Interview avec M. Cyril CINEUX, Ajdoint à la Mairie (17/10/17)

M. Cyril CINEUX, 11ème Adjoint : TRANSPORTS — CIRCULATION

  • La ville de Clermont est bien desservie par les transports en commun, pourquoi avez-vous décidé d’autant les développer ?
Tout d’abord en raison de l’agrandissement de la zone urbaine ; institutionnellement, la ville est récemment devenue métropole. Les transports en commun évitent donc que la ville connaisse les mêmes problèmes que les grandes villes comme Lyon ou Paris, c’est-à-dire la pollution et les embouteillages. En plus, le fait de créer des parkings et des routes, utilise de l’espace public qui pourrait être utile à autre chose, et les transports en commun sont indispensables pour les usagers n’ayant pas de voiture.
Nous avons donc voulu insister sur une bonne desserte, la qualité, le confort, et un prix raisonnable. Je serais néanmoins de ceux qui veulent rendre les transports en commun gratuit, mais la majorité n’est pas de cet avis…
  • Si vous veniez à instaurer ce nouveau système de gratuité, comment compenseriez-vous ?
Il n’y aurait presque rien à faire, car aujourd’hui déjà, les transports sont à deux tiers payés par les entreprises (via un impôt nommé le versement transport), et à un tiers par les collectivités (soit en partie les impôts). Les 1,5€ que paient les usagers ne représentent en réalité que quelques pourcents du coût réel des transports. Par exemple, nous avons récemment instauré un tarif social, mais cela n’a aucun impact sur les bénéfices de la T2C.
  • Pourquoi avoir choisi l’entreprise privée qu’est la T2C au lieu d’utiliser des bus de ville ?
En réalité, les bus de ville n’existent presque nulle part. Lorsque la ville atteint une certaine taille, le réseau de transport en commun dépasse les limites de la ville, où alors il faudrait arrêter les itinéraires à la limite de Clermont et aller jusqu’à Cournon à pied par exemple. Ce n’est pas possible et justement la T2C, en tant qu’entreprise indépendante, peut desservir plusieurs communes.
  • Avez-vous un pouvoir décisionnel, par exemple par rapport aux prix ou aux circuits ?
La mairie a son mot à dire, mais dans tous les cas, la majorité est nécessaire, sinon les bus seraient déjà gratuits pour ma part. Et nous prenons également en compte l’avis des citoyens ; nous faisons de temps en temps des “réunions sur la mobilité”, où les usagers ou représentants de quartiers peuvent donner leur avis, sur les endroits les moins bien desservis. La mairie fait alors remonter l’information jusqu’à la SMTC, le cerveau de la T2C.
  • La ville verse-t-elle des subventions pour aider au développement des lignes ou à leur entretien ?
La ville, pas vraiment. C’est surtout l’agglomération qui contribue au financement ou à l’entretien des lignes.
  • La ville a-t-elle des projets concernant le transport ? Par exemple ouvrir une autre ligne…
Dans quelques semaines, nous en saurons plus sur l’avenir de la ligne B. Il est question de savoir si elle va devenir une ligne de tramway, ou simplement une ligne totalement propre, ce qui signifie qu’uniquement les transports en commun utiliseraient ces voies, sachant qu’elle est déjà semi-propre.
Mais après que la décision ait été prise, les travaux peuvent prendre plusieurs années ! Comme en 2006, lorsque l’on a découvert un pied gallo-romain géant en bronze, les travaux ont été suspendus très longtemps (pour laisser place à des fouilles archéologiques).
  • Est-ce que le fait de mettre de plus en plus de places payantes, et de proposer des parkings relais a permis d’augmenter le nombre d’usagers des transports en commun ?
C’est difficile de quantifier en terme de pourcentage, car en même temps que l’usage des transports en commun augmente, l’usage de la voiture aussi. Mais nous pourrions espérer que Clermont suive la voie des grandes villes, c’est-à-dire que la voiture ne soit utilisée que les week-ends. Quant aux places payantes, elles sont choisies après une étude de stationnement ; c’est-à-dire que nous les avons rendues payantes là où le taux de stationnement était très élevé. Dans le quartier de Vallières, par exemple, ce taux était supérieur à 100% ! Cela veut dire qu’il y avait plus de voitures en train de chercher une place que de voitures garées. Les situations comme celle-ci créent des problèmes de grande ampleur, comme une pollution plus élevée, des voitures garées n’importe où qui déforment le trottoir… Il ne faut pas oublier que la rue est un espace à partager entre piétons, cyclistes et automobilistes.
Mais toutes ces mesures que nous avons prises ont été menées dans une politique parallèle : les places payantes vont de pair avec le tarif social dans les transports ou le développement de parkings relais.
  • Par rapport au partage de la voie justement, est-ce qu’il existe des pistes cyclables “sécurisées” pour limiter les risques d’accidents, et ainsi encourager les clermontois à utiliser le vélo ?
Il y a beaucoup de pistes cyclables dans la ville de Clermont, mais c’est dur de les séparer totalement des zones piétonnes. La création des pistes n’a pas été très réfléchie ; lorsque l’on créait une nouvelle route, on y ajoutait un bout de piste cyclable, mais cela donne lieu à des situations dangereuses pour les cyclistes, comme place d’Italie, où la piste s’arrête subitement et le cycliste doit traverser trois voies d’automobiles. Nous essayons donc de régler ces situations dangereuses petit à petit, lorsque les routes sont à refaire. Nous allons également mettre en place des pistes cyclables intercommunales à partir du mois de Mars, sur des axes forts qui traversent complètement la ville. Mais concernant le danger, la prise de conscience doit être collective, et c’est aussi aux voitures, par exemple, de ne pas se garer sur les pistes cyclables.
  • Qu’en est-il des piétons ? Est-ce qu’il est prévu d’augmenter le nombre d’espace qui leur sont réservés ?
Déjà, les normes ont évolué. La largeur standard des trottoirs est passée de 80 à 140cm, car la mobilité réduite est mieux prise en compte. Et par rapport à notre engagement, à chaque fois que l’on refait des espaces publics, on réfléchit aux piétons. A Jaude par exemple, deux voies d’automobiles ont été supprimées pour laisser la priorité aux piétons. Cela signifie, même si ce n’est pas clair pour tous, que toute la place est légalement considérée comme un passage piéton. Il est du devoir de chacun, désormais, de faire attention aux autres usagers de la route.

Et comme projet, nous voulons faire de la place Delille, qui est une sorte de parc entouré par la route, un espace encore plus piétonnier.

  • Des études sur la qualité de l’air ont-t-elles été faites au fil du temps pour voir si elle est meilleure avec le développement des transports en commun?
Il y a, à plusieurs endroits dans Clermont, des bornes d’évaluation de la pollution de l’air. Aucune étude n’est précisément faite sur le sujet, mais vous pouvez vous référer au site de l’ATMO, qui étudie la question. Les chiffres sont difficiles à établir car les mesures prises pour augmenter l’usage des transports en commun compensent simplement l’augmentation de la présence de voitures. Mais on peut constater qu’à Jaude, la situation s’est nettement améliorée depuis la suppression des deux voies automobilistes.
Il n’y a cependant, à ma connaissance, jamais eu de gros pic de pollution à Clermont, nous n’avons jamais dépassé le “orange”, que nous avons malheureusement atteint à cause de la situation géographique de la ville, qui est une cuvette, donc où la pollution stagne.
  • Existe-t-il des bornes de recharge pour les voitures électriques à Clermont ? Avez-vous comme projet d’étendre ce marché ?
Il existe exactement vingt bornes de recharge dans la ville, mais toutes sont privées. Une étude est prévue pour 2018 concernant les véhicules électriques, mais pour l’instant, il y en a trop peu selon moi. De plus, cela diminuerait la pollution, mais pas la quantité d’embouteillages.
Et du point de vue environnemental, il faut se demander si la voiture électrique n’est pas une solution à court terme, car il reste la question de la production de l’électricité : arrêter le pétrole pour augmenter l’usage du nucléaire ? Ce n’est pas une solution. Cependant, si on regarde le problème avec nos yeux d’aujourd’hui, il serait judicieux de la part des constructeurs immobiliers de commencer à réfléchir à la mise en place de bornes.
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