Et à la fin, vous ferez ce que vous voudrez, et le plus longtemps possible… enfin je l’espère…

Voilà, tout ce que contre quoi je me suis engagé depuis 15 ans arrive. L’extrême-droite, à nouveau au second tour de l’élection présidentielle.

15 ans à essayer de se battre contre le « vote utile »
15 ans à essayer de se battre contre l’infantilisation des Françaises et des Français en parlant à leurs coeurs et à leurs têtes
15 ans à essayer de se battre contre tous les petits autoritarismes et les petites injustices.
15 ans à essayer de se battre contre l’absence de différence entre la gauche et la droite.

Que ce second tour est cruel pour nous! Face à l’échec, hormis le déni, il ne reste que l’avertissement à transmettre face à ceux qui viennent.

Et puisqu’on parle d’indifférenciation, nous en avons soupé ces dernières années. Et il y a une tragique ironie à ce que celui qui représente le camp républicain au second tour en soit son plus habile défenseur. Je ne me fais pas d’illusion sur lui et sur ce que sa politique donnera.

Là où je suis plus surpris, c’est de voir comment ce poison s’instille à droite comme à gauche et comment les plus déçus des deux camps se retrouvent à en être au fond les supplétifs: « au fond, puisque tout se vaut, autant s’abstenir ou tout faire péter tout de suite ». Je l’avoue, par dégoût, par lassitude, par colère, je peux comprendre les raisons de ce choix. Mais comprendre n’est pas excuser, encore moins justifier.

J’ai vu passer ces derniers jours un texte de Frédéric Lordon, un intellectuel, philosophe et économiste, pour lequel j’ai énormément d’estime qui (pardon de le résumer aussi grossièrement) affirme que puisque le vote est par construction une solitude individuelle, chacun doit se sentir libre de faire ce qu’il veut. Il a raison, sur la liberté: c’est d’ailleurs pour ça que l’isoloir (qu’il semble critiquer) a été inventé. Faut-il rappeler que c’est quand les mineurs du Pas-de-Calais ont pu se libérer du regard pesant de l’ingénieur des Mines devant l’urne qu’ils ont pu élire des élus de gauche?

Si le vote est un acte individuel, le sens qu’on lui donne ne l’est jamais (voire rarement) totalement. C’est d’ailleurs pour cela que dès le rendez-vous électoral fini, la bataille pour son interprétation commence. Je ne suis ni politiste ni sociologue, mais ce qu’en disent bon nombre de ces chercheurs semble confirmer ce que je ressens sur le terrain en la matière.

Voilà pourquoi je pense que Marine Le Pen n’a pas tant raté son débat qu’on peut le croire: elle a, fidèle à sa logique depuis des années, « pourri » une institution (le débat de l’entre-deux-tours) en n’envoyant des signaux qu’à ses électeurs pour les mobiliser (et probablement démobiliser une partie des autres). Bref, ceux qui se reconnaissent en elles ont de bonnes raisons d’aller voter, et ceux qui ne se reconnaissent plus dans nos institutions ont eu de bonnes raisons de les délaisser ou pire. Malgré le dépit, ne soyons pas dupes.

Alors pour finir, chacun fera ce qu’il voudra. La remontée des inégalités sur laquelle prospère l’extrême-droite ne s’arrêtera probablement pas en effet. Mais il faut reconnaître que la bataille culturelle menée insidieusement par ce camp, ses Ménard, ses Zemmour, ses Valeurs actuelles, ses Fdesouche non plus… et probablement que c’est à ça aussi qu’il faudra s’attaquer différemment. Mais 5 ans c’est long.

Et il y aura des Français et des étrangers pour lesquels ce sera encore bien plus long. Car sans nul doute, plus le score de Le Pen sera haut, plus certains y verront une confirmation et se diront “on est chez nous, on fait ce qu’on veut ». On sait très bien qu’ils y viseront: les plus faibles, les plus « différents », les plus isolés. Personne n’a intérêt à cette violence dont on ne connaît jamais la fin: quand les hommes ne sont plus frères ils deviennent si vite ennemis.

Dimanche, chacun fera ce qu’il voudra… et j’espère qu’il en sera ainsi le plus longtemps possible tant que l’on ne nuit pas à autrui, comme le dit la formule. Mais notre devise ne s’arrête pas Liberté et Egalité. J’ose croire que la fraternité sera l’idéal qui mobilisera dimanche. Qu’on puisse au moins transmettre ça: en République on ne fait pas tout que pour soi.

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