Lime et Bird: l’explosion des trottinettes électriques à Paris.

Anne Morel
Nov 22, 2018 · 7 min read

Parce qu’il est de plus en plus contraignant dans une grande ville comme Paris de posséder une voiture, la capitale française a vu se développer une offre croissante de services d’auto-partage. Favorisant la décongestion des grandes villes, certaines de ces solutions alternatives d’accès à la mobilité militent également en faveur des énergies propres. Nous nous sommes donc intéressés aux trottinettes électriques qui envahissent les rues de Paris depuis cet été. On trouve deux concurrents actifs sur le marché: LimeBike (start-up californienne désormais rattachée à Uber) et Bird, implantés respectivement en juin et août 2018.

Quels sont les différents services que proposent ces applications? En matière de design, quelle application nous livre la meilleure expérience ergonomique? Parviennent-elles à améliorer notre moyen de nous déplacer face à une urbanisation croissante? Nous nous sommes fait notre propre opinion en testant leurs apps simultanément et voici ce qu’on en pense…

Lime

Après un Bò bún bien copieux sur une terrasse ensoleillée de la rue Montmartre, nous avons décidé de tester la trottinette Lime pour une petite balade digestive.

En ouvrant l’app, on peut voir sur la carte une multitude de Lime disponibles et, par chance, une trottinette est disponible à moins de 50 mètres de notre terrasse.

Lime propose un branding jeune et dynamique à travers un vert très flashy. On en vient à se demander s’il a été pensé pour les reconnaître facilement en ville ? En tout cas elles ont le mérite de se distinguer dans le gris parisien — contrairement à son concurrent aux couleurs plus premium qui se fond dans la masse citadine.

On scanne aussitôt le QR code (bien évidemment on avait téléchargé l’application au préalable). Une drôle de mélodie sonne et nous comprenons que nous sommes aussitôt connectés au véhicule. Une fois le smartphone couplé au service, l’app nous redirige vers une initiation visuelle retraçant les règles élémentaires de sécurité ainsi qu’une légère présentation du fonctionnement de la trottinette. On passe l’onboarding et les validations légales sans trop y prêter attention et mettons les deux pieds sur notre bolide...

Une fois sur la trottinette on a du mal à comprendre comment la faire avancer malgré nos pressions à répétition sur l’accélérateur. Mince, est-ce qu’elle est cassée ? Non.. il fallait d’abord donner une première impulsion en l’accompagnant avec le pied eheh.

Trop impatients à l’idée de tester le produit, nous n’aurions peut-être pas dû aller aussi vite sur la phase d’explication fonctionnelle! En fait, il aurait été intéressant de proposer des signaux sonores et lumineux qui permettraient une intégration physique et embarquée de l’onboarding pour notre premier trajet. Ce premier trajet a d’ailleurs été hésitant. Il nous a été difficile de nous positionner par rapport aux autres usagers: nous allons trop vite par rapport aux piétons mais pas assez pour les vélos et nous sommes trop exposés aux voitures pour être sur la route. En fait, la trottinette gêne un peu tout le monde finalement. On se retrouve donc dans une forme de bipolarité routière, tantôt sur le trottoir, tantôt la piste cyclable ou sur la route, ce qui nous vaut quelques coups de klaxon.

À la fin de notre test, nous reposons la trottinette en libre-service à un endroit qui nous paraît le moins gênant pour les autres mais sans trop savoir si nous répondons aux normes du service. À peine après l’avoir laissée, une jeune fille nous demande si elle peut l’utiliser. Elle nous explique qu’elle utilise ce service pour des trajets de courte distance, et lorsqu’elle est pressée.

En bref…

Le design minimaliste de l’application rend son usage très simple et intuitif. Le processus est fluide, parfait pour les gens pressés… ou un peu flemmards.

Bird

On enchaine avec Bird.

Contrairement à Lime, on peut directement voir sur l’application que le parc de Bird est moins fourni (une dizaine de Bird contre une cinquantaine de Lime en plein centre de Paris). Nous avons dû marcher un peu plus longtemps pour trouver une de leurs trottinettes.

En plus d’une flotte moins importante, nous avons trouvé que l’accès à leur trottinette n’est pas le plus optimal. Le point de localisation n’est pas vraiment précis : en effet la direction n’est pas synchronisée avec l’orientation du smartphone ce qui nous oblige à faire des efforts supplémentaires pour nous orienter par nous-mêmes. Nous aurions aimé avoir une vue fonctionnant avec l’orientation spatiale du téléphone comme le proposent certains services comme Google Map ou City Mapper.

Les Birds sont plus discrètes que les Lime vertes acidulées, plus fines, plus légères et dotées d’un design plus minimaliste qui a le mérite de ne pas trop surcharger les rues et de rester discret sur les trottoirs déjà très encombrés de Paris. Elles ont un côté “rider” avec un logo qui pourrait être associé à un club de biker et il y a une réelle différence entre les couleurs choisies pour les trottinettes et celles utilisées dans l’application qui sont plus chaudes avec des tons de violet, rouge et beaucoup de dégradés. Cependant, on remarque un manque de consistance graphique sur tous les points de contact du service Bird (App, réseaux sociaux et site web). Cela dessert la visibilité de la marque qui n’est pas aussi qualitative que ce que propose Lime.

Après avoir testé les deux produits on se rend vite compte que la qualité des trottinettes Bird est supérieure. Elles sont plus légères, plus rigides et surtout avec des roues qui reprennent le fonctionnement des chambres à air. C’est assez intelligent car elles absorbent mieux les aspérités que l’on retrouve quotidiennement sur le pavé Parisien, l’accélération est plus puissante ce qui nous a mis en confiance pour nous faufiler, le freinage à plus de mordant mais reste progressif contrairement à Lime avec laquelle on met vite le pied à terre pour ne pas emboutir un obstacle.

En bref…

Bird offre un produit de meilleure qualité mais l’app n’est pas encore au point, on aurait aimé avoir une meilleure carte, un meilleur accompagnement de l’utilisateur au moyen de transport mais surtout rendre le paiement plus accessible avec l’ajout de différents moyens autres que la carte bleue.


Ce qu’on en retient..

Les deux services offrent un service de transport utile et rapide mais nous avons clairement manqué d’une assistance pour savoir où aller. Dans l’idée, on aimerait naviguer en trottinette sans avoir à connaître les rues par coeur ou à tenir son téléphone à la main (en plus du guidon). Pourquoi ne pas avoir une carte intégrée sur la trottinette, ou un GPS pour aider l’utilisateur à se repérer en ville? Un moyen qui nous permettrait de savoir d’un rapide coup d’oeil où aller pour atteindre notre destination de la manière la plus simple, en toute sécurité et dans le respect du code de la route.

Difficile de circuler entre voitures et piétons. Sens interdit? Priorité au passage piéton?

Nous avons tous eu le même sentiment d’insécurité en se déplaçant en trottinette. On ne sait tout simplement pas où et comment circuler. Concrètement, le Code de la route ne définit pas clairement les utilisateurs de trottinettes comme des piétons. Mais le code de la rue, défini par les usages, a fini par les assimiler. Le code de la route ne nous aide pas non plus car une trottinette doit circuler sur trottoirs à allure modérée mais qu’en est-il des trottinettes à moteur avec laquelle nous allons bien plus vite qu’un piéton (jusqu’à 25km/h) et qui pourrait s’avérer dangereux en cas de choc? Il s’avère que respecter le code des piétons est très difficile, il faut se faufiler entre les terrasses de cafés et les piétons avec un véhicule qui freine et accélère laborieusement ce qui devient vite pénible et dangereux.

La législation française reste assez floue sur le sujet et rend l’usage de ce véhicule dangereux. Drôle de coïncidence, nous avons récemment appris que l’actuelle ministre des Transports, Elisabeth Borne, a annoncé devant l’Assemblée nationale le 23 octobre dernier (à peine 2 mois après l’arrivée des trottinettes électriques a Paris) qu’elle allait « créer une nouvelle catégorie de véhicule dans le code de la route » pour faire face a l’explosion de ces engins à moteurs qui challengent le code de la route français. Affaire à suivre…


Goodpatch est une agence de design multiculturelle basée à Tokyo, Paris et Berlin et qui s’intéresse de très près aux mobilités d’aujourd’hui et de demain. Designers de services engagés dans l’innovation, nous avons au coeur de nos préoccupations les désirs et valeurs des usagers, au bénéfice de nos clients, et pour le futur.

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Anne Morel

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UI designer at Goodpatch | https://dribbble.com/annebichlien | https://www.behance.net/annebmorela48b

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