LE RÊVE EUROPÉEN REPREND VIE

Voué aux gémonies ces derniers mois, le projet européen reprend vie peu à peu depuis l’accession de M. Macron à la fonction suprême en France. Conformément à ses promesses de campagne, le nouveau président français entend défendre l’idée d’une « Europe qui protège », par le biais d’une intégration plus poussée des politiques économique, commerciale et de défense. Dans le même temps, le contexte actuel, marqué par un regain de croissance et la régression (progressive) des partis populistes, apparait plus propice pour engager la tant attendue réforme de l’UE.

Lors de son premier sommet européen à Bruxelles en tant que chef d’Etat, Emmanuel Macron a imposé son style, direct, énergique, quitte parfois à déplaire, voire à s’attirer les foudres des pays d’Europe centrale. Profitant d’un capital sympathie au plus haut après avoir défait Marine le Pen à l’élection présidentielle puis en obtenant une majorité absolue à l’Assemblée Nationale, le chef de l’Etat a cherché à se positionner comme le nouvel homme fort de l’Europe. Un examen de passage plutôt réussi !

Pour endosser ce costume, M. Macron n’a pas hésité à pointer du doigt les dysfonctionnements de l’UE, qui alimentent la désaffection des citoyens au projet européen. Sur le sujet controversé des travailleurs détachés qui favoriserait le « dumping social », le nouveau président français a défendu le durcissement de la réglementation. En matière commerciale, M. Macron a proposé de renforcer les prérogatives de Bruxelles pour contrôler les acquisitions étrangères dans l’UE, notamment chinoises, dans l’optique d’apaiser les craintes sur le processus de mondialisation. Sur ces deux dossiers, le nouveau président français n’est pas (encore) parvenu à obtenir d’avancées notables. L’intéressé a été confronté à des oppositions de plusieurs origines : des pays d’Europe centrale sur le travail détaché, de Grèce, d’Espagne et du Portugal sur la seconde proposition, en raison de leur dépendance aux fonds étrangers pour faire tourner leurs économies. Dans le même temps, la République Tchèque ou les pays nordiques ont voulu rappeler leur attachement à l’ouverture des marchés. Malgré ces oppositions persistantes, M. Macron aura au moins eu le mérite de mettre ces sujets controversés sur la table et de lancer un débat que beaucoup d’autres par le passé se sont refusés à ouvrir.

S’agissant du lien distendu entre Nations du Vieux continent, M. Macron a voulu réaffirmer l’importance des valeurs européennes, notamment dans l’accueil des réfugiés. Dans ce sens, le chef de l’Etat a sévèrement critiqué l’attitude des quatre pays du Groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République Tchèque et Slovaquie) qui refusent obstinément de participer à la solution migratoire. « L’Europe n’est pas un supermarché. L’Europe est un destin commun », a résumé sèchement le président français.

Pour mettre en marche ce difficile mais nécessaire sursaut européen, M. Macron a prôné la relance du moteur franco-allemand. « La symbiose entre la France et l’Allemagne est la condition pour que l’Europe avance » a martelé le nouveau locataire de l’Elysée lors du sommet de Bruxelles. Pour y parvenir, la stratégie est simple. En échange du respect des règles budgétaires par Paris, M. Macron entend mettre la pression pour que l’Allemagne s’implique davantage dans l’intégration européenne, rappelant que l’austérité est contre-productive pour tous, et qu’elle favorise la percée des partis populistes dans les pays les plus fragiles de l’Union. « La force de quelques-uns ne peut pas se nourrir longtemps de la faiblesse des autres (…) Les égoïsmes nationaux sont des poisons lents qui entretiennent l’affaiblissement de nos démocraties », a expliqué le président français dans une longue interview avant le sommet de Bruxelles. Preuve que ce discours commence doucement à porter ses fruits, Angela Merkel ne s’oppose plus à la révision des traités européens, qui pourrait être le prélude à une révision de la gouvernance de la zone euro.

En plus de l’arrivée au pouvoir de M. Macron en France, l’environnement semble plus favorable pour la relance de la construction européenne, Sur le plan économique, les conditions s’améliorent. Regain de croissance et d’inflation ou baisse du chômage dans l’Union, sont autant de signes d’une embellie qui se confirme en Europe, tout en restant encore peu perceptible pour le plus grand nombre. Sur le plan politique, les difficultés grandissantes de Theresa May dans les négociations sur le Bexit ou le comportement erratique de Donald Trump Outre-Atlantique sont en train de faire régresser les partis populistes, pourtant à leur apogée l’an dernier.

Cet alignement inédit des planètes doit maintenant générer des avancées concrètes. Sur le plan économique, l’opportunité n’a jamais été aussi grande pour finaliser l’Union bancaire en mettant en place un véritable système européen de garantie des dépôts. Ce dispositif permettrait de briser définitivement le liens entre les banques et leurs gouvernements nationaux. Dans le même temps, l’introduction d’une l’Union des marchés des capitaux pleine et entière permettrait aux entreprises européennes d’avoir accès à une source de financements plus large, de nature à relancer l’investissement, puis la croissance.

Des étapes supplémentaires d’intégration pourraient même être franchies. La création d’un Trésor européen en est une. Elle consisterait à mettre en commun une partie des ressources budgétaires des Etats membres de la zone euro, pour venir en soutien de la politique monétaire, très utilisée ces dernières années, notamment dans le cadre du « quantitative easing » de la BCE. En matière de sécurité collective, des avancées concrètes ont (déjà) été réalisées lors du sommet de Bruxelles avec la décision de créer un Fonds européen de la Défense, preuve que l’intégration budgétaire n’est pas un voeu pieux.

Pour la première fois depuis longtemps, l’Europe semble être sur le bon chemin. Sous l’impulsion de M. Macron, la construction européenne pourrait passer de la gestion de crise permanente (euro, réfugiés, etc.) à une véritable vision prospective. Si un consensus semble émerger en matière de sécurité collective surtout en raison des menaces qui pèsent sur le Vieux continent, l’intégration économique apparait (pour l’heure) plus difficile à atteindre. En la matière, le moteur franco-allemand devra tourner à plein régime. A ce titre, les premières concessions de Berlin, bien qu’insuffisantes vont dans la bonne direction. Bon an mal an, le rêve européen reprend vie.

Amaury BETS