devoirs qui s’appliquent pour des publications professionnelles. À savoir, pas de diffamation, pas d’atteinte à la vie privée, pas d’insulte, pas de blague raciste ni homophobe, etc.

Dois-je savoir coder pour devenir journaliste?

Non. C’est vrai qu’un journaliste sachant coder a toutes les chances d’être embauché sur un site Web d’informations avant même d’être diplômé, car cette double compétence est très rare. Pour la majorité des jeunes journalistes se destinant à des supports numériques, il ne s’agit pas d’apprendre à taper des lignes de code comme le ferait un ingénieur informatique. Mais comprendre les grands principes du code et savoir concevoir une application ou un algorithme peut faire la différence dans une rédaction — et c’est l’objectif de l’année de césure à l’Ecole 42 que peuvent faire les élèves de l’Ecole de journalisme de Sciences Po, entre leur M1 et leur M2. Objectif : mixer compétences journalistiques et capacités à faire du développement, pour réaliser des contenus aux interfaces complexes.

Lire ici la plongée dans la formation de l’Ecole 42

Quelles compétences les employeurs recherchent-ils chez un jeune journaliste?

La liste est longue. Il y a d’abord un socle de compétences incontournables : avoir de la culture générale, connaître sur le bout des doigts l’actualité, être rigoureux, et bien sûr fiable sur les informations que l’on donne. Mais cela va au-delà de la capacité à passer des coups de fils pour vérifier des infos. Les rédactions espèrent des vrais passionnés. ”Les journalistes qui sont vraiment au taquet sur l’actu sont trop rares! Un journaliste qui débarque chez nous en stage et sait rebondir sur l’actu en proposant des angles malins a tout gagné”, s’exclame Thibaud Vuitton, rédacteur en chef de franceinfo.

Quant à la maîtrise de l’anglais, ce n’est plus une option. A l’AFP, non seulement l’anglais est obligatoire mais une autre langue “opérationnelle” est requise. Sont donc très appréciés les candidats qui, en plus, parlent une langue rare (chinois, arabe et russe) et bénéficient d’une expérience de terrain, notamment à l’étranger.

S’ajoute à cela la nécessaire agilité sur les outils numériques, considérée comme faisant partie des fondamentaux journalistiques. À minima, savoir éditer et distribuer des contenus pour les réseaux sociaux, tourner et monter une séquence vidéo depuis un smartphone, organiser un live ou un direct, produire des contenus visuels adaptés à la consommation d’informations sur mobile, et bien sûr interagir avec une communauté en ligne.

Le candidat idéal doit donc avoir plus d’une corde à son arc. Les rédacteurs en chef veulent des profils réactifs et débrouillards, bref, opérationnels. Paul Ackermann, directeur de la rédaction du Huffington Post, attend d’eux “autonomie et d’esprit d’initiative”, car, dans les rédactions, le temps de la formation est terminé, il faut apprendre à faire les choses par soi-même.

Au rayon humain, cela va sans dire, enthousiasme bienvenu. Et pas d’allergie aux changements. “L’état d’esprit du candidat est très important”, pense Alexis Delcambre, du Monde.fr. “Notre environnement se trouve dans un mouvement permanent. Pour s’y sentir à l’aise, il ne faut pas avoir de réticence et être ouvert aux nouvelles formes de narration journalistique”.

Pour ma première pige, quelle peut être ma rétribution en tant que jeune journaliste?

Il y a plusieurs formes de piges. Une journée de travail peut être payée sous la forme d’une pige, et un sujet également. A Radio France, une journée de pige est payée entre 80 et 110 euros bruts selon la station et les missions confiées. Au Monde.fr et au Huffington Post, un jour de pige équivaut à 97 euros bruts.

Dans certaines publications en ligne, cela peut aller jusqu’à 150 ou 200 euros bruts le sujet complet, à condition de fournir aussi la photo. Si c’est une enquête qui demande du temps et de l’énergie, le tarif est négociable et peut monter, lorsqu’il y a de la vidéo et des infographies, jusqu’à 500 euros.

A quel salaire puis-je aspirer en intégrant une rédaction en sortant d’école de journalisme?

Pour débuter, la rémunération, en CDD ou en CDI, va de 1.800 euros à 2.600 euros bruts mensuels. A Radio France, le premier salaire perçu varie en fonction de la formation. Un étudiant d’une école de journalisme reconnue, comme l’Ecole de journalisme de Sciences Po, peut obtenir 2.160 euros bruts par mois, quand un étudiant d’une formation non reconnue par la profession des journalistes reçoit, lors de sa première année, 1.757 euros bruts. Dans les autres rédactions, cela tourne autour de 2.000 euros bruts par mois, ce à quoi peuvent s’ajouter d’éventuelles primes de week-end, de nuit, selon l’employeur.

Une chose est sûre: pour un premier emploi, un journaliste n’est pas souvent en mesure de négocier son salaire, il reçoit ce qui est prévu dans la grille des rémunérations de son employeur.