Pourquoi j’ai fait 2 hackathons en 3 semaines ?

Et d’habitude je n’aime pas ça

Je suis Data-Scientist (cf. le job le plus sexy du moment). Pour faire simple je produis de la valeur et réponds à des problématiques grâce aux données informatiques. Je ne vais pas m’attarder sur la description de mon métier, ce n’est pas le but ici. Je vais plutôt vous parler de hackathons et pourquoi j’ai suis content d’avoir passé deux week-end dans le noir au lieu de profiter de la plage.

Un hackathon est un regroupement de personnes ayant des compétences particulières qui travaille à résoudre une problématique de façon collaborative et innovante sur une durée limitée (définition personnelle). Ce genre d’évènement est devenu très à la mode de sorte que je reçois autant d’invitations que de week-end dans le mois… C’est devenu tellement hype que les grosses entreprises s’y mettent et qu’il est synonyme d’innovation et argument de communication.

“Si tu n’as pas fait d’hackathon, tu n’es pas innovant.”

Le problème avec ce genre d’évènement, c’est que l’on demande à des personnes compétentes et passionnées de passer leurs week end à travailler sans dormir contre quelques pizzas gratuites… Les remerciements d’un manager en costard cravate ayant pris quelques heures de son dimanche semblent suffisants ainsi que pour les vainqueurs des potentiels bons d’achats.

Demandez à un serrurier de venir le week-end pour changer votre serrure. Proposez lui une pizza / red bull en guise de salaire et observez sa réaction

Vous l’aurez compris, j’ai quelques a priori et ce billet résume ma pensée. J’ajouterais que de plus en plus les hackathons se font phagocyter par des consultants aux beaux slides et aux idées creuses avides de contacts professionnels. Après avoir lu ces quelques lignes, vous connaissez ma position sur le sujet, cette mise au point était importante pour la suite.

Mais alors pourquoi avoir passé deux week-end avec un temps de sommeil proche de zéro, dépenser de l’argent dans les transports alors que j’aurais pu profiter des terrasses et de l’été indien Bordelais ? La réponse est simple, il faut savoir passer de l’idée à l’action si l’on souhaite améliorer les choses (David Bruant).

Hackallocs crédit photo : Tales Romain

#Hackallocs

Les 2 et 3 Octobre était organisé par Etalab le premier hackathon des Allocation familiales à Paris. Etalab n’est pas à son premier coup essai dans l’évangélisation de l’open data des structures publiques (Assurance Maladie, Douanes…). En plus des données disponibles sur le portail data de la CAF, des données confidentielles réservées pour l’évènement étaient présentées afin de fournir aux participants un maximum de contenu.

Etant particulièrement sensible sur le sujet de l’open-data et notamment en ce qui concerne les administrations publiques, cela fait un premier point positif pour m’y rendre. Mais celui-ci n’est pas le principal. Vous êtes vous déjà rendu à la CAF ? Avez vous un ami qui vous à parlé de ces mésaventures avec la CAF ? La réponse est probablement oui car plus de 30 millions de citoyens sont concernés. Le jury étant composé de plusieurs directeurs de la CAF ainsi que de Henri Verdier (directeur interministériel du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat, ancien directeur d’Etalab), vous avez rarement l’occasion d’avoir l’attention de toutes ces personnes.

C’est à ce moment que le leitmotiv “passer de l’idée à l’action” prend tout son sens. On vous donne l’occasion de poser une brique pour améliorer un édifice, il faut la saisir. Se plaindre de la #CAF est une chose (cela fait d’ailleurs partie de mon analyse) mais essayer de l’améliorer en est une autre.

85 milliard d’euros ont été versés en 2014 par la CAF et pourtant les citoyens ne l’aiment pas. A côté la Française des jeux est un petit joueur ! (punchline pour mon pitch, true story)

Pour revenir sur le hackathon en lui-même, il n’y avait pas de problématiques posées par les organisateurs. C’était aux participants de proposer des idées. A ce moment vous avez deux choix : Essayer d’améliorer un processus existant (sachant que que les processus de la CAF peuvent être complexes et demandent une connaissance métier approfondie) ou bien apporter un nouvel axe. J’ai opté pour le second.

La CAF dispose de données sur la moitié des Français avec une profondeur temporelle et une géolocalisation au niveau des villes. Si en plus vous enrichissez ces données, vous obtenez une big picture sociologique de la France et des Français. En adoptant une approche orientée user centric (placer le citoyen au centre de la problématique), vous aurez une meilleure compréhension de celui-ci et de facto un meilleur service. Ça c’est la théorie, maintenant en un week-end, le projet est vaste !

Vous l’aurez compris, trouver une solution miracle en 48 heures est parfois compliqué. Par contre pouvoir faire passer un message aux décisionnaires et les pousser dans la voie de l’ouverture des données est encourageant ! C’est l’occasion de les interpeler et de les soutenir dans cette voie.

“Vous êtes les nouveaux les acteurs de la 3ème révolution industrielle

Vous trouverez sur ce github une partie des données utilisées durant ce hackathon.

DisruptiveBDX crédit photo : Philippe Weickmann

#DisruptiveBDX

Le 16 & 17 Octobre se déroulait au Node la première Hack Night Digital Art organisée par Ants. Ici on est dans le hackathon de garage, du raspberry, de l’imprimante 3D, des capteurs et projecteurs sont à disposition de chacun. Un rassemblement d’artistes, codeurs, hackers et architectes généralement séparés par leurs compétences se retrouvent en un lieu commun. Le message est clair, il faut créer, bousculer bref en un mot disrupter la ville.

Dans les hackathons classiques, on retrouve en général une présentation de l’entreprise et du thème avec son lot de slides en guise de démarrage. C’est presque un rituel afin de ré-affirmer la motivation des organisateurs et tacitement rappeler quelques obligations. Alors qu’un apéritif est offert à la fin de l’épreuve pour remercier les personnes de leur participation et terminer sur une note de convivialité. Les disrupteurs sont accueillis à l’évènement par une tireuse à bière trônant fièrement au centre de la salle. Casser les règles, le mouvement est donné.

Alexandre Vallette le martèlera encore par la suite “il n’y a pas de règles, pas de limites. Vous avez un problème on le résout ensemble” durant une brève présentation faisant office de kick off (et vous l’aurez compris sans power point).

Si tout semble sous contrôle, c’est que ça ne va pas assez vite

Ce mouvement de playable city venant tout droit de Bristol et ramené à Bordeaux par Timothée Buisson sent bon la création. Les participants ont les yeux brillants comme des enfants qu’on amène pour la première fois à un cirque. C’est rafraichissant.

Des groupes se forment, les problèmes et solutions fusent. La motivation de pouvoir impacter la ville est puissante, presque une révolution pour le citoyen qui reprend le contrôle de sa cité. L’évènement se termine par la présentation des projets : beaucoup de rires et de plaisirs. Pas de jury, pas de prix.

Le Scream Pong !

Pour plus de détails je vous laisse lire le résumé :

Vous trouverez aussi les récits de @fxbodinHack Night Digital Art ou La ville nous appartient” et celui de @MelieGoodDisruptive Bordeaux”.


Le point commun entre ces deux hackathons ? L’impact que vous pouvez engendrer. La moitié de la population française et un budget supérieur à la fortune de Bill Gates du coté de la CAF. Pouvoir jouer avec une ville entière du coté de DisruptiveBDX. On a le droit de rêver intimement à changer le monde non ?

Maintenant est ce que ça vaut le coup d’avoir passé ces deux week-end dans le noir ? Est ce qu’en étant à la plage j’aurais pu changer les choses ? A vous de me le dire.


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