
Librest , libraires solidaires
« La mutualisation ne se décrète pas.
Elle nécessite d’abord, et en permanence, des investissements financiers et humains. »
Renny Aupetit
Cet été, Renny Aupetit intervenait dans un désert médiatique sur la question du combat entre Amazon et Hachette . «Amazon c’est Dark Vador», ajoutait-il. Entrepreneur avant d’être libraire, le responsable de Librest est un personnage singulier dans le champ de la librairie française. Il est aujourd’hui à la tête du réseau Librest qui rassemble de multiples entités, oscillant entre activités marchandes et valorisation de l’offre éditoriale dans les lieux du livre.
Lancé en 2008 sous la forme associative, Librest compte en 2014 7 librairies de l’Est parisien : Le Comptoir des mots, La Manœuvre, Le Genre Urbain, L’Atelier, Atout Livres, Millepages, Millepages BD et Jeunesse. La volonté première était de partager et d’échanger sur les pratiques professionnelles : les difficultés inhérentes à l’évolution des pratiques professionnelles et culturelles, à l’aune de la révolution de numérique mais aussi la volonté de pérenniser et défendre une sélection éditoriale qualitative. « Notre première action de mutualisation a été la réflexion. Nous étions d’abord une bande de copains », précise Renny Aupetit, soulignant ainsi la démarche informelle des premiers pas de Librest. Pas de permanent au sein de cette association, afin que chacun de ses membres soient actifs et non pas un simple « consommateur » au sein d’une structure fédératrice.
Au fil du temps, il est apparu nécessaire de distinguer les actions publiques (animations, rencontres, évènementiel, etc.) des objectifs lucratifs. Cette nouvelle étape s’est concrétisée en 2009 avec la création d’un Groupement d’Intérêt Économique (G.I.E.), la mutualisation des stocks et le rachat de La Générale du Livre .
A l’heure actuelle, le G.I.E recoupe 4 missions : la réponse aux appels d’offres pour la vente de livres aux collectivités ; grossiste pour les diffuseurs de presse ; distribution de petits et moyens éditeurs et enfin, la création et la gestion du site www.lalibrairie.com présent sur tout le territoire avec la mise à disposition de 350 000 titres, à commander et à retirer en 24 h à 48 h dans l’un des 1700 points libraires du réseau.
« Nous apportons une prestation bien meilleure qu’Amazon » précise Renny Aupetit, et le client peut retirer le livre dans une librairie ou un point presse. « A l’heure du numérique, la mutualisation devient nécessaire. Les libraires ne sont pas avant-gardistes : ils se méfient d’Internet alors qu’il faudrait considérer Amazon comme un compétiteur dont les forces reposent sur sa base logistique. Mais nous avons la possibilité de contrer cet acteur. Le monde du livre n’est pas assez mutualisé. Et pour schématiser, il ne s’agit pas de faire des économies mais bien au contraire, d’investir des moyens humains et financiers afin de réaliser des projets qui n’auraient pas eu de sens en solitaire ».
L’association Librest, quant à elle, n’a pas vocation à s’agrandir et poursuit la valorisation éditoriale dans les librairies. Les rencontres sont recensées sur le site Internet et donnent parfois lieu à des captations vidéo. Le 4 septembre 2014 , 10 auteurs ont été invités au théâtre de la Bastille. 10 auteurs lus et défendus par les membres du réseau. Cette action culturelle rappelle que derrière le label « Librest » il y a des lieux dans lesquels les professionnels conseillent les publics, défendant les valeurs des librairies indépendantes. « Librest, c’est d’abord une aventure humaine avant d’être une stratégie », conclut Renny Aupetit.