Carnets de voyage à Madagascar…
“Nosy Kely, ou le second rêve éveillé”
“Nosy Kely” signifie en Français “la petite île” : Morondava fait front au canal du Mozambique, et subit les assauts répétés de la mer, qui tout aussi dangereuse que belle dans cette partie du monde. Son port est situé à l’arrière du front de mer, protégé des fureurs de l’Océan…
Nosy Kely se niche entre ce front de mer et une lagune où s’élève une étrange mangrove (une forêt d’arbres dont les racines poussent dans l’eau salée, au sein de laquelle il n’est pas rare de voir des crabes noir anthracite prendre appui sur les premières branches jouxtant les flots…).
A l’extrémité sableuse de la lagune se trouvent des embarcadères branlants : s’y rendre en fin d’après-midi, lorsque la lumière est la plus belle, et le soleil moins brûlant, permet d’assister à de fort oniriques scènes de vie locale…
… Ce sont d’abord les allers et retours des pirogues à balancier, chargeant les femmes transbahutant les bassines de poisson sur la tête, souvent avec un bébé endormi se ballottant dans le creux du dos,et le visage jauni par le santal qui les protège des rigueurs de l’astre solaire (comme partout ailleurs dans l’Océan Indien, et tout spécialement dans les zones influencées par l’Islam).
Ensuite surgissent du large les boutres, ces grosses nefs de bois ventrues servant sur “l’île rouge” au transport de marchandises, si lentes et difficiles à manoeuvrer par leurs hommes d’équipage, s’arc boutant sur de longues perches à l’approche du chenal…
Entre ces lents navires slalomant au ralenti pour éviter l’éccueil fatal des bancs de sable blanc, circulent les rapides embarcations des pêcheurs “vezo” (l’ethnie dominante dans cette région du Menabe est celle des “sakalave”, qui furent rois en des temps meilleurs!), aux coques peintes de vives couleurs, et aux voiles souvent rapiécées à l’infini, cousues de tout ce qui peut être récupéré et mis ensemble pour faire prise aux vents.
Je m’assieds donc au bord d’un embarcadère, et rêve sans fin, interpellé par les enfants qui jouent entre les bateaux que les adultes réparent…


