Faisons du numérique un vrai sujet aux présidentielles avec le #PacteNumerique

La nature des mots est souvent parlante. « Numérique », cette force qui change le monde, reste pourtant cantonné à un simple qualificatif. Ainsi, dans la sémantique politique, il ressurgit de loin en loin, sans accéder au statut de sujet proprement dit.

Le monde politique, où le mot est si essentiel, sait se structurer autour de mots phares, à l’instar de « social », ou même « écologique », qui ont quitté leur simple statut d’adjectif pour devenir de véritables sujets politiques transversaux. La place marginale que le monde politique accorde au numérique est à cet égard symbolique d’un retard largement assumé.

Les élections présidentielles sont l’occasion pour que la réalité sémantique politique rattrape la réalité de notre société, et confère enfin au numérique le statut plein et entier qui doit être le sien. Il est urgent de le faire ! Autour du numérique s’est en effet creusé l’un de ces décalages mortifères pour notre pays entre le pays légal, c’est-à-dire des politiques issues du suffrage mais pourtant largement déconnectés, et le pays réel, que le numérique est en train d’innerver et de modifier en profondeur.

Qu’il soit permis de constater ici de l’absence du numérique dans les projets politiques récents, mais aussi malheureusement en grande partie dans les programmes des candidats à la prochaine élection présidentielle. Ils réduisent le numérique souvent aux seules start-up, ou bien de manière cosmétique, comme un alibi, un gage donné à une modernité. Imagine-t-on pourtant sérieusement fonder une stratégie pour notre pays, englué dans la croissance molle, le chômage de masse, la compétitivité en berne, les déficits budgétaires, commerciaux et sociaux, en faisant l’impasse sur la révolution qui se déploie sous nos yeux et qui modifie en profondeur nos modes de vie et notre rapport au travail ?

Notre conviction est faite : c’est à la faveur de l’élection présidentielle, clé de voûte de notre vie politique, que la France doit enfin se donner les moyens de réaliser son aggiornamento avec le numérique !

Notre certitude, c’est que pour avoir une chance de rentrer dans le champ de l’action, pour cesser d’être un logos et devenir véritablement une praxis assumée qui change le monde, le numérique doit devenir, comme l’écologie avant lui, un sujet politique à part entière.

A l’image de l’écologie, le numérique, que les conservatismes cherchent à enfermer dans des processus bornés, étroits, véhicule un véritable courant de pensée, une véritable théorie du changement qui cherche à redéfinir les enjeux démocratiques et économiques via l’instauration d’une société plus participative.

Le numérique est une occasion unique de moderniser notre système politique et de revitaliser notre démocratie, dont chacun comprend qu’elle est profondément blessée par la déconnection insupportable des gouvernants avec le peuple.

Nous croyons fermement que si les représentants politiques ne saisissent pas cette opportunité, les citoyens continueront leur révolution numérique sans elle, puis de plus en plus contre elle.

Face à la montée simultanée du populisme en politique et du phénomène du « crowd » sur internet (crowdfunding, crowdsourcing avec Wikipedia,…) il faut apporter une réponse à leur racine commune qui est la soif de participation.

Comme le prédisait Cicéron, si on ne laisse pas le peuple participer activement à la politique, alors celui-ci redevient une foule apolitique en proie aux champs populistes.

Pour relever ce challenge les candidats doivent alors innover pendant leur campagne et ne pas hésiter à disrupter leur programme s’ils ne veulent pas être disruptés à leur tour. Ils doivent se montrer inventifs pour lutter contre « l’uberisation » de l’économie et la « Trumpisation » de la politique, c’est à dire résister aux concurrences hors système qui font de la désintermédiation le ciment de l’adhésion du grand public.

Pour ce faire les candidats ont l’impérieuse nécessité de mettre le numérique au cœur de leurs programmes car c’est pour eux l’occasion inespérée de renouer avec la confiance (en dynamisant la démocratie) et avec la croissance (en repensant l’écosystème économique). Ils doivent pour cela imaginer une politique plus collaborative:

- croissance collaborative pour lutter contre le déclinisme (via la délégation des missions publiques aux acteurs économiques)

- démocratie collaborative pour lutter contre le populisme (via des institutions plus participatives)

Pour fonder une démocratie collaborative de nombreuses propositions ont été faites, toutes vont dans le sens d’un dialogue social interactif continu par l’introduction d’une proportion de démocratie directe via internet.

En revanche peu de choses ont été proposées pour développer une croissance collaborative qui aurait pour ambition d’organiser et de systématiser la délégation des missions publiques aux acteurs privés.

Un exemple concret afin d’illustrer cette gouvernance d’un nouveau genre : le secrétariat d’Etat de l’agroalimentaire déléguerait sa mission de « baisser de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025 » aux start-up françaises qui développent des solutions innovantes dans ce domaine. En donnant mandat à des acteurs privés d’agir au bénéfice de la collectivité, l’Etat ferait ainsi des économies en ne tentant pas d’atteindre seul cet objectif (peu adapté à la lourdeur de son administration et aux faibles moyens dont il a à disposition), et offrirait ainsi à ces start-up la sécurité d’un marché qui leurs permettraient de croître et d’embaucher.

Mais pour permettre une telle révolution il faudrait que les candidats fassent du numérique un véritable sujet politique et s’engagent sur des mesures ambitieuses.

C’est pour cela que nous sommes quelques-uns à émettre un appel auprès des candidats pour qu’ils signent le pacte numérique proposé par la fondation « Digital New Deal » (à l‘instar de ce que fit Nicolas Hulot avec le pacte écologique lors des élections de 2007). Nous sommes convaincus que la transition numérique peut devenir la nouvelle grande aventure programmatique du prochain mandat, et ainsi redonner à la France le rôle moteur qui est le sien pour l’Europe. Tout dépend de vous chers candidats…

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