Chapitre 1 : Dans les coulisses de la campagne d’Hillary Clinton

Ce mardi, les partisans d’Hillary Clinton se réunissent pour un “Phone Bank” dans un café d’Irvine. Objectif : appeler le plus d’électeurs possible pour connaître leur intention de vote et vanter les mérites de leur favorite.

Au “Panera Bread” d’Irvine, une trentaine de pro-Hillary planchent sur leurs devoirs. ©A.P.

J-56 avant les élections. Dans l’État de Californie, les volontaires s’activent. Ce 13 septembre, ils se réunissent dans un café en bordure d’un centre commercial d’Irvine. Une jeune femme en tailleur et escarpins tente de couvrir le bruit ambiant en haussant la voix : “Venez vous inscrire, récupérez un dossier puis rejoignez-moi dehors!”. Sur la terrasse, une trentaine de personnes participent au “Hillary Phone Bank”. Ils ont dans les mains un dossier avec les listes électorales et un argumentaire. Objectif : appeler le plus de foyers possible pour leur demander qui ils soutiendront le 8 novembre.

“S’ils sont Républicains, ne rentrez pas dans le conflit, remerciez les poliment du temps accordé et raccrochez”, prévient l’organisatrice. Ceux qui intéressent les volontaires sont les soutiens d’Hillary, qu’ils encouragent à ne pas oublier de voter et à rejoindre leur équipe. Mais surtout les indécis. Car Irvine compte plus de personnes non affiliées à un parti que de Démocrates ou de Républicains. Ni à gauche ni à droite, ils votent pour le candidat qui les séduit. Ces “unaffiliated” ou encore “independents”, comme ils sont appelés aux Etats-Unis, représentent plus de 32% dans cette ville au sud de la Californie.

“S’ils sont Républicains, ne rentrez pas dans le conflit, remerciez les poliment du temps accordé et raccrochez”

Pour les convaincre, les volontaires ont une batterie de phrases toutes prêtes vantant les mérites d’Hillary : “Elle s’est battue pour les enfants et les familles toute sa vie”, “En Arkansas, elle a aidé à réformer des écoles parmi les plus pauvres du pays”, ou encore “Hillary sait que l’Amérique est plus forte quand tout le monde a l’opportunité d’utiliser son potentiel — c’est le genre de leader qu’est Hillary, et le genre de présidente qu’elle sera”.

Une élection “différente”

Si beaucoup d’appels restent sans réponse, les électeurs sont plutôt “réceptifs”, témoigne Jacqueline Carr, une jeune volontaire. “C’est mon deuxième Phone Bank, et je suis déjà tombée sur plusieurs personnes qui ont accepté de devenir volontaires”, se réjouit-elle. Jacqueline n’est pas venue seule : elle est accompagnée de sa sœur, de sa mère, et de sa grand-mère. Caroline, la maman, explique : “mes parents étaient très engagés politiquement, ce qui a porté mon activisme. Maintenant, j’encourage mes filles à faire pareil”.

A elles quatre, elles devraient obtenir de bons résultats. Sur leur table trône la troisième partie du dossier remis par les organisateurs : la fiche de comptage. Elles notent le nombre de personnes qui ont décroché, le nombre de personnes avec qui elles ont eu une conversation, et celles soutenant Hillary. Dans le seul État de Californie, une vingtaine d’événements de ce type ont lieu chaque semaine.

Les trois générations de la famille Carr militent pour l’élection d’Hillary Clinton. ©A.P.

Un engouement lié à cette élection “différente des précédentes”, explique Mitra, une volontaire qui s’apprête à passer son premier coup de téléphone. “J’ai toujours voulu Hillary Clinton comme présidente. Mais là, nous en avons vraiment besoin”, glisse-t-elle d’un air entendu. Si elle frissonne à l’idée de Donald Trump comme président, elle est persuadée que les États-Unis seront “un meilleur pays” avec Hillary à leur tête. “Elle a fait beaucoup pour la santé et l’éducation en tant que secrétaire d’État [entre 2009 et 2013 ndlr]”, assure la retraitée, qui milite sur les réseaux sociaux et verse régulièrement des dons.

“J’ai toujours voulu Hillary Clinton comme présidente. Mais là, nous en avons vraiment besoin”

Au bout d’une heure, la terrasse du Panera Bread est devenue un centre d’appels. Rivés sur leurs fiches, les volontaires, majoritairement des femmes, enchaînent les coups de fils. De temps en temps, l’une d’elles s’exclame. “Je viens de me faire insulter!”, lance une cinquantenaire. Puis c’est au tour de Mitra de lancer dans un rire jaune : “Il a juste dit “TRUMP” avant de raccrocher”. A 56 jours des élections, Hillary Clinton et Donald Trump sont donnés au coude à coude dans les sondages. Ce soir, chaque appel compte.