La méditation / la pause

La méditation est ce qui a permis tout ça. C’est le fondement des décisions qui gouvernent à ma vie. Une forme d’assise, dans un espace temps unique. Comme une tente, depuis laquelle je peux observer le monde extérieur — là — en ombres chinoises, tout en étant ailleurs — ici.

La méditation, c’est admettre, de manière répétée et tendre que nous sommes perclus de contraintes. Admettre les barreaux, les chaînes plutôt que de faire semblant ou de lutter à se rompre les membres. C’est découvrir la paix malgré la peine, celle que la vie inflige nécessairement. C’est faire la paix avec soi même, non pas une bonne fois pour toute mais régulièrement, car il n’est de traité qui ne dure si l’intérêt mutuel des parties n’est pas rappelé. Admettre ses chaînes pour découvrir d’autres choses dans le silence. Se forcer à rester statique, une vingtaine de minutes par jour, pour découvrir la très grande liberté qu’il y a à se tenir droit.

A chaque fois ou presque, c’est avoir peur en entrant dans la pratique. Peur de l’immobilisation, peur de la durée, peur du temps. On croit partir pour du rodéo, on se retrouve à descendre une rivière. Le temps cesse de devenir une question, puis en redevient une. On s’apprivoise. Et si j’avais oublié d’enclencher le minuteur. Et si ça faisait déjà le temps. Et si ?

A chaque fois qu’une pensée arrive. Cesser d’être juge et accepter, ainsi qu’on accepte la contrainte initiale, les pensées qui arrivent. A chaque problème, dire oui. C’est laisser là le problème. Lui donner une vie indépendante de soi, le laisser continuer sa route. On oublie, le reste du temps, obnubilés que nous sommes par la lutte pour notre conservation, notre identité, on oublie la puissance du oui. Bien des conflits s’évanouissent ainsi. Dire oui, car on découvre qu’il y a d’autres choses, derrière le oui et le non, l’acceptation et le refus. Il y a des mondes, des sensations, il y a l’observation.

La méditation, c’est l’expérimentation concrète de toute une série de frayeurs. Comme un terrain d’entrainement, une pratique sportive. Affronter le cœur qui se décroche, quand on sent venir la terreur. La peur d’avoir peur. Pratiquer permet de se donner de l’air. D’oxygéner la membrane entre soi et soi pour, enfin, ne plus avoir peur d’avoir peur. Accepter, comme d’autres éléments, les peurs qui peuvent arriver. Ne plus chercher l’origine de ses troubles, mais savoir sentir quand ils pointent. Savoir respirer pour s’accompagner dans un moment sombre. Mieux décomposer l’arrivée de la peur, du stress, de l’inconfort et les réactions générées par les émotions qui nous traversent. Et ainsi, maintenir sa capacité à être affecté par le monde qui nous entoure. Etre une temporalité et des voies de sorties, un échangeur autoroutier. Oublier encore un peu la fable d’un sujet, maître de son destin, prince creux, quand nous ne sommes en fait qu’effets de causes mystérieuses.

La méditation c’est une ossature. Un rendez-vous. C’est une régularité, sans promesse. Tous les jours ou presque, pour le restant de sa vie, on va essayer, gentiment, de vivre avec soi même. Des trésors, mais des contraintes. Une liberté en forme d’engagement. Un choix de chaînes ? Ou une façon d’être au monde, qui admet que ce n’est pas sans conséquence de vivre. Que ce n’est pas une activité à prendre à la légère. Qu’on est peut-être moins que ce qu’on l’on croit, mais sûrement quelque chose de plus tendre et lumineux, une surface d’un lac ou les plis de doigts d’un nourrisson. Qu’on n’est rien, finalement, ce qui permet d’exister en interaction avec le monde, par les rencontres et les sensations.

On ne peut pas rater la méditation. C’est la clé de voûte du système. Le twist, ce qui permet de mettre en off notre esprit, de laisser les choses aller. Ce moment existe, quoi qu’il arrive. Et c’est un cadeau qu’on se fait à chaque fois. Une permission, celle de calmer ce jugement sans fin qui nous accable. On ne fait jamais rien qui ne soit pas « ratable ». Et c’est peut-être bien ainsi. Mais, sans tangente, ce monde mesurable, estimable est un poison. Et c’est pourquoi ce rendez-vous régulier, expérience d’un non jugement, défi quotidien de se laisser vivre pour être attentif à soi et au monde est si important.

C’est parce que j’ai commencé la méditation que j’ai pu choisir de m’arrêter de travailler. Parce que la méditation, c’est l’expérience concrète de l’arrêt. De l’arrêt en ce qu’il démarre et se prolonge, et c’est tout ce qu’il s’agit de savoir.

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