Dossier: La rentrée mouvementée de Canal+ — Critik TV.com

Chutes d’audience, limogeage de dirigeants, soupçons de censure, concurrence accrue et absence de communication telle a été la rentrée du groupe Canal+. Après une reprise en main par Vincent Bolloré, le groupe de télévision payante traverse une des plus grosses crises de son histoire. Décryptage.


Été 2015 : Bolloré chamboule tout

Alors que l’année télévisuelle vient de s’achever et que les différents animateurs donnent rendez-vous à la rentrée aux téléspectateurs, un nouveau dirigeant décide de transformer Canal+ à son image et à sa stratégie. Son nom : Vincent Bolloré. Grand industriel ayant déjà de l’expérience dans le monde des médias (Direct 8, Direct Matin), l’homme d’affaires rusé sait que cette chaîne qu’il contrôle depuis peu souffre. Les dépenses des tranches en clair sont élevées alors que les audiences montrent des signes de faiblesse, l’offre premium subit la concurrence de BeIn Sports et Netflix tandis que iTélé ne dépasse toujours pas BFM TV.

Bolloré ne fait pas dans la dentelle, il décide pendant la période creuse médiatique de limoger bon nombre de cadres historiques. Ainsi les dirigeants Rodolphe Belmer et Bertrand Méheut sont mis à la porte ; tout comme Ara Aprikian (ancien responsable des chaînes gratuites du groupes) qui a pourtant porté D8 au sommet de la TNT. Et plus spécifiquement au sein de l’information du groupe, Cécilia Ragueneau (ancienne directrice d’iTélé) et Céline Pigalle (ancienne directrice de la rédaction du groupe) sont éjectées et remplacées par Guillaume Zeller (ancien de Direct 8 et Direct Matin).

Quant aux programmes c’est le coup de balai. Exit « Le Grand Journal » avec Antoine de Caunes qui sera animé par Maïtena Biraben. Adios aux « Guignols de l’info » en clair qui passent au crypté à 20h50 (et sur Dailymotion) tout comme « L’effet Papillon ». Et enfin grand jeu de chaises musicales entre les animateurs : Daphné Bürki qui excellait dans l’animation du « Tube » passe à « La Nouvelle Edition », elle est remplacée par Ophélie Meunier. Quant à Ali Baddou, il va au « Supplément ». Du côté du « Petit Journal » de Yann Barthès celui-ci démarrera à 20h10 pour durer désormais près de 40 minutes. Seule l’émission de Thierry Ardisson, « Salut les terriens ! », reste intacte.

Clip de rentrée 2015 de Canal+


Rentrée 2015 : Hanouna rit, Maïtena pleure et Yann se rebiffe

La rentrée du groupe Canal+ (incluant D8 et D17) démarre le lundi 31 août avec « Touche Pas à Mon Poste ». Cyril Hanouna et sa bande remplie de nouveaux chroniqueurs comme Matthieu Delormeau font une arrivée tonitruante dans le PAF. Ceux qui pensaient que le concept de l’émission pouvait en cette nouvelle année s’essouffler en ont eu pour leurs frais. 1,2 millions de téléspectateurs étaient devant l’émission ce soir là. Ce niveau d’audience sera constant tout au long de la rentrée avec parfois des pointes à 1,5 et même 1,7 millions de téléspectateurs. Le programme de Cyril Hanouna est donc encore un incontestable succès surtout auprès des moins de 35 ans. Résultat les concurrents eux captent… les vieux.

Une semaine plus tard, la chaîne Canal+ fait sa rentrée avec en navire amiral « Le Grand Journal ». Et autant le dire tout de suite cette nouvelle version a été… décevante. Si certains changements sont apparus au premier abord (nouveau générique, nouvelles lumières, nouveaux chroniqueurs…), fondamentalement la mécanique est restée EXACTEMENT la même ! Maïtena Biraben a eu beau afficher un large sourire et sembler motivée, la mayonnaise n’a pas pris. Déjà il y a eu une erreur fondamentale : commencer le programme par le JT de la chaîne présenté par Victor Robert sur le plateau. Très franchement cette partie est longue, ennuyeuse et surtout terriblement inutile à l’heure des chaînes d’info en continu. Ça n’a clairement rien à faire dans un programme de divertissement. Surtout que la consigne a été donnée par Vincent Bolloré de se recentrer sur le divertissement et de dépolitiser le programme.

Autre erreur majeure, les chroniqueurs, on se demande à quoi ils servent et notamment la petite nouvelle Lauren Bastide qui doit nous parler « tendances du moment ». En plus il y a toujours autant d’invités que les années précédentes, résultat on a encore ce même rythme effréné où tout s’enchaine à 200 km/h. Enfin ce « reboot » du Grand Journal a clairement « tué » Cyrille Eldin où sa chronique de « rapporteur » est désormais quotidienne et est donc hélas moins bonne qu’au temps du Supplément.

Reste « Le Petit Journal » de Yann Barthès, rallongé et démarrant à 20h10, il ne bénéficie plus des reports d’audiences de son ancien horaire. Résultat alors que sur la saison 2014–2015 l’émission affichait souvent plus d’1,5 millions de téléspectateurs, il n’en a plus qu’1,1–1,2 millions. Mais surtout face aux changements initiés par Vincent Bolloré, Yann Barthès et son équipe n’hésitent pas à se moquer de leur patron via Eric et Quentin ou Catherine et Liliane. Un éclair de transgression dans une chaîne qui visiblement est en train d’être aseptisée.


Le clair en crise à côté d’autres problèmes majeurs pour le crypté

Tous les changements dont je viens de parler s’ajoutent à des rumeurs de censure dans les magazines de la chaîne et à des tensions entre la direction et les équipes de production et les journalistes. C’est simple quand vous cherchez en ce moment dans la presse des articles sur Canal+, on ne parle presque que de ça et des audiences catastrophiques du « Grand Journal » qui ne réunit plus que 600–700 000 téléspectateurs chaque soir (et encore). Les téléspectateurs et les abonnés ne reconnaissent plus leur chaîne qu’ils aimaient tant. Résultat, toutes les émissions en clair à l’exception notable de « Salut les terriens ! » affichent des audiences globalement en baisse. Quant aux « Guignols de l’info » on attend toujours leur retour.

Face à ces soucis, la direction de Canal semble avoir opté pour une stratégie de communication : le silence. Une très très mauvaise idée quand on sait que la nature médiatique a horreur du vide. Je me demande bien à quoi sert Anne Hommel, la femme qui s’occupe désormais de la communication de Maïtena Biraben. Pourtant en coulisses le groupe semble essayer de sauver les meubles : démarchage d’artistes, utilisation de Cyril Hanouna et TPMP, une poignée de démentis dans la presse (vraiment à la marge). Bref il y a le feu.

C’est d’ailleurs bien dommage car Vincent Bolloré en bon capitaine d’industrie semble avoir conscience des VRAIS enjeux du groupe de télé payante. En effet, les recettes publicitaires constituent une goutte d’eau dans les revenus du groupe. La priorité devrait être : les abonnés Canal+ et CanalSat. Pendant que le bazar s’intensifie dans les équipes du groupe et dans les émissions en clair, les actions pour reconquérir des abonnés se font attendre. Certes Canal+ dispose de programmes sportifs « premium » et de contrats d’exclusivité dans les films et les séries. Problème : qu’adviendra-t-il quand ceux-ci arriveront à échéance ? L’air de rien Netflix, Apple, Google et BeIn Sports attendent patiemment de rafler les derniers restes des programmes premium du groupe avec leurs moyens financiers colossaux.

Or si Canal+ et CanalSat ne peuvent plus offrir de contenus de qualité et exclusifs à leurs abonnés, comment justifier les tarifs très élevés des offres ? Quand Netflix et BeIn coûtent grosso-modo 10€/mois, il est difficile de faire payer les gens plus de 40€ ! Selon moi il faut que Canal amplifie ses investissements dans les fictions maison (à l’image de la série « Versailles ») et utilise les synergies avec les autres entités de Vivendi (comme Dailymotion et Universal Music). Et puis il faut arrêter de vouloir aseptiser les chaînes du groupe. A force de faire toutes les chaînes du PAF français se ressemblent, alors que ce qui fait la force de Canal+ c’est la différence.


2016 : l’année du tournant ?

Alors que les fêtes de Noël et l’année 2016 approchent, Bolloré et ses équipes devront prendre rapidement des décisions pour redresser le groupe. La nouvelle année et la saison 2016–2017 verront peut-être les fruits d’une nouvelle stratégie et on connaîtra sans doute les résultats des derniers développements tactiques comme le Cube S (lancé en juin 2015). Si le groupe Canal+ veut continuer à briller, il faudra sans doute casser les codes en matière d’offre d’abonnement et de contenus, mais la direction arrivera-t-elle à franchir le pas ? J’ai hâte de voir la suite des événements.

A tchâo bonsoir !

Bande annonce de la série “Versailles” diffusée sur Canal+


Originally published at www.critiktv.com (11/06/2015).

Publication d’origine sur www.critiktv.com (06/11/2015).

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