Machu Picchu : une journée avec les Incas et 2498 visiteurs

Par Julie-Anne

4 h 30 du matin. Le réveil sonne et annonce le début d’une longue journée. Même si le premier réflexe est de l’arrêter et se rendormir, on sait que le temps est compté et qu’à partir d’ici, on a tout intérêt à se botter le derrière et à sortir dehors.

Après avoir avalé en deux bouchés un déjeuner offert par l’hôtel, on longe la rue principale du village encore endormi de Machu Picchu Pueblo. À une trentaine de mètres devant, on les voit, les autobus qui emmèneront les premiers visiteurs sur le site du Machu Picchu.

On accélère le pas pour arriver devant le premier autobus. Un employé nous fait signe qu’il faut aller au bout de la file. Évidemment, qu’on se dit. Mais le “bout de la file” n’est pas où on l’imaginait.

Quelques pas de plus et on se rend compte que les autobus cachent des centaines de touristes qui attendent, dans le noir, leur tour pour aller voir la 7e merveille du monde.

Cette image donne le ton à ce que sera notre “paisible” journée au Machu Picchu.

Mais parlons d’abord du premier ennemi de la journée : le brouillard.

Quand le soleil se lève tranquillement, force est de constater qu’on ne verra pas grand chose sur le site touristique, situé à quelques centaines de mètres plus haut que le village d’où arrivent les visiteurs.

À notre arrivée sur le site, on ne sait pas trop par où commencer. Tout se ressemble. En fait, rien ne donne l’impression qu’on est bien arrivés. La visibilité est réduite. On ne sait pas ce qu’on est censés voir.

Où est la grosse montage qu’on voit sur les photos? Les ruines inca? Les grands espaces verts? Impossible de savoir. Notre première réaction au Machu Picchu ressemble donc plus à de l’incompréhension que de l’émerveillement.

Quand le soleil dit bonjour aux montagnes

Antoine est prêt à courir vers l’entrée pour demander un remboursement (non, quand même pas…!) puis en quelques secondes, le brouillard se dissipe.

Et on reconnait le paysage qu’on a vu si souvent en photo.

Mais le moment est de courte durée… le brouillard revient et repart, comme bon lui semble.


C’est Antoine qui met fin à notre moment de ok-mais-qu’est-ce-qu’on-fait-maintenant, en proposant qu’on suive le sentier vers le Sungate. “En arrivant en haut, je suis certain qu’on verra le soleil”, qu’il dit. Ça ne s’appelle pas Sungate pour rien…

Eh bien, erreur. Après un sentier sur une pente assez abrupte, on ne voit pas grand chose de plus. Et on finit par réaliser que ce fameux Sungate est en fait l’entrée du site pour les randonneux (oui, oui, les randonneux) qui finissent leur périple de quelques jours sur le sentier Inca.

Des dizaines et des dizaines de marcheurs avec leur sac à dos et équipement de randonnée prennent une pause à l’entrée du Sungate en attendant de reprendre leur marche vers le sentier d’où on est arrivés. Le sentier est complètement congestionné. Sans avoir vu le fameux Sungate de près, on fait demi-tour.


À partir d’ici, le brouillard s’en ira tranquillement… Les nuages laisseront place au soleil, pour qu’on admire le paysage en entier, en essayant d’oublier la chaleur quasi insupportable d’une journée ensoleillée à 2500 mètres d’altitude.

Le deuxième ennemi

Ce serait facile de dire que notre deuxième ennemi au Machu Picchu, après le brouillard, a été les trop nombreux touristes. Ceux qui ont scrappé de nos photos, qui nous ont donné le goût de crier des bêtises à plusieurs reprises.

Comme je dis, ce serait trop facile.

Nous sommes après tout, au Machu Picchu, tous des touristes présents pour à peu près les mêmes raisons.

Je dirais alors que ce qui nous a le plus souvent empêché d’apprécier notre visite, ce sont les médias sociaux.

Des filles debout sur un rocher en train de prendre une centaine de clichés avec un selfie-stick. Un couple de gringos qui barre le sentier aux autres visiteurs le temps qu’il prenne une photo de lama avec son iPad. Une ado assise sur l’herbe qui regarde la montagne d’un air songeur pendant que son amie prend des photos de tous les angles possibles en espérant qu’au moins une prise sera parfaite pour sa nouvelle photo de profil.

Vraiment, c’était quelque chose.

On imagine que la file indienne de visiteurs devait avancer beaucoup plus vite il y a 10 ou 15 ans quand les gens ne pensaient pas à embellir leur compte Instagram et qu’ils devaient ménager leur film Kodak de 24 poses.

On s’entend qu’on a pris, nous aussi, des dizaines et des dizaines de photos. C’est là l’avantage des caméras de nos jours.

Mais pendant que les gens apprivoisent les nouveaux médias, il faut une bonne poignée de patience sur un site avec 2498 autres touristes.


Ne vous imaginez pas que notre expérience a été négative, bien au contraire. C’était à couper le souffle d’être sur les lieux de ce site archéologique qui date de plusieurs centaines d’années.

Je regarde les photos prises cette journée là, aujourd’hui, et je peine à croire que nous étions là.

Notre coup de coeur a été sans aucun doute ce moment où les nuages se sont tassés pour nous laisser voir les ruines.

Le pont Inca, aussi, était magnifique, au bout d’un sentier d’une quinzaine de minutes.

On garde de très bons souvenirs du Machu Picchu.

Je regrette seulement ne pas avoir pu y aller quelques décennies plus tôt, avant que l’endroit gagne autant en popularité.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.