Chapitre 7 : Soirée cauchemardesque chez les démocrates

Ce mardi 8 novembre, jour officiel de l’élection, le Parti Démocrate du Comté d’Orange (Californie) accueille une soirée électorale à Santa Ana. Badges et t-shirts au logo “Clinton — Kaine”, piñata en forme de Donald Trump et plus de 400 sympathisants: tout était réuni pour une nuit de célébration. Avant que Donald Trump ne remporte 279 votes du Collège Electoral.

Plus de 400 sympathisants démocrates se sont réunis à Santa Ana pour suivre les résultats du vote, mardi 8 novembre ©A.P.

J’ai l’impression d’être en 1933 quand Hitler a été élu”, lâche avec dépit George Rivera, les yeux rivés sur l’écran géant installé par le Parti Démocrate du Comté d’Orange pour leur soirée électorale à Santa Ana. Sa femme, particulièrement volubile au début de la soirée, se tient immobile sur un canapé noir. Ses yeux sont humides. Au bout de quelques minutes, elle chuchote: “on peut partir maintenant?”.

Il est 22h30 ce mardi 8 novembre, et la plupart des 400 participants ont déjà quitté l’événement démocrate. La salle, encore emplie de gens et de gaité quelques heures auparavant, est aussi déprimante qu’un appartement un lendemain de fête. Des assiettes et des verres à moitié pleins jonchent les tables. Les quelques personnes encore présentes sanglotent au téléphone.

“On essaie de ne pas y penser”

Seules deux femmes discutent et rient pendant que des enfants jouent autour d’elles. Devant leur table, l’écran affiche le score de Donald Trump: 244 grands électeurs. A 270, il est élu. Avec seulement 215 grands électeurs pour Hillary, les jeux sont quasiment faits. “On essaie de ne pas y penser”, explique Roberta Flores, une quarantenaire d’origine mexicaine. Les deux femmes se conduisent comme si elles étaient amies depuis des années, mais se sont pourtant rencontrées il y a quelques heures. “C’est toute la beauté de ce pays”, continue Roberta, “elle est blanche, je suis Mexicaine, ma fille est homosexuelle, et son ex-mari, qui est transgenre, est désormais une femme. J’aime cette diversité et la façon dont on s’accepte tous. Donald Trump va détruire cette tolérance”, assure-t-elle.

“Nous sommes trois générations pro-Hillary : ma mère, moi-même, et ma fille Viviana “, déclare fièrement Roberta Flores (à droite). ©A.P.

Le programme d’immigration de Trump, qui prévoit d’expulser les résidents illégaux, l’effraie particulièrement. “J’ai beaucoup d’amis, de voisins, ou d’amis de ma fille, qui sont sans-papiers. Donc je me sens concernée, même en tant que citoyenne américaine”, explique-t-elle. “Ces gens vivent ici depuis des années, il n’ont même pas de famille ou de logement au Mexique!”, s’offusque Roberta. Elle s’inquiète du sort de leurs enfants : vont-ils rester aux Etats-Unis? Qui v’a s’occuper d’eux? “C’est stupide, ils vont être un poids pour la société”.

Flores imagine un futur où ces enfants se rappelleront de cette politique raciste et deviendrait eux aussi démocrates. Pour l’instant, elle accepte le résultat. Donald Trump, qui a atteint les 270 grands électeurs, est officiellement son nouveau président. Roberta affirme cependant qu’elle se battra contre toute loi inconstitutionnelle en saisissant la Cour suprême.

La Californie, Etat historiquement à gauche, a été remportée par Hillary Clinton. Mais ces 55 grands électeurs n’auront pas suffi à la donner gagnante au niveau national. ©A.P.

Kimberly Myers, sa voisine de table, avait prévu de déménager en Angleterre en cas de victoire de Trump. “Mais ils ont voté pour le Brexit là-bas, se désole-t-elle. Je ne peux pas vivre dans ce monde raciste…”. Kimberly avait déjà remarqué le racisme latent des Américains. Mais depuis que Trump utilise cette rhétorique, ils n’ont plus peur de le dire à voix haute. “Je regarde ma meilleure amie, et je me dit : qui es-tu?”, raconte Kimberly. Quelques jours avant l’élection, sa fille lui a raconté qu’à l’école, des enfants criaient à un petit garçon Mexicain: “de toute façon tu vas rentrer dans ton pays!”. “Quel genre de message Trump envoie à nos enfants?”, s’inquiète-t-elle.

“Une honte pour notre pays”

“Ce mec est une honte pour notre pays”, confirme George Rivera, qui est venu avec sa femme d’Huntington Beach. George a toujours été Républicain. Mais après le premier débat présidentiel, en septembre, il a changé de camp. “Je vote pour un candidat, pas un parti. Trump est incompétent et extrémiste”, explique-t-il. Il y a deux semaines, George a voté pour Hillary Clinton. Apparement, cela n’a pas été suffisant : ce mardi, Donald Trump aura remporté 279 grands électeurs, contre 228 pour Hillary Clinton. “Maintenant mon seul espoir est qu’il choisisse un bon cabinet pour gouverner”, ajoute George avant de quitter la salle.

Brooke Genser et Tiffany Mendez, deux jeunes femmes en tailleur, sont assises quelques mètres plus loin. Les deux amies ont l’air perdues, assises seules sur ce long canapé noir. Que faire maintenant? Brooke répond dans un rire nerveux : “Boire. Beaucoup”.