“Les rêves éveillés” (carnets de voyage à Madagascar)

Arnauld Rogeau
Jul 21, 2017 · 3 min read

L’inénarrable marché couvert de Morondave…

…Accueille le visiteur curieux qui n’a pas peur de se perdre au sein de l’incroyable foisonnement de l’Afrique.

Lorsque l’on quitte le chaos de la rue principale pour y pénétrer, c’est le souvenir des plongées en bouteille qui prévaut : la lumière écrasante, presque blanche du dehors, fait place à un jeu d’ombres et de lumières que créent les planches disjointes du “plafond”, tendant à grand peine les bouts de toile protégeant du soleil… La poussière de la terre battue et rebattue par le pas des chalands se met en mouvement dans un univers onirique où se perdent les repères, car les sons et les odeurs saturent les sens.

On garde le rythme en mettant un pied devant l’autre sur un sol défoncé, traçant son chemin en évitant ceux et celles qui circulent entre les sacs de riz ouverts dans les étroites allées de ce lieu moyenâgeux hors du temps…

Le marché est organisé par corporations : ce sont d’abord de longues tables de bois que l’on aperçoit, où l’on mange pour moins que rien (on slalome entre les sempiternelles marmites en aluminium de toutes tailles qui bouillonnent sur des charbons ardents : il faut garder les yeux ouverts!), puis viennent les étals de nourritures variées aux incroyables couleurs : fruits, légumes, épices, plantes médicinales…

Plus difficile à aborder : les échoppes des bouchers, extrêmement motivantes pour devenir végétarien, et celles des poissonniers. Je profite d’un gros rhume dû aux fraîcheurs de l’hiver Austral pour m’y attarder… Ce matin, les crabes de la mangrove y sont présents en vedette, toujours vivants et recouverts de vase grisâtre pour leur conservation, quelques poissons-perroquets, de très nombreux “cabots” petits et grands, des daurades, des crevettes séchées ou non qui viendront agrémenter les “Misao” des cuisinières Sino-Malgaches…

Puis on aborde le secteur des quincailliers, et l’on peut s’attarder sur le génie de la bricole qui anime nos frères Africains : absolument tout se récupère et se répare, encore et encore… Les métaux, ferreux ou pas disputent la place aux plastiques de couleur criardes dont les Chinois inondent le continent.

Ensuite viennent les échoppes dédiées à la beauté des filles , extrêmement bien fournies, coeur du lieu et de la vie-même de la cité, et du pays, et du continent : quiconque connaît l’Afrique sait qu’y est née la première de toutes les Femmes (les amateurs de Gainsbourg choisiront “Lola Rastaquouère”, les férus d’histoire songeront à “Lucy” , tous seront marqués par la coquetterie des filles qui tourbillonnent autour desdites échoppes…). Les sourires enjôleurs vont à la pêche : on accélère le pas ou l’on traîne, c’est selon.

Ma section préférée reste pourtant celle des vêtements, tant la variété de ceux qui sont proposés semble infinie, et la présence concentrée des familles quasi sacrée : choisir un habit ici, ce n’est pas rien, car cela grève lourdement le budget, le revenu journalier étant au maximum d’un euro. Les étoffes de toutes natures oscillent doucement au gré du vent léger dans une ambiance feutrée, et les marques supposées sont omniprésentes, rehaussant leur support textile de sublimes fautes d’orthographe…

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Arnauld Rogeau

Curieux de tout, et surtout de tous, j’ai à coeur de faire connaître autrement les pays au sein desquels je voyage depuis bientôt 50 ans…

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