Le banquier à la chemisette

Aujourd’hui, je suis allé à la banque pour régler quelques affaires au sujet de mon prêt étudiant. J’angoissais légèrement à l’idée de retourner dans une des ces usines que je fuis depuis ma sortie de l’école. Je m’attendais à voir un Nième banquier en costard cravate à l’air supérieur. Bien sur lui, n’ayant pour priorité que d’être le mieux perçu pas sa direction. Courant au-devant des promotions et des augmentations comme un âne derrière sa carotte.

Mais j’ai vu quelqu’un d’autre. Le mec était en effet très propre sur lui, mais il était loin de porter tous les codes du banquier. Il portait une chemisette intentionnellement froissée et une coupe de cheveux à la Joachim Noah. Mais au delàs de l’apparence… quelque chose de plus fort me chuchote que je ne suis pas face au banquier que j’ai décrit précédemment.

Le rendez-vous commence, et j’écoute les choses se faire. Mon beau père taquine le banquier avec des calculs sur les taux d’intérêt de jesaispasquoi qui ne m’intéresse guère. Et je continue à me demander de quelle espèce appartient ce probablement futur ex-banquier qui me donne de plus en plus l’impression de s’être égarer.

Subitement, je tente une approche «Est-ce que je peux poser une question en dehors du contexte, ça détendra l’atmosphère ? Vous faites quoi comme sport ?»… J’atteins en partie la cible et j’obtiens une réponse mais pas celle que j’attendais. Du regard, mon beau-père me fait bien comprendre que l’on était pas là pour parler sport et je décide de me soumettre et mets un terme à la conversation.

Quelque peu déçu, j’abandonne peu à peu l’idée de percer le mystère du banquier à la chemisette. Mais la fin du rendez-vous arrivant après presque une heure de torture psychologique. Il rend les armes et énonce son propre point de vue sur son métier. Les calculs, les magouilles et les algorithmes… autant de choses qui le tuent plus qu’elles ne le paient. La conversation reprend une tournure intéressante. Il parle, à la surprise général, d’agriculture. Rien ne l’a amené à parler du sujet, mais ça semblait trop difficile pour lui de ne pas en parler. La passion et l’envie d’être enfin lui-même et de faire ce qu’il a envie de faire est la chose que j’ai ressenti avant même de lui serrer la même.

C’est simplement quelqu’un comme moi. Il recherche les mêmes choses, il a les même aspirations, les mêmes ambitions. La liberté, le travail, l’enthousiasme Et la joie que je ressens après cette rencontre découle surement du sentiment d’être finalement moins seul sur la route que j’emprunte.

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