Gouvernement Philippe: Quid de la promesse du renouveau?

C’était la première promesse du candidat et président Emmanuel Macron: le renouveau. Le but, si ce n’est l’essence de sa candidature, était d’en finir avec les partis et dépasser ce clivage politique en étant “ni de droite ni de gauche”, comme l’a t-il martelé durant toute sa campagne. Sa propre personne semble refléter un renouveau indéniable: élu président à 39 ans, sans aucun mandat et sans aucun parti politique. En nommant Edouard Philippe à Matignon, Emmanuel Macron a mis en lumière ce jeune maire LR de 46 ans. C’est ce mercredi qu’a été dévoilé la liste du premier gouvernement Philippe. Qu’en est-il? Analyse de cette liste qui réserve de nombreuses surprises.

Quelques chiffres…

Il s’agit du quarantième gouvernement sous la Vème République française, issue de la huitième présidence de la République. Ce gouvernement est composé de 22 membres, dont 3 ministres d’Etat, 15 ministres et 4 secrétaires d’Etat. La parité est parfaite puisque ce gouvernement est composé de 11 hommes, et de 11 femmes. Cependant, les trois ministères d’Etats sont occupés exclusivement par des hommes. Il y a deux membres venant des Républicains, à savoir Gérald Darmanin et Bruno Le Maire. Cependant, ils viennent d’être exclus du parti. Trois ministres sortent du MoDem, à savoir François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. Quatre personnalités venant du Parti Socialiste ont été nommées: Richard Ferrand, Gérard Collomb, Christophe Castaner et Jean-Yves Le Drian. Cependant, Christophe Castaner et Richard Ferrand ne sont plus rattachés au PS. Enfin, deux personnalités viennent du Parti Radical de Gauche, ce sont Annick Girardin et Jacques Mézard. Les 11 ministres restants sont issus de la société civile, c’est-à-dire qu’ils ne sont affectés à aucun parti politique, et n’ont jamais eu de mandat électif. Enfin, la moyenne d’âge est de 54 ans, le plus jeune étant Mounir Mahjoubi, agé de 33 ans, et nommé secrétaire d’Etat chargé du numérique. Les trois seniors sont Gérard Collomb, Jacques Mézard, et Jean-Yves Le Drian, agés de 69 ans.

Le Drian, Bayrou, Collomb, Le Maire… Le renouveau de la roupie de sansonnet?

La liste du gouvernement a été publiée à 15 heures et quelque chose saute premièrement aux yeux : qui incarne le renouvellement? Des personnalités importantes de la vie politique semble quand même être assez présentes. Le maire de Lyon, Gérard Collomb, 69 ans, est nommé au ministère d’Etat de l’Intérieur, un titre certes honorifique mais qui montre sa supériorité par rapport aux autres ministères. Ce “marcheur” de la première heure est maire depuis 2001, et a été élu député en 1981 alors qu’Emmanuel Macron n’avait que… 3 ans. Dans la vie politique depuis plus de 35 ans, c’est la première fois que Gérard Collomb entre dans un gouvernement.

François Bayrou est le troisième dans la liste protocolaire, en étant nommé ministre de la Justice. Sa vie politique est très riche, puisqu’il y est présent depuis le début des années 1980. Élu conseiller général des Pyrénées-Atlantiques, puis député du même département, il sera ensuite président de son département de naissance pendant 8 ans jusqu’en 2001. Entre temps, il est ministre de l’Education dans les années 90, et ministre européen. Il se présente à l’élection présidentielle en 2002, 2007 et 2012. Il est président de son parti le MoDem puis 2007, et maire de Pau depuis 2014. Aujourd’hui, il devient ministre de la Justice. Une vie politique plus que chargée, donc.

Jean-Yves Le Drian, 69 ans, n’incarne pas non plus le renouveau promis. Il commence sa vie politique en 1979 en Bretagne, en étant élu député, pendant plus de 20 ans. Il est maire de Lorient pendant presque 17 ans, et devient secrétaire d’Etat en 1991. C’est François Hollande qui lui fera confiance en 2012, pour prendre la tête de l’Hôtel de Brienne, là où il forgera son caractère face aux guerres qu’il mènera notamment au Mali où en Syrie. En 2015, il est élu président de la région Bretagne. Ce mercredi, il quitte le ministère de la Défense pour prendre celui de l’Europe et des Affaires étrangères. Le renouveau ne semble, ni à gauche, ni au centre.

Mais la droite présente dans le gouvernement n’a rien non plus de quoi se vanter. Bruno Le Maire, actuel ministre de l’Economie, a un bon passé en politique. Tout d’abord, il entre au gouvernement de François Fillon en 2008 sous la présidence de Nicolas Sarkozy en tant que secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes avant de devenir ministre de l’Agriculture deux ans plus tard. Il s’est aussi lancé dans la course à la présidence de la République en passant par la primaire des Républicains, où il récoltera 2,4% des voix. Député de l’Eure depuis 2007, il entre aujourd’hui dans le gouvernement, après avoir attrapé la main tendue du président Macron à la droite il y a quelques jours.

Notre première réaction est donc de dire que le renouveau n’est pas flagrant au premier abord. Cependant, de nouvelles personnalités entrantes peuvent être soulignées, tant par leurs origines que par leurs positionnements.

Un renouvellement des idées plutôt que des personnalités?

La société civile fait sa grande apparition dans le gouvernement et il faut dire que ça manquait vraiment, dans des gouvernements précédents qui semblaient assez loin de la vie quotidienne des français.

Tout d’abord, Nicolas Hulot entre (enfin) au gouvernement après de nombreux échecs malgré des négociations, notamment avec François Hollande. Il bénéficie d’un ministère d’Etat hautement symbolique, celui de la transition écologique et solidaire. Ce portefeuille ministériel semble conséquent, notamment suite aux demandes de Nicolas Hulot et d’ONG écologiques, en adressant au président une lettre lui demandant la création d’un grand ministère du développement durable, comportant à la fois l’écologie, la biodiversité, le climat, l’énergie, le transport, le logement et l’urbanisme, l’aménagement du territoire, la pêche et la mer. Nicolas Hulot aura plusieurs missions, comme conduire la création de l’aéroport de Notre Dame Des Landes, après avoir assumé respecter le choix du référendum local qui s’était prononcé pour le projet vieux de plus de 50 ans. C’est surement le gros dossier de sa mission, Emmanuel Macron souhaitant trouver une solution “dans les six mois”. Il sera opposé aux propres ONG qu’il côtoie et surtout aux “zadistes”, ces invincibles résistants au projet qui se sont installés sur la zone de construction du futur aéroport. Un sujet sensible qui agitera le quinquennat.

On note aussi l’entrée au gouvernement de Françoise Nyssen au ministère de la Culture. Cette femme de 65 ans est l’actuelle directrice d’Actes Sud, une société d’édition reconnue. Libération, en 2016, parlait d’elle comme d’une “fée bienveillante” au “charme discret”. Elle remplace Audrey Azoulay rue de Valois.

Laura Flessel, double championne olympique d’escrime et six fois championne du monde devient ministre des Sports. Comme David Douillet, Chantal Jouanno, Bernard Laporte ou encore Jean-François Lamour, elle fait partie de ces sportifs à accepter la charge du ministère des Sports.

D’autres figures de la société civile rentre dans ce gouvernement Philippe et il est important de les mentionner. Tout d’abord, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer est l’actuel directeur général de l’école de commerce ESSEC. Il occupait jusqu’en 2007, le poste de directeur adjoint du cabinet du ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, poste qu’il quitte en mars 2007. Ancien professeur de droit, il a été au cœur de multiples controverses, lorsqu’il était recteur de l’Académie de Créteil. En effet, il a été accusé de faire de son Académie, un laboratoire où l’on teste les mesures de l’Education nationale. Véritable bête noire des syndicats de professeurs, ce recteur a mis en place des innovations dans une académie qui compte le plus grand nombre d’école en ZEP. Cependant, ce n’est pas un hasard si Jean-Michel Blanquer est présent dans ce gouvernement. C’est celui qui a lancé le projet des «conventions éducation prioritaire» avec Sciences-Po — ouvrant une voie d’accès spécifique aux lycéens en ZEP. Quand on sait que Macron veut diviser le nombre d’élèves par deux dans ces zones d’éducation prioritaire, il semble que l’actuel ministre ait l’expérience dans le domaine.

A la santé aussi, on retrouve une personnalité issue de la société civile. Il s’agit d’Agnès Buzyn, médecin et professeur d’université. Elle a pris la tête de la Haute Autorité de Santé en mars 2016. Celle qui connait le métier de l’intérieur tentera de panser les plaies béantes de la santé publique. Plusieurs polémiques se sont greffées à sa nomination lorsqu’elle défendait par exemple les liens d’intérêts entre experts et laboratoires pharmaceutiques.

Enfin, il faut souligner l’entrée de Muriel Pénicaud dans le gouvernement en tant que ministre du Travail. Sa nomination n’est non plus pas un hasard et semble confirmer la ligne portée par Emmanuel Macron. Cette femme de 62 ans est une dirigeante d’entreprise et femme d’affaires au C.V. rempli. De 2002 à 2008, elle a été adjointe de l’entreprise Dassault, dont le fondateur est une des plus grosses richesse de France. Elle rejoint ensuite Danone, entreprise cotée en bourse. Depuis janvier 2015, elle est présidente de Business France, une agence nationale au service de l’internationalisation de l’économie française. Son rôle était d’aider l’économie française à s’internationaliser et aider les entreprises françaises à exporter. Sans la nommer, Pierre Gattaz, actuel dirigeant du MEDEF s’est félicité de voir dans le gouvernement des “personnalités qui connaissent le monde de l’entreprise”, un message subtil qui ne passe pas inaperçu. L’adepte du dialogue social, aura une tache colossale: faire passer la réforme du code du travail voulue par le président par ordonnances, sans se heurter aux colères de la rue. Bonne chance.

Le gouvernement d’Edouard Philippe semble novateur par les idées qu’il porte et par le pluralisme politique qui le compose plutôt que par les personnalités elles-mêmes. Si les plus connus occupent les postes les plus importants, la société civile tient quand même une part importante et non négligeable dans les fonctions du pays. La ligne d’Emmanuel Macron semble respectée avec une forte présence économique et diplomatique. Le renouveau est contrasté, mais existant. La pluralité apporte un vent de fraîcheur, là où on flirtait avec la surchauffe. Si l’équilibre des genres semble possible, Emmanuel Macron doit continuer de jouer les entremetteurs. Il faut cependant apporter une nuance, car en jouant avec la gauche et la droite, il risque de tourner en rond et perdre la ligne d’horizon. Mais maintenant qu’il a constitué son gouvernement, les législatives vont peut-être rebattre les cartes. En cas de défaite, ce gouvernement pourrait déjà être caduque.

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