Je suis un chic type

J’ai réalisé hier soir que j’ai le syndrome du chic type.

Anys Mechkar
Oct 24, 2019 · 4 min read

Je pensais être bon par nature, par valeur.
Je me rend compte que je suis bon par peur. La peur de ne pas être accepté.
Je suis bon par besoin. Le besoin d’être aimé.

C’est douloureux comme prise de conscience. C’est infiniment douloureux.
Et en même temps, c’est si libérateur.
Je vais pouvoir dire “Non”, sans regrets, sans me demander 600 fois si j’ai été juste, ou si j’ai blessé.

Je vais pouvoir arrêter de constamment me remettre en question. Et avancer. Construire. Faire. Faire plus. Faire des erreurs. Être imparfait. Parfaitement imparfait.

Je vais pouvoir écrire, dire, chanter, dessiner, peindre, parler, entreprendre, créer sans penser à ce que l’on peut penser. Sans vouloir contrôler. Sans vouloir anticiper. Juste parce que j’en ai envie.

Parce que je suis désormais convaincu que ce dont j’ai envie, c’est ce qui est juste. Parce que je n’ai plus honte de ce dont j’ai besoin.
Parce que j’ai trop longtemps vécu avec l’idée que si je ne faisais pas attention, je pourrais être mauvais.
Que par nature, je serais mauvais.
Ou encore pire, que l’on pourrait me trouver mauvais sans l’être.
Mais je ne suis ni bon, ni mauvais, ni une victime.

Je suis.

Je suis.

JE SUIS.

Le simple fait de dire “JE SUIS” me donne de la substance. Cette substance rempli mon ventre, mon coeur et ma gorge et fait vibrer mes bras. Plus cette substance se répand, plus elle atteint mes jambes qui se raidissent de ce trop plein dont elles n’ont pas l’habitude.

J’ai pris l’habitude d’avoir les bras vides. Ils font mais ils ne sont pas. Ils ne sont pas car ils ne sont pas en lien. Ils vivent de manière séparée. Séparés par un sas dont la tête est le videur. Ce videur évalue toute les impulsions pour déterminer si elles sont bonnes ou pas à être transmises aux bras. Il n’y a pas de spontanéité et beaucoup de jugement. Mes bras vivent la frustration et le totalitarisme.

Le totalitarisme de la bienséance. Le totalitarisme de la honte de soi et de ses désirs. Le totalitarisme de la honte de ses émotions. Le totalitarisme de la retenue et du contrôle.

Mes bras et tout particulièrement mon bras droit est sclérosé. Il ne peut pas s’exprimer. Il est d’ailleurs content de pouvoir en parler en tapant sur ce clavier.

Mes jambes sont vides aussi. Elles sont très fonctionnelles et agiles. Mais elles sont vides. Elle n’ont pas de caractère. Elles sont lisses. Et elles ne sont pas autorisée à trop s’affirmer. Elles sont volantes et volatiles. Mes pieds ont d’ailleurs décider d’avoir de la compagnie tellement ils s’ennuient.

Alors non, ce n’est pas si terrible. Je suis en bonne santé et je suis heureux. Et j’aime mon corps. Au moment, ou j’écris tout cela, c’est déjà presque derrière moi. Mais j’ai besoin de vous le partager.

C’est presque derrière moi car cela a pris du temps. Cette prise de conscience n’est venue ni d’elle même, ni du jour au lendemain. C’est le résultat d’une longue fouille archéologique. D’un escape game, grandeur nature. D’un travail d’enquête digne des meilleurs thrillers.

Qui aurait cru que ce serait si palpitant d’apprendre à se connaitre. Non, sérieusement, c’est vraiment drôle. Je me prends à rire tout seul en me rendant compte d’à quel point la vie est surprenante. D’à quel point, on peut être ignorant à propos de tout. Et surtout à propos de soi.
Et franchement, tant mieux. Sinon on se ferait tellement chier. Encore faut-il vouloir se prêter au jeu.

La clé dans cette incroyable investigation, c’est de ne pas s’attacher. De ne s’attacher à rien. Ni à ce qu’on a, ni à ce qu’on croit avoir. Et surtout pas à ce qu’on est, ou encore pire à ce qu’on croit être.

Avant de dire “JE SUIS”, j’ai dit pendant longtemps, “JE NE SUIS RIEN, JE SUIS TOUT”. Histoire de pouvoir être tout et rien à la fois. Histoire d’être transparent. C’est seulement en étant transparent que l’on peut se voir à travers.

Cela demande du détachement. Il faut accepter que l’on n’existe pas comme on pense vraiment exister. Il faut accepter que nous sommes l’expression de la vie. Que la vie est un phénomène. Et que l’expression d’un phénomène est aussi un phénomène en soit. Vous êtes des phénomènes. Nous sommes des phénomènes. Point.

Et un phénomène est éphémère. Il est tout à fait impermanent. Vous êtes impermanents. Nous sommes impermanents. Point.
Et lorsque l’on prend conscience de cela, on se donne la possibilité d’être autre chose que ce que l’on croit être.
Bien évidement ce n’est pas aussi évident que ça. Mais y croire, c’est la condition indispensable à la transformation.

Cela implique d’apprendre à se connaitre sans s’attacher à ce que l’on découvre. Cela implique d’accepter d’avoir une identité fluide, changeante, polymorphique.

J’ai eu pendant longtemps la sensation de ne pas être. D’être étranger à ce corps et à cette vie. De n’être qu’un spectateur. Un observateur. Et cela m’a aider à avoir cette identité fluide.

J’ai toujours aimé être seul. Face à moi-même. Pour faire le vide et naviguer dans les univers que mon imagination me fournissaient. Cette solitude m’a permis de me détacher du monde et d’observer plus profondément à l’intérieur.

Le silence permet d’entendre notre petite voix intérieure. Le silence est d’autant plus précieux quand nos vies, dans toutes leurs dimensions, sont devenues si bruyantes.

Je vais d’ailleurs arrêter de faire du bruit et vous laisser à votre silence.

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