De l’importance du présentiel dans la formation et de l’avenir du blended learning

On a beaucoup parlé ces derniers temps des Moocs et de l’avenir de l’éducation en ligne. On a imaginé que les écoles et les universités physiques mettraient bientôt la clé sous la porte face au succès et la diffusion fulgurante des Moocs. Avec quelques années de recul aujourd’hui, on peut constater que le bouleversement ne fut pas aussi radical et que l’enseignement en ligne semble peiner à détrôner la pédagogie en présentiel.

Quand je lis un livre ou quand j’écoute une conférence intéressante, j’ai l’habitude de prendre des notes. Les cahiers s’accumulent, gardant la trace des choses que j’ai pu apprendre. Ces cahiers me servent d’ancrage physique à mes apprentissages. Ma mémoire a besoin de cet appui pour organiser et fixer les souvenirs. Plusieurs jours après avoir noté une idée intéressante, je m’en souviens en visualisant la phrase que j’ai écrite: je revois les mots, la couleur de l’encre, leur disposition dans le cahier où je les ai notés, et la place précise où ce cahier se trouve dans mon étagère. La disposition physique de mes cahiers devient finalement la carte géographique de mes connaissances. C’est comme ça que j’apprends et que je mémorise.

D’une façon générale, les expériences sensorielles et émotionnelles qui accompagnent l’apprentissage sont une aide excellente pour s’approprier de nouvelles connaissances et savoir-faire. L’espace, les rencontres, la façon dont les choses se présentent autour de moi et mon rapport à l’environnement au moment où j’apprends deviennent des ancres solides de mes apprentissages, une carte des savoirs en trois dimensions. Plus l’environnement qui accompagne l’apprentissage est riche, plus ce dernier sera efficace, en particulier si une expérience marquante est directement liée à la compétence acquise.

Ainsi, toute mise en situation qui implique la participation réelle de l’élève en chair et en os permet un ancrage spatial et sensoriel des apprentissages et garantit une meilleure efficacité que la même expérience vue sur un écran ou décrite dans un livre.

Outre l’avantage mnémotechnique d’une mise en situation concrète, la dynamique du groupe et notamment la sanction par les pairs représentent un autre atout indéniable d’un apprentissage présentiel. La communauté des apprenants est une excellente source de motivation pour chacun des membres, car le regard de l’autre est mille fois plus efficace que toute correction automatique, même si le premier peut être plus biaisé que la seconde.

La spécificité du processus d’apprentissage, le lien entre la mémoire et l’expérience sensorielle, l’importance enfin de la communauté dans notre motivation, tout ceci explique les difficultés auxquelles se heurte l’apprentissage purement en ligne.

Les premières expérimentations d’enseignement en ligne se sont confrontées à une baisse rapide de motivation des apprenants. Après avoir récemment apporté un nouveau souffle à l’e-learning, les Moocs s’essoufflent aujourd’hui à leur tour. Malgré une nette amélioration grâce à la création d’une communauté virtuelle des étudiants via des forums dynamiques en ligne et des interactions en temps réels, les Moocs ne parviennent pas à entretenir la motivation dans la durée, ni à proposer suffisamment d’ancres sensorielles pour faciliter la rétention des informations nouvelles par les apprenants.

Certains attribuent les difficultés des Moocs à un défaut de certification. Ces cours suivis par des milliers de personnes peineraient à être reconnus par des recruteurs. Des solutions de certification des Moocs existent pourtant, il suffit de payer dans la plupart de cas quelques dizaines d’euros. Avec ou sans certificat, les cours en ligne suscitent la méfiance des recruteurs justement à cause de la fragilité des connaissances acquises. Avec ou sans certificat, l’enseignement purement en ligne ne pourra jamais représenter une solution éducative complète et autonome. Il lui manquera toujours quelque chose et les savoirs acquis auront tendance à s’effacer plus rapidement.

Alors, comment tirer profit des solutions numériques d’apprentissage sans pour autant perdre les avantages de l’enseignement en présentiel ?

Depuis quelques années, on assiste à l’émergence d’un nouveau mouvement : le blended learning ou pédagogie hybride. Il s’agit de faire appel aux meilleurs outils technologiques tout en préservant un cadre réel d’apprentissage. Très prometteur, ce nouveau courant a déjà conquis de nombreux acteurs à la recherche de la combinaison idéale : les écoles physiques se dotent d’outils technologiques et d’espaces numériques en ligne, tandis que, de leur côté, les acteurs 100% en ligne nouent des partenariats avec le terrain et cherchent à s’ancrer physiquement.