Pourquoi la France doit baisser ses impôts ?

Ça y est, les débats politiques sont lancés. Parmi les “grandes idées” du moment, on retrouve l’indémodable baisse d’impôts. Explication.

Des avantages immédiats

En baissant les taxes sur les entreprises, l’état leur permet d’accroître leur profit, ou si le cœur leur en dit leur investissement. Dans le même temps, il attire les entreprises étrangères qui souhaitent réduire leur facture.

Côté particuliers, réduire les taxes permet également de favoriser l’épargne (et donc, on l’espère, l’investissement). Dans le même temps, cela attire les particuliers (riches) étrangers et réduit l’intérêt de l’évasion fiscale.

Un coût différé

Le coût des baisses d’impôt concerne, évidemment, les dépenses de l’état. Moins riche, celui-ci va devoir réduire son train de vie. Il peut ainsi réduire les frais de santé, d’éducation, militaires, de recherche, de fonctionnement etc… Il peut aussi tout simplement emprunter de l’argent, accroissant ainsi la dette publique.

On comprend donc que les effets négatifs sont retardés. Soit parce que la formation, la sécurité et/ou la santé publique se dégrade, soit parce que l’état devra payer les intérêts de la dette pour de nombreuses années. Cette situation est commode pour les dirigeants, qui ne privent pas les électeurs des services publics habituels, et évitent alors la “mauvaise presse” associée.

La course aux bas impôts

Malgré ses défauts, cette stratégie demeure très efficace. D’ailleurs, le coût indirect, différé, est souvent compensé par la relance économique produite, dont les retombées valent, dit-on, le coût.

Mais il faut également remarquer que le monde est constitué de plusieurs états. Prenons un exemple, très simple, d’un monde composé de trois états A, B et C, et étudions l’impact de cette stratégie conduite par A.

A baisse les impôts. Son économie est relancée, et les capitaux des pays B et C sont attirés vers A. De ce fait, B et C vont plus mal (ils adoptent, passivement et sans s’en rendre compte, une stratégie de hausse d’impôt). Après quelques temps, B décide de copier A dont la stratégie est gagnante. Alors, les capitaux sont attirés vers B et l’équilibre A-B est retrouvé, aux dépends de C qui a encore perdu en compétitivité (ou encore dont le territoire est moins attractif).

Un jour, C devra se résoudre à baisser ses impôts. Le “monde entier” vivra donc sous un régime où l’état est plus pauvre qu’avant la mise en place de la stratégie de A (puisque tous les états ont baissé leurs impôts). On peut argumenter que, l’état étant un “redistributeur de richesse”, la stratégie mise en place par A a augmenté les inégalités entre A, B et C.

Il faut aussi remarquer que tout cela s’est produit sans accroître la richesse (ou encore, sans créer de valeur). Il s’agit simplement de transferts de richesse entre A, B ou C. D’ailleurs, certains pourraient s’inquiéter des conséquences diplomatiques de ces stratégies, car C pourrait tout aussi bien déclarer la guerre à A et/ou B pour se défendre.

Conclusion

En conclusion, on retiendra que la stratégie de baisse d’impôts, un classique en économie politique, est en apparence très efficace. Cependant, il ne faut pas oublier qu’elle a un coût pour l’état, généralement différé. Enfin, elle ne crée pas de valeur, mais revient simplement à “voler” les capitaux à ses voisins, créant ainsi un jeu perdant-perdant sur le long terme.

Sauf pour les riches, qui eux voient leurs impôts baisser aux dépends des états et des personnes non-fortunées.