Chapitre 5 : A la rencontre des électeurs du Nevada

Ce samedi 22 octobre, le vote anticipé pour la présidentielle débute. A cette occasion, des volontaires de la campagne pro-Hillary Clinton affluent de tous les Etats-Unis pour rencontrer les électeurs de “battleground States”. Ces Etats, dont le résultat est encore incertain, peuvent faire basculer le score des candidats. Le Nevada est l’un deux.

Les volontaires californiens ont fait onze heures de route pour soutenir Hillary Clinton et son coéquipier Tim Kaine dans le Nevada. ©A.P.

S ix heures du matin. Dans la nuit glacée, une quarantaine de volontaires se pressent autour de Roxana Akbari, jeune membre de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton. Etudiants, retraités et jeunes actifs se sont donné rendez-vous pour une journée de porte à porte ce samedi 22 octobre. Aujourd’hui débute le “early voting” : il est désormais possible de voter en avance pour le président des Etats-Unis, et ce jusqu’au 4 novembre. Le jour officiel de l’élection aura ensuite lieu le 8 novembre.

Encore à moitié endormis mais portés par leur mission, les volontaires font connaissance en montant dans un bus affrété pour l’occasion. Direction Las Vegas, dans le Nevada. Si ces Californiens se déplacent jusqu’au “Silver State”, ce n’est pas pour rien: le Nevada est ce qu’on appelle un “battleground state”. Le score, très serré entre Hillary Clinton et Donald Trump, pourrait déterminer l’issue de l’élection présidentielle. A ce jour, 44% des électeurs sont en faveur de Clinton et 42% de Trump.

Malgré les lumières éteintes, une organisatrice s’élance dans l’allée du bus pour distribuer des tasses de café estampillées Starbucks. La fatigue s’efface au profit des discussions, chacun racontant la raison de son engagement. Steven Emil, professeur à la retraite, explique: “je suis non-partisan, et pourtant je suis là aujourd’hui. Avec Trump comme président, on aura droit à un système scolaire à deux vitesses. Ce gars ne propose que des mesures en faveur des riches”.

“L’objectif est de parler au maximum d’électeurs possible pour s’assurer qu’ils iront voter”

Cinq heures plus tard, les casinos et hôtels luxueux de Las Vegas se dessinent à l’horizon. Le bus s’agite à la vue de la Trump Tower. Des néons forment les lettres TRUMP sur cet imposant bâtiment qui seconde l’autre Trump Tower, à New York City. Les quartiers généraux de la campagne d’Hillary sont situés en bordure de la ville. A l’arrivée des volontaires, une trentaine de personnes déjà présentes applaudit avec enthousiasme: “Merci! Merci à tous d’être là!”, crie une militante en distribuant des stickers “Hillary-Kaine”.

Les supporteurs d’Hillary tentent de convaincre les électeurs de voter dès ce 22 octobre. Lors de la période de vote anticipé, ils peuvent se rendre dans tous les bureaux de vote de leur comté. ©A.P.

A l’intérieur, les murs sont recouverts d’affiches pro-Hillary. Le visage de la candidate est peint sur l’un d’entre eux. Les volontaires se congratulent, se prennent en photo, avant qu’une organisatrice ne prenne la parole. “L’objectif est de parler au maximum d’électeurs possible. Nous allons vous distribuer une liste de noms avec leur adresse et des éléments de langage. Tous sont démocrates ou indépendants. Assurez-vous qu’ils iront voter, et présentez leur les candidats démocrates pour le Congrès et le Sénat”, explique la jeune femme. Car même si Hillary prend la tête du pays, un Sénat majoritairement à droite l’empêcherait de mener à bien ses réformes.

Chaque volontaire reçoit une liste d’électeurs, des éléments de langage, des flyers et la liste des bureaux de vote. A la fin de la journée, il doit compléter sa liste en comptabilisant chacune de ses entrevues. ©A.P.

Une fois la présentation finie, les volontaires s’élancent vers la sortie, clamant le nom de la candidate démocrate. Dehors, les organisateurs forment une haie d’honneur, tapant dans la main de chaque militant sortant de la salle. Par groupe de deux, ils se répartissent les quartiers, principalement dans la banlieue de Las Vegas. Andrea Rodriguez, la trentaine, est une fervente supportrice d’Hillary. “J’attends sa victoire depuis toute petite”, assure la jeune femme, avant de taper à la première porte qu’on lui a attribué. Mais pas de réponse. Le premier obstacle de cette journée de mobilisation ne sera pas la mauvaise volonté des électeurs, mais plutôt toutes ces portes restées closes.

Andréa Rodriguez travaille pour une organisation non-gouvernementale. Elle consacre le peu de temps libre qui lui reste à militer pour Hillary Clinton. ©A.P.

Après une dizaine d’essais infructueux, un jeune homme à barbe rousse et chemise à carreaux lui ouvre la porte. Un bambin blond déambule à quatre pattes sur le sol. “Oh mon Dieu, qu’il est mignon!”, s’exclame Andréa en s’agenouillant. La jeune femme prend son temps, demande le nom de l’enfant, gagnant ainsi la bonne humeur de sa cible. “Je suis une volontaire de Nevada Together with Hillary, enchaine-t-elle avec un sourire ultra bright. Je crois savoir que vous êtes un supporter?”. “Tout à fait!”, confirme le jeune papa. “Génial!”, reprend Andrea, “pouvons-nous compter sur vous pour l’élection?”. Le trentenaire acquiesce à nouveau, pour le plus grand plaisir d’Andréa, qui sort de son sac un flyer recensant les bureaux de vote et les horaires d’ouverture.

Trois solutions sont possibles : le vote anticipé en personne, qui débute ce jour, le vote par mail, ou le vote en personne le jour de l’élection. Andréa détaille les modalités et rappelle qu’un bus peut le déposer au bureau de vote, au cas où il ne disposerait pas de voiture. L’objectif est d’organiser jusqu’au jour, l’heure et le lieu où les électeurs déposeront leur bulletin.

Steven Emil est un supporteur de Bernie Sanders. Mais conscient que le socialiste ne parviendrait pas à rassembler tous les Américains, il a choisit Hillary Clinton. ©A.P.

“Si tu ne votes pas, c’est comme si tu glissais un demi bulletin pour Trump!”

Au pas de charge, chaque volontaire sonne aux quarante portes qui lui ont été attribué et répète le même discours. Si le citoyen est encore indécis, la conversation devient plus personnelle, le militant expliquant pourquoi il a choisit Hillary Clinton. Steven Emil, tout juste retraité, a pour habitude de citer ses amis. “Vous n’êtes pas sûr de voter? Voulez-vous vraiment Donald Trump comme président? Vous savez, quand mon ami Christine me dit qu’elle ne vote pas pour Trump, mais qu’elle ne supporte pas Hillary pour autant, je lui réponds: mais tu sais Christine, si tu ne votes pas, c’est comme si tu glissais un demi bulletin pour Trump!”, raconte-t-il avec aisance. La plupart du temps, les électeurs acquiescent, réceptifs. Les petites mains de la campagne d’Hillary ratissent ainsi la ville jusqu’à la tombée de la nuit.

Si la porte reste close, le volontaire colle un sticker rappelant les dates du vote anticipé. Puis il dépose un flyer listant les bureaux de vote sur la poignée de porte. ©A.P.

“Nous avons toqué à 2 000 portes!”

A 18h30, rendez-vous aux quartiers généraux pour un débriefing. Epuisés mais satisfaits, les militants se servent en fruits et en snacks tout en se racontant les anecdotes de leur journée. “Il m’a dit : Hillary ira en enfer, vous irez tous enfer!, avant de me claquer la porte au nez”, raconte en riant un cinquantenaire. Alors que le brouhaha se calme progressivement, une organisatrice prend la parole : “Bravo à tous, nous avons battu un record! Aujourd’hui, nous avons toqué à 2 000 portes! Bravo!”. La salle applaudit avec entrain avant de scander en cœur : “Qui va gagner? HILLARY! Qui va gagner? HILLARY!”. Rendez-vous est donné pour les prochains portes à portes, le lendemain puis le week-end suivant. Les militants ne s’accorderont aucun répit jusqu’au grand jour, le 8 novembre.