Les fonds d’investissement spécialisés sont-ils les mieux placés pour investir dans un projet tech ?

Quelques années avant d’être investisseur, je faisais de la recherche pharmaceutique au sein de Cylene Pharmaceuticals, une start-up biotech basée à San Diego. Cette Biotech a par ailleurs levé plus de 100M€ entre 2001 et 2010 (elle a été liquidée depuis…).

A cette époque, mon quotidien c’était ça :

Puis j’ai quitté le monde des sciences pour celui de la finance et j’ai intégré l’équipe Newfund en juin 2016.

Newfund est un fonds de capital-risque qui investit dans des sociétés innovantes de tous secteurs d’activités. A une exception près, les biotechnologies…

Je rencontre donc tous les jours des start-ups qui commercialisent des produits/services qui sont éloignés de mes compétences techniques. Est-ce-un problème ?

Lorsque les start-ups cherchent à lever de l’argent, elles se dirigent spontanément vers des fonds spécialisés ou des industriels du secteur grâce au développement du corporate venture.

Elles pensent sans doute qu’ils sont plus aptes à comprendre leurs produits et leurs problématiques et que les fonds généralistes se focalisent sur le secteur du digital, avec un engouement particulier pour les innovations de services.

Ce n’est pas toujours le cas. Les fonds généralistes peuvent également investir dans des start-ups tech. Nous assistons à une renaissance de ces start-ups et l’évolution de l’écosystème français n’y est pas pour rien : valorisation de la recherche, pôles de compétitivité, accélérateurs et financement. Ces start-ups sont accompagnées et la composante business est prise en compte très en amont. Aussi, elles présentent de vraies barrières à l’entrée et elles visent généralement un marché international. Et ça ça intéresse les fonds !

Mais pour ça, il faut déjà avoir validé quelques étapes :

1. La connaissance du produit

Les entrepreneurs doivent avoir conscience qu’un projet de recherche ne fait pas un produit. L’investisseur cherche à comprendre quels problèmes vous pouvez résoudre chez vos clients potentiels et comment vous vous situez par rapport à vos concurrents. Cependant, à ce stade, il n’est pas obligé d’avoir des réponses à toutes les questions mais il faut apporter des débuts de réponses.

2. La maturité de la société

Le risque doit être de l’ordre de l’industrialisation du produit et des marchés, pas au niveau scientifique. Il faut un prototype fonctionnel, voire des premiers clients. Une mise en relation entre un client et l’investisseur reste le Graal (et encore mieux une rencontre pour voir le produit fonctionner en situation réelle).

3. L’équipe

Les start-ups ont tendance à recruter des commerciaux pour compléter l’équipe technique initialement formée. Or il n’est jamais trop tôt pour recruter des ingénieurs produits, des designers ou encore des pros de l’industrialisation. En fonction de la nature de l’activité, il y a généralement des postes clés à recruter en amont de la commercialisation.

4. Le financement

La mise sur le marché du produit a lieu bien plus tard que pour une start-up du digital. Les barrières à l’entrée sont plus lourdes en termes de moyens financiers.

Les start-ups doivent se renseigner sur les aides publiques (les aides régionales, Bpifrance ou les dispositifs européens tels que SME Instrument) et aller voir leurs banques, beaucoup moins frileuses qu’il y a quelques années.

Aujourd’hui, une start-up peut emprunter jusqu’à 100 k€ la première année de sa création. La société n’a généralement pas de chiffre d’affaires mais elle n’a pas de bilan comptable et donc pas de pertes annoncées. Il est plus difficile d’emprunter les années suivantes car la société affiche des pertes dans son bilan.

Au moment d’une levée de fonds, quelques banques sont susceptibles d’accorder des prêts de montants supérieurs : jusqu’à 200 k€ avec une banque classique et jusqu’à la moitié du montant levé avec Bpifrance. Sans rentabilité, difficile d’emprunter davantage.

Lors du rendez-vous avec le fonds d’investissement, la société doit avoir préparer un plan de financement, même s’il n’est pas totalement certain, qui diminuerait le montant recherché en equity. Cela permet au fonds de retrouver un montant investi/valorisation en phase avec le stade de maturité de la société.

5. La scalabilité

La société doit être scalable et résister au choc de croissance en réalisant des économies d’échelle très rapidement. Le business plan doit mettre en évidence les KPI sur lesquels il est possible de faire des optimisations. Il est là avant tout pour faire des simulations. A chaque changement d’échelle, la diminution des charges doit être significative.

C’est une erreur de croire qu’un fonds d’investissement doit avoir en tête tous les détails d’un produit ou tous les principes scientifiques qui se cachent derrière. Il a juste besoin de comprendre le besoin résolu et le marché adressé.

Le fonds d’investissement vous posera certainement des questions très basiques (voir même bêtes!) au lieu d’avoir des idées pré-conçues sur votre projet. Et ça ça peut vous être très utile …

Cette non-expertise marché n’empêchera pas le fonds de bien accompagner la start-up après l’investissement ! que ce soit dans le choix du modèle de distribution, dans le marketing et encore dans les compétences clés à acquérir.

Si vous cherchez à lever des fonds, venez boire un café dans nos locaux. Et vous l’avez compris, tous les secteurs d’activités sont les bienvenus :-)