Trump: Constat d’un appel d’air aux idéaux racistes, antisémites et nazis.
La ligne rouge a été franchie en plein mois d’août, à Charlottesville, ville de Virginie, lors d’une manifestation de la droite la plus extrême des Etats-Unis, dévoilant au monde sa face la plus sombre, avec en tête de cortège des suprémacistes blancs, des nazis assumés faisant gloire à Hitler, et des membres fidèles du Ku Klux Klan. Une femme, militante anti-raciste, été percuté, à mort, par un militant raciste, au volant de sa voiture roulant à toute vitesse. Cet épisode, filmé et relayé, a fait le tour du monde de par la violence de ses images. Mais comment en est-on arrivé là ? Si les Etats-Unis ont toujours été un terreau aux idées les plus extrêmes, et où le nazisme a réellement trouvé écho dans les années 40, il n’est pas mensonger de constater une recrudescence de la haine outre-atlantique. S’il est mentir de dire qu’elle n’a jamais existé, la violence est révélée au monde entier par l’utilisation facile des réseaux sociaux. Cependant, il est indéniable de lier Donald Trump et les idéaux extrémistes, et il faut tenter de comprendre pourquoi le comportement du 45ème président américain est un appel d’air au débridement raciste, ou du moins, loin d’être un frein à la recrudescence haineuse. Constat.
De la campagne à la présidence, des signaux d’alerte inquiétants mais sous estimés.
Les médias français nous ont fait parvenir, des mois durant, des signes montrant un lien entre extrémisme et certains candidats à la présidentielle. En février 2016, plus de huit mois avant le scrutin, france télévisions avait posé ses bagages en Géorgie, à la rencontre de “l’Amérique de Donald Trump”. Le drapeau des confédérés, symbole de la guerre de sécession et devenu depuis le drapeau des racistes américains comme par “nostalgie” d’une époque qu’ils n’ont pas connu, brasse l’air aux devants de nombreuses maisons. On y découvre des populations “désabusées” par l’immigration qui, selon un habitant interrogé “est un problème”. Un discours qui nous rappelle la promesse du fameux mur entre les Etats-Unis et le Mexique, qui n’a toujours pas vu le jour, ni même le moindre financement — initialement aux frais du pays mexicain. Un comportement brutal, des phrases choquantes, des piques aux journalistes et aux immigrés, Donald Trump a su capter un électorat silencieux, mais existant, et surtout, votant. Celui qui parlait des mexicains comme “des violeurs”, qui qualifiait les réfugiés syriens d’être responsables d’une “vague d’immigration massive” est passé d’entrepreneur à président et à la surprise général. Enchantement des uns, et désenchantement des autres. Enquête exclusive, pour M6, est allé à la rencontre de ceux qui ont voté Trump, “au coeur de l’Amérique profonde”. On y voit des blancs, souvent armés pour “se défendre”, drapeau confédérés à la main, qui se retrouvent un week-end par an, lors un festival de gros camions; ils seront 10.000 à participer. Pendant des mois, le monde assiste aux premiers signes d’une Amérique qui se dévoile. Les comportements se débrident, avec l’effet Trump. Durant la campagne, le futur président n’aura de cesse de mélanger musulmans et terrorisme, liant le tout avec immigration clandestine et violences dans le pays. L’élection de Donald Trump a libéré les paroles tabous de certains citoyens, comme si, désormais, il était possible de tout dire, tout oser, jusque pousser à l’extrême des comportements radicaux. Si des candidats précédents étaient déjà sujet à polémiques, la France et le monde découvrent l’effet Trump plus que jamais auparavant. Agressions, vandalismes, profanations de tombes, les juifs et musulmans américains font face à une recrudescence de haine et de violence. Désormais, il est possible de commettre l’impossible. L’interdit, ne l’est plus. Peu après le scrutin, la synagogue de Chicago est recouverte de croix gammés, nous rapporte l’Huffington Post. Le métro new-yorkais croule également sous les jurons et insignes nazis. Le FBI révèle que les actes antisémites et racistes ont plus que doublé, en comparaison des mois de janvier et février 2015 avec ceux de 2017. Si les chiffres montrent une nette augmentation des actes nazis, rien n’est fait pour les empêcher à nouveau; liberté d’expression, nous dira-t-on. Parole chérie. Quotidien, par l’homologue de son envoyé spécial Martin Weill est allé à la rencontre d’un homme, Isidore Campbell qui a demandé à la justice — qui a accepté sa requête — de changer de nom de famille pour s’appeler Isidore… Hitler. Glaçant. L’homme, qui salue froidement le journaliste, est vêtu d’une veste brune, aux insignes nazis, et à d’une croix gammé, sur le bras gauche. Entre négationnisme, rapports extrêmes à la religion, nazisme assumé et revendiquant l’existence d’une “race pure”, l’homme avoue — sans retenue — avoir soutenu Donald Trump, “comme tous les suprémacistes blancs”. Il veut éliminer les juifs, pouvons-nous lire sur son bras, gravé dans sa chair. Terrifiant. En France, l’homme aurait déjà été condamné par la justice. Outre-atlantique, l’expression n’a aucune limite. Même les pires débordements, y sont acceptés. Liberté.
Avec Trump, la face la plus sombre de l’Amérique fait trembler le monde entier.
Cependant, le monde a réellement redécouvert la face noire du nazisme le 12 août 2017. Plus de 80 ans après la naissance du mouvement, il semblerait qu’il y ait encore de nombreux adeptes. Suprémacistes, racistes, et membres du Ku Klux Klan se sont retrouvés, à Charlottesville, afin de protester contre une décision de destruction d’une statue glorifiant un héraut de l’époque sécessionniste. Une contre-manifestation a éclaté, tuant une femme, Heather Meyer, militante anti-raciste. Agressions et échauffourées n’ont rien d’exceptionnel aux Etats-Unis, mais il semblerait que cette histoire ait eu un écho sans réel précédent. La polémique a aussi enflé, avec des réactions officielles qui se faisaient attendre. Qu’allait répondre Donald Trump? Allait-il condamner, quitte à se mettre à dos une partie de son électorat? Allait-il rester silencieux, et dans ce cas, consentir implicitement aux actes de violence? Dans tous les cas, la réponse allait décevoir. Et elle a déçu, presque tout le monde. “Nous condamnons dans les termes les plus forts ces démonstrations flagrantes de haine, de bigoterie et de violence de tous les côtés, de nombreux côtés”, s’est-il exprimé. Les deux côtés sont donc responsables de violences. Il n’y a cependant un mort que d’un côté. Il n’en dira pas plus. C’est un conseiller du président qui éclairera ses propos, qui selon lui, incluaient “bien-sûr” les suprémacistes blancs et membres du KKK. Quid du président? Silence radio. C’est sa fille Ivanka Trump qui se mêlera de l’affaire, mettant son père dans l’embarras, faute de réaction. Racisme et néonazis n’ont “pas leur place” aux Etats-Unis, selon elle. Deux jours après l’attaque, Trump désigne nommément le Ku Klux Klan responsable, et obtient, in extremis un apaisement médiatique.

Le lendemain, l’énième changement de discours est d’autant plus étrange: “À Charlottesville, il n’y avait pas seulement des néonazis, mais aussi des gens biens venus protester contre l’enlèvement de la statue de Robert E. Lee”. Des gens biens? Déferlement de critiques d’un côté, et soutien d’un ancien dirigeant du Ku Klux Klan, David Duke de l’autre. “Merci président Trump pour votre honnêteté et votre courage de dire la vérité sur Charlottesville et condamner les terroristes de gauche”, a-t-il posté sur Twitter. La presse s’emballe. Le Daily News titre, sèchement: “Sympathy for the devils”, et souligne le soutien du président aux nazis. La Une de “The Economist” se passe de commentaire. Pas une ligne, pas un mot, mais cette image veut tout dire. Comme si haut et fort, le président était le porte-voix du groupuscule d’extrême droite. La Une du Time, célèbre magazine américain est toute aussi glaçante: On y voit le président américain le bras tendu, faisant un signe nazi. Même autour de lui, c’en est trop pour un bon nombre de conseillers économiques, qui, un par un, choisissent de quitter le navire. Le président, s’isole et se retrouve seul, en son palais. Charlottesville a décomplexé — encore plus — certains américains, creusant une plaie sans cicatrice. Une américaine a constaté que son voisin, le 13 août avait décidé de mettre un drapeau nazi devant chez lui, suite aux événements de la veille. Un reportage a également fait beaucoup de bruit. Une journaliste afro-colombienne est allé interviewer deux membres du Ku Klux Klan, et la vidéo a fait le tour du monde. Lorsque la tension commence a monter, la journaliste demande au couple s’ils vont la chasser d’ici. Froidement, l’homme répond “Non. On va vous brûler”. Il continue et assène: “Je suis bien plus supérieur que vous ne le serez jamais”. Les mots ont un sens, mais l’homme ne semble pas en prendre conscience… ou trop bien, justement. Sur nos chaînes françaises, 7 à 8 a diffusé, dimanche 20 août, un reportage qu’ils ont réalisé auprès d’une famille membre du KKK. Portrait de Hitler, un porte couteau qui transperce un noir, des stickers haineux collés sur le frigo, affichés aux yeux de tous, et de leurs enfants. Ambiance violente garantie. Les enfants, embrigadés, partagent les idéaux racistes de leurs parents: les noirs “foutent la merde”, “ils puent”, dit l’un d’eux. Les paroles se libèrent, de plus en plus. L’escalade de la haine n’a pas de sommet. Pas de limite. Toujours plus loin, toujours plus violent. Trump n’y est pas pour rien, et la corrélation y est fatale. Qui ne répond pas, consent. Cet adage s’applique si bien au président, que l’on ne l’entendra finalement pas condamner fermement cette extrême violence. Cette histoire restera dans les mémoires.
Alors, que fait-on ? Nous assistons, incrédules, à la haine qui se profile ? Devons-nous laisser faire ? Que dit la communauté internationale ? Si personne ne semble vouloir s’immiscer dans les affaires américaines, — par peur de s’y frotter, et de s’y piquer — une réaction semble devoir s’imposer. Le président américain, aura, forcément, l’obligation de se pencher sur le sujet, s’il continue à prendre de l’ampleur. C’est son image qui est en jeu, sur le plan national et international. S’il s’en soucie. Pour l’instant, ce sont grâce aux — puissants, avouons-le — réseaux sociaux, que Donald Trump est canalisé. Les américains partagent, dès que possible, ce qu’il se passe dans leur pays. Sans eux, jamais la mort de Heather Meyer n’aurait été autant relayée. Jamais Ivanka Trump n’aurait forcé son père à s’exprimer, et s’expliquer. Jamais le reportage sur la journaliste n’aurait fait le tour du monde. Mais aujourd’hui, le pays est totalement divisé. Comme séparé, entre communautés. La cote de popularité de Trump s’est effondrée, et l’on imagine mal que cette polémique ne la fasse remonter. Finalement, une phrase célèbre phrase de Mitterrand peut faire office de conclusion, sans n’avoir pris une ride, tellement elle est intemporelle. “Le nationalisme, c’est la guerre”.
