Et si le numérique permettait une nouvelle forme de politiques publiques?

A l’heure où les contraintes budgétaires menacent l’innovation, où la croissance est faible, le numérique est une véritable opportunité de rebond pour la collectivité nationale.

Encore faut-il que notre Etat, colonne vertébrale de notre société et de notre économie, sache redevenir un Etat stratège. Cette prise de conscience que nous appelons de nos vœux lors du débat des élections présidentielles, c’est une politique qui saura faire bénéficier notre pays des fantastiques potentialités que recèle le numérique. C’est un Président de la République qui, conscient qu’il ne peut pas tout faire, fera évoluer les politiques publiques afin que chaque acteur, à commencer par lui-même, mais également les collectivités territoriales, les entreprises, les agents du service public, puisse déployer toute son inventivité dans un système profondément repensé. C’est l’Etat qui, tournant le dos à la vision bonapartiste et verticale, saura à la fois mettre les différents acteurs en réseau et déléguer à la société civile tant de missions que celle-ci n’est plus capable d’assurer.

Ce principe de délégation des missions publiques que le numérique permet, ouvrirait alors un cercle vertueux entre les sphères publiques et privées.

Un aperçu concret afin d’illustrer cette gouvernance d’un nouveau genre : le secrétariat d’Etat de l’agroalimentaire déléguerait par exemple sa mission de « baisser de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025 » aux start-up françaises qui développent des solutions innovantes dans ce domaine. En donnant mandat à des acteurs privés d’agir au bénéfice de la collectivité, l’Etat ferait des économies en ne tentant pas d’atteindre seul cet objectif (peu adapté à la lourdeur de son administration et aux faibles moyens dont il a à disposition), et offrirait ainsi à ces start-up la sécurité d’un marché qui leurs permettraient de croître et d’embaucher.

Ce serait aussi l’opportunité de transformer les agents publics en acteur de l’innovation puisque les cinq millions de fonctionnaires pourraient revoir les principes de subsidiarité et d’interopérabilité repensés au prisme de cette modernisation de l’action publique via sa digitalisation.

L’expérience menée actuellement avec la start-up Bayes Impact par Pole emploi montre le potentiel de cette démarche. En créant un algorithme qui utilise les « data » de Pôle Emploi, la start-up du jeune Paul Duan facilite le parcours des chômeurs dans leur recherche d’emploi et libère du temps aux conseillers afin qu’ils puissent se concentrer sur les aspects humains pour lutter contre le chômage. Il démontre ainsi que la digitalisation des services publics ne permet pas seulement de réaliser des milliards d’économies potentielles, mais également de dégager des millions d’heures de travail rendues disponibles.

On touche ici à un point essentiel, qui apporte d’ailleurs une réponse aux craintes exprimées par les syndicats de fonctionnaires en termes d’emplois quand il s’agit de rationalisation : le numérique, s’il permet d’augmenter la productivité de la gestion publique, n’est pas une fin en soi ! Son objectif n’est pas de diminuer la masse de temps de travail produit par la fonction publique, mais de la transformer afin d’améliorer du même coup le service à l’usager et l’intérêt de chaque agent public pour sa mission.

Le numérique est l’occasion d’une refondation profonde de la relation contractuelle et statutaire entre les administrations publiques et les agents publics, d’un New Deal comparable à ce qu’a représenté en son temps la rédaction et la mise en œuvre du statut de la fonction publique en 1946.

En définitive, nous croyons fermement que la France pourrait devenir précurseur en Europe d’une nouvelle forme de politiques publiques collaboratives. Notre pays pourrait prendre le leadership d’une stratégie de modernisation des politiques publiques dans un but sociétal. Nous pouvons devenir les précurseurs d’un « Public tech », et placer le secteur institutionnel au même niveau d’innovation que la biotech, le greentech ou la fintech. Nous sommes convaincus que le numérique peut devenir la nouvelle grande aventure programmatique du prochain mandat, et ainsi redonner à la France le rôle moteur qui est le sien pour l’Europe.

C’est pour cela que nous sommes cent personnalités de la société civile à appeler les candidats à répondre à l’invitation de la fondation Digital New Deal à se positionner sur le « Pacte Numérique ».

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