Environnement et alimentation, peut-on sauver l’un en changeant l’autre ?

Nous sommes bombardés par toutes sortes d’informations sur l’alimentation, les médias s’amusent à diffuser des reportages sur la “mode” du “sans” et notamment du “sans viande” relatant avec ironie les aventures de ces personnes ayant décidé de se priver de leur bout de steak. La défense des animaux semble être la raison majeure de ce choix, cependant, en creusant un peu, on réalise que celui-ci est aussi motivé par leur volonté d’avoir un impact positif sur notre planète. Pourquoi cette corrélation entre protection de l’environnement et consommation de produits animaux est-elle faite ? Analysons cela :

Réchauffement climatique causé par les gaz à effet de serre

Souvent attribué seulement aux transports et aux rejets des industries, la pollution engendrée par l’élevage est plus important que celle de tous les moyens de transport réunis (oui oui on parle bien des voitures, de l’avion, des bateaux et du train réunis). Selon une étude de la FAO ( Food and Agriculture Organization of the United Nations) l’élevage est responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre alors que les transports comptabilisent “seulement” 13% des ces émissions.

Les raisons de ce chiffre : le fameux “pet de la vache” qui rejette du méthane dans l’atmosphère — méthane au moins 25 % plus destructeur que le dioxyde de carbone — les différents transports pour nourrir les animaux (graines provenant de l’autre côté de la terre — transport aux abattoirs etc..) et enfin le stockage et l’utilisation du lisier, qui, en plus de dégager une odeur à nous faire tomber les poils de nez, rejette gentiment dans l’atmosphère des gaz à effet de serre.

Déforestation

Chaque seconde, l’équivalent d’un terrain de foot de forêt amazonienne est rasé (environ 8000m²). Souvent l’explication donnée de cette catastrophe naturelle est la culture d’huile de palme ou encore les méga projets industriels exploitant la richesse des sols. Or selon différentes études c’est l’exploitation animale qui est responsable de 60 à 90 % de cette destruction. Pour quelles raisons : pour y élever du bétail et produire leur alimentation (cultures de soja notamment). Quand on sait que la forêt amazonienne est qualifiée de “poumon de la planète”, on est tous d’accord pour dire qu’il faut la protéger non ?

Gaspillage et pollution de l’eau

Il faut environ 7000 litres d’eau pour produire 500 grammes de bœuf, 3700 litres d’eau pour produire un demi-litre de lait et 1800 litres d’eau pour produire environ 8 œufs moyens. Ces chiffres sont expliqués notamment par le besoin d’eau des cultures pour nourrir ces animaux et leur consommation naturelle (une vache de 900 kg va consommer bien plus que nos 1,5l d’eau par jour). En comparaison, la consommation annuelle d’eau des ménages français est de 40 000 L d’eau par an (soit environ 110 L par jour servant à faire la vaisselle, laver le linge, boire…), quand on inclue le steak du dimanche, le lait du matin et l’œuf au plat du diner, les chiffres augmentent assez dramatiquement! Enfin venons-en à la pollution de l’eau, plus haut nous avons parlé du lisier comme polluant de l’air, mais les déjections des animaux de ferme ne s’arrêtent pas à ça. En effet, le lisier qu’elles forment contient une quantité très important d’azote qui ne peut pas totalement être absorbé par les plantes et donc se retrouve, après lessivage des terres, sous forme de nitrate dans les eaux. Ce phénomène est à l’ origine d’une pollution importante des eaux et entre autre des algues vertes en Bretagne qui, non contentes de défigurer les plages de cette belle région s’avèrent aussi toxiques lorsqu’elles se décomposent et peuvent même devenir mortelles!

Utilisation de la terre

142 milliards d’animaux terrestres sont tués chaque année dans le monde pour soutenir la consommation mondiale de chair animale. A la vue de ce chiffre, on comprend facilement comment l’élevage peut occuper 1/3 des terres émergées et 3/4 des surfaces agricoles du globe. Si l’on jette un œil à la France, on apprend que 2/3 des surfaces agricoles sont destinées à l’élevage et aux cultures destinées à l’alimentation du bétail. En bref, il faut beaucoup plus de terre pour produire les aliments d’un omnivore que pour produire celle d’un végétalien (7 fois plus en moyenne pour être plus précis). L’idée ici est qu’en arrêtant de consommer des produits d’origine animale, nous pourrions utiliser les terres agricoles destinés à leur nourriture pour fournir tout ce dont nous avons besoin pour être en bonne santé (en prenant moins de place pour le faire). Quand on sait que 795 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, ne devrions nous pas essayer de faire partie de la solution?

Les océans

Jusqu’à présent, nous nous sommes concentrés sur les animaux terrestres, mais les grands oubliés dans le décompte sont ceux qui vivent dans les océans, on estime aujourd’hui que 1000 milliards d’animaux marins sont péchés chaque année (et encore c’est une estimation basse). Cette pêche intensive est responsable de la mise en danger de certaines espèces incapables de se renouveler et malgré les régulations, les choses changent peu. De plus les énormes filets de pêches utilisés par les chalutiers industriels; non content de rafler tout sur leur passage et donc d’entrainer la mort d’animaux marins protégés (requins, dauphins…) sont aussi responsable de la destruction des fonds marins qu’ils “raclent” afin d’attraper plus de poissons.

Les océans, en plus d’être le berceau d’une biodiversité incroyable sont aussi le garant de l’absorption du carbone de l’atmosphère qui est traité grâce au plancton, aux coraux et aux poissons. Sans l’écosystème marin, les océans n’ont donc plus les outils pour lutter contre le réchauffement climatique.

Traduction : « on ne peut pas avoir une pêche « durable » dans un océan qui se meurt »

Changer ses habitudes alimentaires peut paraître effrayant, mais une fois que l’on réalise que nous pouvons réellement donner un sens à notre consommation, celle — ci prend une toute autre forme, nous devenons alors acteurs du changement; des militants pour notre planète. Chaque action est importante et en arrêtant de manger des produits animaux, nous pouvons avoir un réel impact, donc lancez vous !

Sources :

Réchauffement climatique :

Vaidyanathan, Sayathri. “How Bad of a Greenhouse Gas is Methane? The global warming potential of the gaseous fossil fuel may be consistently underestimated”. Scientific American. December 22, 2015.

“Livestock’s Long Shadow: environmental issues and options”. Food and Agriculture Organization of the United Nations. Rome 2006

Déforestation :

https://www.theguardian.com/environment/2009/may/31/cattle-trade-brazil-greenpeace-amazon-deforestation

Margulis, Sergio. “Causes of Deforestation of the Brazilian Amazon”. World Bank Working Paper №22. 2003

“Measuring the Daily Destruction of the World’s Rainforests”. Scientific American.

Eau :

https://academic.oup.com/bioscience/article/54/10/909/230205/Water-Resources-Agricultural-and-Environmental

Hoekstra, Arjen Y. “The water footprint of food”. Water for Food.

http://www.semea.fr/le-service-public-de-l-eau/foire-aux-questions/maa-triser-ma-consommation-d-eau,30/quelle-est-la-consommation-moyenne-en-eau-d-un-ma-nage-,71.html

http://www.cseb-bretagne.fr/index.php?option=com_remository&Itemid=28&func=fileinfo&id=73

http://www.leparisien.fr/sciences/algues-vertes-l-enquete-sur-le-deces-d-un-joggeur-classee-sans-suite-04-04-2017-6823110.php

Utilisation des terres :

Thornton, Phillip, et al. “Livestock and climate change”. Livestock xchange. International Livestock Research Institute. November 2011

https://fr.wfp.org/faim/faits-et-chiffres

https://www.viande.info/

Surpêche :

“Overfishing: a threat to marine biodiversity”. United Nations Environment Programme

Roach, John. “Seafood May Be Gone by 2048, Study Says”. National Geographic News. November 2, 2006

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