Je n’ai appris aucun langage de programmation en fac de droit

Image for post
Image for post

C’est normal me diriez-vous ! De toute façon on n’intègre pas une fac de droit pour apprendre du code informatique. Cependant, lorsque vous êtes à la tête d’un projet de Legal Tech, et surtout lorsque vous observez l’évolution des métiers du droit dans l’économie numérique, la vision est un peu plus différente ! Au-delà d’avoir des compétences en management, vous devez au minimum pouvoir échanger avec les développeurs ; et comme vous le savez, la base de tout bon échange c’est d’avoir le même langage !

[…] Je souhaite que vous développiez le projet en React,

et jaimerais que vous me précisiez la liste des librairies que vous allez utiliser.

[…] Faites-vous ça from Scratch avec Node js et Express ou utilisez-vous des services cloud tel que firebase? […]

Serais-je propriétaire du code source ?

Vous venez là de lire un extrait d’une de mes conversations avec un développeur Freelance sur Malt.fr. Si vous êtes juriste et que cet extrait vous semble flou (mis à part la dernière phrase qui renvoie aux droits de propriété), pas de panique, c’est normal ! 😊 Il y a de cela quelques mois j’avais le même sentiment ! Ce qui a changé? Eh bien, par peur de choisir des outils ou des professionnels dont je n’ai pas besoin dans le cadre du projet, j’ai dû m’immerger dans l’environnement très select des Dev. Il a fallu « Benchmarker » freelances, agences, développeurs salariés et même certaines legal tech … Aujourd’hui, après quelques lignes de codes d’IZYPAPER, je me sens plutôt fière d’avoir pris du temps pour comprendre et échanger sur la portée des choix technologiques.

J’en apprends encore d’ailleurs ! Au delà du fait que ça m’a permis de monter en compétences, je me sens moins larguée face aux profils Tech. Par exemple, je ne vais plus confondre Dev et Devops (je les avais tous embarqué dans le même panier ahaha). C’est bien grâce à de multiples échanges avec des développeurs, comme Mickael de IZYPAPER ou encore mon camarade Eren du Diplôme Universitaire « Transformation Digitale du Droit et LegalTech » de Paris Assas (petit clin d’œil aux camarades d’AFL avec lesquels nous avons eu une année unique !) que j’ai pu réunir les informations nécessaires pour le cahier de charges attendu ; plus encore, il a fallu identifier quel était le besoin en compétences tech du projet! Comme quoi, il ne suffit pas de dire j’ai besoin d’un développeur.

Connaître les langages de programmation : la nouvelle compétence « in » des juristes tech

Entre Janvier et mai 2020, je me suis entretenue avec une vingtaine de développeurs. Dès les premiers échanges, j’ai compris qu’il me manquait quelque chose. J’avais pourtant consacré beaucoup d’intérêt à la Legal Tech ces dernières années (c’est depuis 2016 que je m’intéresse à la question) ! Il me manquait un minimum de compréhension des solutions que me proposaient ces techniciens pour développer mon projet de Legal Tech. J’avais des questions sur quel langage de programmation choisir? Quelles technologies choisir?

Je pense que lorsqu’on est un pur juriste, “Python” “Javascript” “Php” “fullstack” “back-end” “front-end” […] “librairies” “Framework”… sont à la limite du charabia et pourtant!

Aujourd’hui, maitriser tout au moins le vocabulaire basique du code semble être un excellent à priori au rang des compétences du juriste chef de projet digital. Pourquoi ? Pour avoir des juristes excellents développeurs (Naan je rigole !)

Il n’est pas question de greffer une formation d’ingénieur aux programmes de droit ni encore de devenir développeur après de longues années d’études en droit (à moins que vous soyez particulièrement intéressé par une reconversion professionnelle). Il est plutôt question de comprendre la logique de la programmation, avoir une petite connaissance de comment échanger avec des développeurs, afin d’exprimer au mieux son besoin de digitalisation ; mais pas que! Surtout pour comprendre l’incidence des choix techniques opérés. plusieurs solutions tech proposées à des juristes semblent être de vraies usines à gaz où seul le développeur a la maîtrise des tenants et aboutissants. C’est pas mal dans la mesure où on fait absolument confiance à nos profils Tech… mais ce serait pas mal non plus de savoir soi-même à minima ce qui s’y passe, surtout si le projet est d’une grande portée.

Il y en a peut-être parmi les collègues qui après avoir lu ce texte me regarderons en mode “juriste déchu” mdr… Allez, disons-le pour assouplir les choses : il y a tant de ressemblance entre le droit et la programmation (ah oui absolument). Tenez ! Par exemple ils partagent tous deux le mot code 😊 (il n’y a donc pas de quoi s’apeurer !)

Si avant les métiers du droit et les métiers rattachés à l’informatique et au numérique pouvaient paraître très éloignés, aujourd’hui, ce n’est plus pareil.

Bien qu’ayant longtemps résisté au numérique comparé à d’autres secteurs comme la finance, le droit s’est vu embarqué dans la révolution numérique un peu sans ses principaux ténors, je pense ici surtout aux académiciens.

Donc, il faut reconnaître que nos facultés de droit doivent dépoussiérer un peu ; il est important d’enseigner aux étudiants en droit tout au moins les bases du raisonnement informatique et de l’univers numérique aux côtés du syllogisme juridique. Une démarche déjà adoptée par plusieurs organismes de formation à l’instar de : l’université Virtuelle du Sénégal par l’institution en février 2019 d’une licence en legal tech, ou du master en legal tech de la IE Business school, ou de l’université de Paris Assas sus-citée, ou encore la Legal tech Academy Lawyer de Seraphin.legal; pour ne citer que celles-là.

Ma modeste expérience en la matière part donc d’un constat sur les changements qu’ont connu les professions du droit ces 10 dernières années. Si ces changements restent encore peu réels pour bon nombre de juristes dans certaines zones (je pense à l’Afrique francophone); il n’en demeure pas moins vrai que ceux qui se seront positionnés rapidement sur ces nouvelles problématiques prendront une sérieuse avance sur la perception future de l’avenir du droit.

D’ailleurs, ce petit partage d’expérience m’amène à penser que je devrais dans un futur proche vous parler des compétences qui à mon avis sont essentielles pour un juriste Tech.

Written by

Legal Tech project Manager

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store