Arrow : Election Day

On reconnait les évènements les plus saisissants par notre propension à les voir partout. ARROW.S05E06. Titre : So it Begins ?. Olivier Queen a.k.a. le justicier masqué Green Arrow — représentez vous Robin des Bois croisé avec Batman et vous aurez une assez bonne idée du personnage — a décidé cette saison d’élargir son équipe de vigilantes en recrutant des petits jeunots (des aspirants super-héros sans grande expérience mais aux profils pour le moins… originaux). Et ils ne seront pas de trop car Oliver doit affronter un nouveau grand méchant, Prometheus, dont l’identité nous est encore inconnue.

Rien de neuf sous le soleil (plutôt rare) de Star City. Un psychopathe terrorise la ville et pour meubler les 24 épisodes, on passe la bonne moitié de la saison à se demander qui peut bien être ce malotru, et pourquoi en veut-il à notre héros. On ne regarde pas Arrow(ou n’importe quelle autre série du Arrow-verse comme The Flash, Supergirl ou Legends of Tomorrow) pour la révolution scénaristique, mais bien pour ses petits écarts avec le programme établi, ces faisceaux de noirceur qui vont se loger dans les interstices. Quel rapport donc entre un épisode de plus d’une série mineure et Trump, Clinton, les e-mails, les médias ? En regardant l’épisode, diffusé le lendemain de l’élection, on ne pouvait s’empêcher d’observer d’un oeil nouveau cette expression de la culture du secret, caractéristique pourtant fondamentale du personnage d’Oliver Queen. Queen a eu connaissance assez tôt de l’existence et des agissements de Prometheus. Il choisit dans un premier temps de ne partager ces informations uniquement qu’avec les membres de son « premier cercle » (Felicity et John). Quand son équipe de nouvelles recrues réalise qu’elle a été laissée dans l’ignorance, ça rouspète sec bien entendu. Cerise sur le gâteau, via Prometheus, elles en apprennent un peu plus sur le passé d’Olivier, un homme capable de tuer de sang froid, ancien adepte d’une justice pour le moins expéditive. Oliver a beau se défendre, c’est du passé tout ça, bla bla bla, il n’en faut pas plus à son équipe pour le taxer de sale hypocrite. Il les a sorti du ruisseau en leur prônant la droiture morale et les vertus de l’esprit d’équipe, mais se révèle incapable de partager le moindre fragment d’information et a lui-même eu par le passé la gâchette un peu facile pour pourfendre du dealer de came. (Détail qui a son importance : si de nuit Oliver arpente les rues sous la capuche vert bouteille du Green Arrow, de jour il occupe la fonction de Maire de Star City.)

Oliver est dévasté, il ne comprend pas, il doute. « Pourquoi ne me font-ils pas confiance ? ». Et John, son sidekick de toujours, a beau lui affirmer, aux détours d’une séance de muscu, qu’il a disparu cet Oliver qui décimait sans ciller de l’homme d’affaires véreux, qu’il peut s’ouvrir aux autres désormais, force est de constater que les habitudes ont la vie dure. Oliver reste un renégat accro à la dissimulation. Ce culte du secret, de la compartimentation, même alimenté par de nobles intentions, peut souvent être perçu comme un symptôme de mégalomanie rampante, l’intime conviction d’être le seul à pouvoir juger convenablement d’une situation donnée, aussi critique et complexe soit-elle.

Si on peut éclaircir la défaite d’Hillary Clinton à l’élection présidentielle américaine par une multitude de facteurs, cette impression d’opacité qu’elle a pour beaucoup dégagé n’a vraisemblablement pas aidé. L’électeur est un bien étrange individu. Si il ne demande pas à tout savoir (on élit des gens pour ça), il demande à ses leaders de dégager ne serait-ce que l’impressiond’une transparence. Et qui de mieux pour délivrer un tel frisson qu’un ex-champion de la télé-réalité, ce travestissement du vrai dont personne n’est dupe mais pourtant si divertissant ? Prometheus apparaît dans l’épisode. Il avance masqué, certes, mais n’en reste pas moins lisible, car pulsion de mort, identifiable dans son absolutisme. Les nouvelles recrues d’Oliver ne doutent pas de leur volonté de combattre Prometheus, mais refusent de le faire sous les ordres d’un leader dont chaque parole est potentiellement appelée à être remise en doute, réévaluée à la lumière d’informations encore inconnues.

Les scénaristes d’Arrow, appelés à dérouler du script au kilomètre à longueur de saison, ont-ils vraiment eu toutes ces implications en tête en pondant cet épisode ma foi fort réussi ? Il est probable que non. Les séries du Arrow-verse, quand elles s’essaient à la métaphore politique, se montrent rarement aussi subtiles. (cf. ce récent épisode de Supergirl dans lequel la Présidente des Etats-Unis est interprétée par Linda Carter, ex-Wonder Woman…). Et pourtant… La scène centrale de l’épisode voit Prometheus provoquer un mouvement de panique sur une place de marché. À vrai dire, le Grand Méchant n’est même plus là. Ce sont des quidams qui, pris d’hallucinations, tirent en l’air alimentant ainsi la psychose générale. Le Green Arrow s’interpose et commande à l’un des hommes de lâcher son arme. Il refuse, invoquant le Second Amendement.

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