La microaventure pour préparer la Grande Aventure

“Il faut dire que j’ai toujours adoré les Mr. Freeze”

A l’heure où les shorts, les tongs et les mojitos sont légions, je te propose d’enfiler ton anorak, de te visser la chapka sur les oreilles et de chausser les skis de rando. On part avec Valentin pour une expédition au Groenland. De retour d’un périple de 600km engloutis en 30 jours avec pour chacun des 5 Aventuriers de l’équipage, 90kg de matos à traîner. Valentin nous parle de cette expérience unique et de sa préparation !

On peut choisir la microaventure juste pour le plaisir de s’évader, c’est mon cas aujourd’hui, mais on peut aussi choisir la microaventure dans un objectif plus grand, plus ambitieux, plus exigeant !

Que ce soit pour se préparer physiquement ou mentalement, pour se familiariser avec le matériel ou l’environnement naturel les microaventures ont toute leur place dans la préparation de votre grande Aventure. Voilà tout l’intérêt de cet échange avec Valentin :)

A nous deux !

Pour commencer, bravo à toi et à tes compagnons d’Aventure pour cette très très belle expédition ! Peux-tu nous parler de ce projet ?

Notre rêve était de traverser la calotte glacière Groenlandaise d’Ouest en Est.

Cela implique de parcourir une distance de 600km en totale autonomie. L’expédition est engagée puisque nous évoluons dans un milieu hostile et aléatoire. Les températures sont comprises entre -10°C et -30°C en réel, ce à quoi il faut encore soustraire l’effet du vent. Partir en autonomie totale est une nécessité car il n’y a pas âme qui vive dans ce désert de glace. Dans ces conditions, notre paquetage pesait 90kg que nous trainions sur deux pulkas. Il nous a fallu trente jours pour atteindre notre point d’extraction !

“Le choix des couleurs c’est les mêmes que pour les power-rangers ?”

Le succès de l’expédition a été incertain jusque dans les derniers instants, notamment à cause des tempêtes qui nous ont immobilisé cinq jours, des chutes de neiges importantes et des blessures.

L’expédition a été soutenue par de nombreux partenaires ce qui nous a permis de partager un maximum ce que nous avons vécu. Redbull, Gopro et Nixon nous ont suivi pour le côté extrême de l’aventure. Le cabinet Accuracy, le Bon Coin et Satys partageaient nos valeurs : celles du sport et de entrepreneuriat.

Comment l’idée est venue de se lancer dans ce projet et quels étaient les gros challenges ?

L’idée est venue d’un défi lancé en l’air lors d’une randonnée. Un an plus tard nous partions. C’est la preuve qu’une idée a priori folle peut devenir une réalité lorsqu’on la prend au sérieux !

A cette époque, nous étions deux camarades. Il nous fallait encore monter une équipe de braves !

“Voici donc les braves…”

Nous avons lancé un appel aux volontaires sur les réseaux sociaux et via notre page facebook. Nous avons été surpris de recevoir une vingtaine de candidatures ! Nous sommes évidemment partis avec les meilleurs, c’est-à-dire les personnes dont nous partagions les valeurs : engagement et humilité.

La première difficulté de la phase préparatoire a été de se procurer l’équipement adapté. Nous ne connaissions rien du milieu. Or, il nous fallait un matériel d’une haute technicité pour faire face au froid. Au prix de très longues heures passées sur internet et dans les magasins outdoor, nous avons finalement réuni notre attirail grand froid.

Ensuite il a fallu s’entrainer intensément : entrainement difficile, guerre facile ! Nous savions que le défi serait physique et surtout mental. Nous nous préparions à tenir. A durer. A affronter un froid extrême et constant, la solitude de longues heures de marche en silence et la perte de repère face à l’infini blanc.

“ Il y a comme une petite brise non ?”

Quel est le bilan de cette belle Aventure ?

En terme de bilan, la première chose qui frappe est la perte de poids indiquée par la balance à l’issue de la traversée ! Nous avons perdu 10% de notre poids, soit 8kg en moyenne. Le grand froid nous a imposé cette situation de déficit calorique et nous avons brûlé nos muscles pour avancer, malgré les 5000 calories englouties chaque jour !

Cette anecdote mise à part, le bilan est très riche. L’aventure permet de condenser une dose de vécu supérieure à celle que nous tirons de la vie quotidienne. Parce que nous avons été confrontés à des situations inédites, nous tirons de nombreux enseignements de cette expédition :

- Chercher le chemin de moindre résistance dans l’action, réserver la quête de la difficulté pour l’entraînement,

- Veiller les uns sur les autres, par empathie mais aussi pour éviter qu’une défaillance individuelle provoque l’échec collectif,

- Doser l’effort, être capable de marcher 14h quand les conditions sont bonnes et savoir s’arrêter à temps quand les conditions rendent les kilomètres difficiles,

- Être constructif face à l’erreur d’autrui, en soulignant la responsabilité collective et non individuelle,

- Neutraliser les menaces, même quand elles se présentent sous une forme inoffensive.

“C’est quand qu’on arrive ?”

Comment vous êtes-vous préparés pour cette expédition ?

C’était notre première grande aventure et nous avons multiplié les microaventures pour la préparer ! Je prendrai deux exemples.

Nous avons traversé le massif du Morvan en marche forcée. Il s’agit d’un format de marche jour + nuit à base de plages de sommeil courtes (environ 4h). Ce rythme permet de marcher beaucoup en un temps limité. Une microaventure très intense ! Cette marche était difficile car elle nous a porté à nos limites physiques en terme d’usure musculaire et de fatigue. Nous avons aussi souffert de blessures de marche : crampes, ampoules, points de compression. En à peine 36h nous avons parcouru 120km. Cet effort a clairement soudé le groupe en le confrontant à une première épreuve.

“Nous voulions nous confronter à un milieu extrême.”

Nous avons aussi dormi au sommet du Grand Ballon d’Alsace dans le cadre d’une randonnée d’hiver. Il faisait froid (-15°C), nuit, c’était la tempête. La visibilité ne dépassait pas 10 mètres. Nous voulions nous confronter à un milieu extrême et réussir un montage de camp sous un vent brutal. Objectif atteint ! Non sans peine. Avec un camarade, nous avons souhaité aller plus loin et tester nos sacs de couchage en dormant à la belle étoile. Nous étions abrité des bourrasques par un simple mur de neige, soigneusement érigé. Sensations garanties ! Au réveil, la tempête s’était dissipée et la vue était dégagée. La plaine d’Alsace et les Vosges s’offraient à nous, à perte de vue !

En complément de ces sorties je suivais un programme d’entrainement pour marathonien. Je me suis aussi imposé de nombreuses séances de gainage. Je voulais absolument que mon dos soit assez robuste pour supporter la charge du paquetage.

La grande Aventure, c’est du temps, de la préparation, de la logistique, de l’argent… je plaide moi pour la micoaventure, local, cheap, fun. Quelle est ta vision de la microaventure ?

On peut se dire « Pas de grande aventure sans microaventure ». C’est un peu comme dire : « Cours un Marathon sans jamais avoir terminé un 10km ! ». La microaventure « en série » permet de préparer de plus grands projets. Après tout, notre traversée du Groenland est une microaventure par rapport à une traversée du Pôle Nord !

Mais selon moi cette approche est incomplète. L’aventure « petit format » n’est pas seulement un moyen servant une ambition plus large, c’est avant tout une fin en soi !

C’est une fin en soi car dans chaque aventure il y a une dimension d’exploration, de découverte : de nouveaux paysages peu accessibles, de nouvelles sensations aux limites de nous-même, de nouvelles manières d’être et surtout de nouvelles idées qui émergent et nous poussent à agir différemment ! La microaventure ne remet pas en cause nos vies, elle n’est pas assez radicale pour cela. En revanche, elle nous permet de respirer et de retrouver le sens de l’action.

Je plaide donc aussi pour la microaventure en soi et en dehors de toute considération d’entraînement !

L’aventure peut tout à fait être locale. La nouveauté est souvent à proximité, juste devant nous. On peut même redécouvrir un terrain qui nous semblait familier en l’abordant différemment. Il faut simplement créer les conditions de l’exploration. Par exemple un approche nocturne, selon un état de fatigue avancé, pour un challenge sportif, un jeu d’équipe, etc.

Tu es un entrepreneur, comme les quatre autres aventuriers de cette expédition. Tu as donc un job, des contraintes personelles, professionelles… et pourtant tu arrives à concilier ta soif d’aventure avec tes impératifs. As-tu des conseils à nous donner ?

Mon approche est de concilier ces univers que tu listes, de chercher l’unité. Je dirais qu’il faut réussir à faire converger le professionnel, le personnel, l’aventure, etc.

Mon objectif est d’identifier les points de connexions entre ces mondes et de jouer avec. Au fond, je ne crois pas à la séparation entre la vie professionnelle, la vie familiale, la vie d’aventurier, etc. Ce sont des dimensions de nos vies qui communiquent, influent les unes sur les autres et s’enrichissent mutuellement.

Dans le cas de notre aventure, au-delà de la démarche personnelle qui était la nôtre, nous avons aussi assumé une dimension professionnelle. En nouant des partenariats de sponsoring, nous avons ainsi beaucoup partagé et échangé sur l’expédition dans un cadre professionnel. De nombreux enseignements de l’aventure sont transposables au monde de l’entreprise !

Dans ces conditions, le retour au travail a été une continuité de l’expédition et non pas un coup d’arrêt brutal. Ce partage d’expérience a provoqué des rencontres, opportunités professionnelles et développé de nouvelles amitiés.

Sur le plan familial, la distance imposée par l’aventure permet de consacrer des pensées neuves à ses proches. Au retour, le dialogue gagne en fraîcheur.

Merci Valentin !

Pour découvrir d’autres microaventures >>> www.microaventure.com