Une politique de la bienséance

Le postulat de la revanche

Le personnel politique adopte depuis bien longtemps une attitude partisane. Celle ci consiste à refuser de manière systématique tout projet de loi présenté par le gouvernement. L’opposition, qu’elle soit de droite ou de gauche, s’est ainsi enfermée dans des postures. Cette attitude a eu comme conséquence d’empêcher les réformes nécessaires et d’accentuer une division droite-gauche qui devenait de plus en plus artificielle. La majorité des députés de l’opposition n’avait qu’une obsession: faire échouer le gouvernement en place afin de pouvoir gagner les prochaines élections. Ce petit jeu ne pouvais qu’aboutir sur le long terme à un jeu à somme nulle. A peine arrivés aux affaires, les uns se pressaient de défaire ce que les autres avaient fait.

La volonté égoïste et obsessionnelle d’une importante partie de la classe politique de se faire réélire et prendre sa revanche a clairement paralysé le débat et la progression des idées.

Show-biz et politique

Lors de sa victoire aux présidentielles de 2007, Nicolas Sarkozy avait convié ses proches à célébrer celle ci au restaurant Le Fouquet’s . Bien qu’il soit facile de comprendre sa volonté de célébration, des voix se sont élevées pour critiquer ce choix. Ces critiques montraient déjà à l’époque le ras le bol des Français quant au comportement people des politiques. La une de Closer sur les rencontres secrètes de François Hollande avec Julie Gayet ou bien encore l’affaire DSK sont de parfaits exemples de ce vaudeville permanent qui se jouaient sous nos yeux. Nous étions ainsi devenus spectateurs avides de spectacles qui mettaient en scène la vie personnelle de ces hommes et femmes politiques devenus familiers.

Cette confusion du genre et la starisation des plus connus d’entre eux a amplement participé à la décrédibilisation du personnel politique.

De la réserve…

Il a souvent été dit pendant la campagne présidentielle qu’Emmanuel Macron n’était qu’un pur produit médiatique devant son succès aux couvertures des magazines. Or, quelques semaines à peine après son arrivée à l’Élysée, les Français ont pu constater que le président se faisait rare dans les médias. Cette position en retrait suit parfaitement les préceptes développés par Jacques Pilhan, conseiller de François Mitterrand. Ce premier avait alors théorisé la stratégie du désir qui consistait à ce que le président sélectionne strictement ses interventions qu’il entrecoupe de plages de silence.

Cette réserve de la parole présidentielle est déjà perçue comme une des marques de fabrique d’Emmanuel Macron, et nul doute qu’elle s’appliquera à l’ensemble du gouvernement. Même le très médiatique Nicolas Hulot se fait discret depuis sa nomination au gouvernement. En choisissant des ministres inconnus du grand publique, le président affiche clairement sa volonté de gouverner le pays dans la discrétion. Les hommes et femmes aux affaires sont recrutés pour leur compétences et non leur popularité dans les cercles parisiens.

…et de la modération

Le bouleversement politique constaté après les élection législatives montre un recentrage des idées au centre de l’échiquier. Paradoxalement, l’arrivée à l’assemblée des courants extrémistes représentés par JL Mélanchon et Marine Le Pen marquera le déclin de leur pensée politique. L’affaiblissement du parti Socialiste et des Républicains se fait au profit d’une plus grande distribution au centre. Cette nouvelle donne marque le début d’un courant modéré qui cherchera à dégager des consensus sur des grands sujets comme le marché du travail, l’école, la formation ou encore la défense nationale. Cette approche est radicalement nouvelle dans notre pays plus habitué à voir les courants politiques se déchirer à longueur de sessions parlementaires.

La création du groupe parlementaire des constructifs marque le changement d’attitudes d’une partie de la classe politique vers une plus grande modération. Ayant constaté que les Français ne voulaient plus de discordes purement tactiques, les membres de ce groupe affichent en début de quinquennat leur volonté de voter les lois qui iraient dans l’intérêt national. Leur refus d’adopter une attitude partisane est tout à leur honneur et permettra certainement une avancée considérable dans les réformes à engager.

Le temps de la sagesse et de la bienséance est enfin venu.